Lettre à mon corps

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A 8 ans, j'ai écris un texte, pour la première fois de ma vie. J'ai compris qu'avec une feuille et un crayon, je pouvais être tout ce que je voulais, dire au monde ce que me dictait mon cœu  [+]

Je crois que je te dois quelques excuses. Nous n’avons pas toujours eu des rapports très cordiaux.
Je confesse t’avoir vu comme une vulgaire enveloppe de chair aux muscles atrophiés. Dans chaque reflet de verre, je ne voyais que les marques qu’« Elle » avait laissé sur toi, cette maladie qui façonne ma vie.

Tu ne répondais pas à mes attentes ni à mes désirs d’aventures. Tu ne suivais pas le plan de mes rêves. Tu t’opposais sans cesse aux chimères de mon imagination, telle une ancre lourdement jetée dans la mer des réalités.

Carcan des folles pensées, arborant aux yeux du monde les stigmates de ma différence, j’ai tenté de feindre ton inexistence, préférant la séduisante compagnie de l’esprit. Loin de tes contraintes, je me suis envolée très haut, explorant les contrées de mes fantasmes. Je t’ai délaissé, et tu as dû maintes fois me menacer pour que j’en revienne à te considérer.
J’ai fini par apprendre à t’écouter et à t’apprécier. On ne peut dissocier corps et esprit, ceux qui sont en paix avec les deux deviennent invincibles. Cela, je l’ai enfin compris. J’ai lentement appris à faire l’éloge de ta faiblesse, prenant conscience qu’une vie sans considération pour toi, si séduisante soit l’utopie, n’est en fait rien de plus qu’une demi-vie, stérile de tout ressenti.

J’ai rencontré des gens qui ont appris à t’aimer et m'ont considérée indépendamment du handicap que tu abritais, pourquoi n’aurais-je pas pu faire de même avec toi ?

Accepte donc mes excuses un peu tardives et souffrons que nous fassions enfin la paix. S’il est facile de te blâmer pour tout ce que tu es et tout ce que tu n’es pas, s’il est facile de te malmener en s’abreuvant d’illusion, nous n’avons guère appris à être reconnaissant de t’avoir. Trop préoccupé par des critères de beauté imposés par d’autres, nous te trouvons trop si... ou pas assez ça...

Cela a assez duré. Aujourd’hui je veux te remercier de tout ce que tu m’apportes.
Je veux te remercier pour chaque souffle que tu me permets. Nous respirons tous le même air avec des facilités différentes, mais chaque inspiration est une invitation à vivre.

Merci pour chaque image que tu imprimes sur ma rétine, toiles de beauté et de lumière. Merci de m’offrir le spectacle de chaque aurore après m’avoir permis de contempler les étoiles.

Merci pour ce cœur qui bat et dont les transports demeurent parfois une énigme. Merci de me murmurer des vérités et des aspirations que mon cerveau pétri de raison à parfois du mal à entrevoir. On ne réfléchit pas à l’amour ni à l’audace, on se jette à l’eau, souvent grâce à ton inspiration aveugle.
Merci de m’offrir la perception de ce monde, de me rappeler à chaque instant que j’en fais partie. Merci de me permettre d’écouter et d’échanger des mots, ces passeurs de l’âme, avec mes semblables afin que mon esprit et mon cœur grandissent.

Merci de m’offrir la chaleur des miens lorsqu’ils me touchent, les rayons du soleil qui me réchauffent et les perles de pluies qui apaisent les brûlures. La caresse du vent qui joue dans mes cheveux, le sel des larmes qui me pousse à ne pas renoncer, la douceur des sourires pour espérer qu’ils ne s’estompent jamais...

Tout ça, c’est grâce à toi.

Tu es le frisson d’excitation, le tressaillement de bonheur, les papillons dans le ventre, le cœur qui s’emballe, la rougeur de l'embarras, la révolte qui gronde et l'émotion sincère... Tu es le sanglot et le rire, les pas et la course, le sommeil du temps et le réveil du monde, la danse et la contemplation, la musique des sens et le silence des pensées.

Je t’ai souvent rejeté et pourtant tu m’as toujours soutenue. Tu m’as donné la force de lutter, tu as su trouver les gestes lorsque je n’avais plus les mots. Tu as toujours compris avant l’esprit ce que je pouvais ressentir, me donnant des signes que je ne voulais pas interpréter, me cachant derrières mille excuses absurdes.

Tu me pousses chaque jour à l’action pour ne pas laisser le regret ronger ma raison si prudente. Malgré toutes les erreurs que j’ai faites pour t’apprivoiser, tu m’as toujours portée vers des lendemains meilleurs. Tu es le mouvement de la vie. Et même s’ils sont limités, chaque geste que tu m’accordes me permet d’être en harmonie avec tout ce qui m’entoure.

Je regrette de ne pas l’avoir saisi plus tôt, bercée par l’héritage ancestral de la supériorité de l’esprit sur le corps. Je sais à présent que les âmes tourmentées ne connaîtront pas la paix si elles exècrent ce qu’elles sont, en dépit des prouesses de leur néocortex.

La route pour réaliser tout ceci a été longue, mais j’ai saisi à présent. Ce sera toujours toi, du début à la fin, qui m’offrira cette vie de possibilités. Toi, le corps né d’un amour entre deux personnes, toi qui n’a cherché qu’à être aimé de l’esprit en retour.

Toi, mon corps, merveilleusement imparfait, malgré tout ce que tu es et tout ce que tu n’es pas, je t’aime.
Puissent toutes les âmes en venir à cette même conclusion à propos de leur propre corps, puisqu’il n’y aura pas de meilleur compagnon pour la vie que cet amas de cellules qui les a façonnés.

Aimez-vous, tels que vous êtes, car vous êtes magnifiques...
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