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Lettre à ma fille

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Emma Hezac

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Ma fille bien aimée,

Il y a quelques temps, tu m’as dit que tu aurais préféré être un garçon. Tu n’imagines pas à quel point cela m’a été difficile d’entendre cette phrase sortir de ta bouche. J’ai été projetée d’un coup à l’époque où j’avais ton âge, 12-13 ans, où je pensais la même chose que toi. J’allais jusqu’à renier mon identité féminine en m’habillant comme un garçon, en jouant aux mêmes jeux qu’eux afin d’être traitée comme l’un des leurs. Bien qu’un certain malaise s’installe sans en comprendre le sens, je ne savais pas qu’il existait autre chose. Je me suis alors perdue. Longtemps.

A l’époque, ma mère n’a pas su me parler. Je ne lui en veux pas, je crois qu’elle ne savait pas comment faire, ou quoi dire tout simplement. Chacun de nous a ses blessures. Nous vivons depuis si longtemps dans une société créée par et pour les hommes que nous en avons oublié notre propre féminitude. Tout dans notre monde actuel est fait pour taire notre véritable identité, notre véritable nature, notre véritable puissance féminine. Cette force de vie qui ne demande qu’à vivre pleinement son extraordinaire potentiel mais qui effraie les hommes qui ne la connaissent pas et font tout pour l’étouffer. Alors qu’ils gagneraient tant à l’accueillir pour se réaliser eux-mêmes.

Bien sûr, je ne sais pas si je trouverais les mots justes. C’est seulement aujourd’hui, à 40 ans, que je commence à comprendre et accepter cette part de moi si longtemps endormie. Il m’a fallu lutter contre les préjugés, les idées reçues sur les femmes projetées par les hommes et si insidieusement inculquées depuis l’enfance. Il m’a fallu vingt ans pour écouter cette petite voix qui au fond de moi essayait de me parler. De m’expliquer que je n’avais rien à prouver. Que je valais tout autant sinon plus qu’un homme. Que j’avais cette force primaire en moi qui ne demandait qu’à se révéler et exprimer toute sa puissance de vie. Qu’il ne tenait qu’à moi de comprendre que tout était déjà là, en attente du bon moment. En attente du révélateur de ce moment magique où tu te reconnectes à ta véritable essence. Où tu te reconnais.

Longtemps, nous cherchons à travers nos relations la ou les personnes qui nous comprennent ou aspirent aux mêmes choses que nous. Puis nous cherchons l’âme sœur, cet Etre parfait qui nous ressemble ou nous complète. Mais aujourd’hui, je ne pense plus que ce soit la véritable quête de notre existence.

Plus qu’une âme sœur, je pense qu’il existe quelque part dans ce monde et pour chacun d’entre nous, un Etre qui est mis sur notre chemin pour nous révéler à nous-même. Cet Etre sera là non pour te compléter, mais pour te montrer que tu es déjà pleinement entière, qu’il ne te manque rien, que tu as tout en toi et que tu n’as plus qu’à laisser exprimer toutes ces parts qui te constituent. Cet Etre sera là pour te dévoiler ces parties que tu gardes cachées en toi, et il saura les accueillir pleinement pour que tu oses les exprimer.

Ce sera peut-être un homme. Ou peut-être une femme. Il aura peut-être le même âge. Ou sera plus jeune, ou plus âgé. Il sera peut-être de la même couleur. Ou peut-être pas. Vous vivrez ensemble. Ou peut-être pas. Nul ne le sait. Et il n’y a aucun jugement à porter là-dessus. L’Univers pourvoie à tes besoins et à la nécessité de te trouver, pourvu que tu en exprimes le désir sincère.

Cet Etre t’offrira le plus beau cadeau que la vie puisse te donner : il te révèlera dans ta véritable essence féminine, cette puissance créatrice de toute chose qui porte l’Univers depuis le commencement. Tu seras alors libre. Libre d’être toi-même, libre d’aimer, libre de donner et de recevoir, sans attachement de dépendance. L’amour que tu dégageras et donneras n’en sera que plus vrai, plus intense. Il rayonnera sur ton entourage, démultipliant ainsi sa lumière.

C’est la plus belle chose que je puisse te souhaiter ma fille, le reste n’est que futilité.

Va mon enfant, vis tes expériences et n’aie pas peur de tes ressentis. Ils constituent chacun une partie de ton être véritable que tu commences à découvrir.

Ta maman qui t’aime.
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Jarrié · il y a
Quelle chance pour un ou une enfant d'avoir une mère d'aussi bon conseil ! Écriture ''limpide''
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Emma Hezac · il y a
Merci ;o)
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Lililala · il y a
Magnifique lettre à sa fille (j'en ai une de 31 ans... et j'écris un cahier à chacun de mes 3 enfants depuis le jour de leur naissance et même avant !).
La crainte d'Alzheimer sans doute... Les mots écrits n'ont pas la pudeur de l'oral... Bravo à vous, je suis allée sur votre blog..

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Emma Hezac · il y a
J'espère que vous aimerez aussi les autres textes de mon blog ;o))
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Virgo34 · il y a
Pas toujours facile, la relation mère/fille !
Mon "rondel en baskets" est en finale. Je vous invite à aller le lire pour le soutenir s'il vous plaît. Merci pour lui.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/rondel-en-baskets

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