Lettre à "la finance"

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De La Plume Acérée, affûtée, l’écriture est symptomatique, Elle déborde de mon univers parallèle, Tantôt drôle, tranchante, émotive, hérétique. Un seul regret, toutefois, et j’en  [+]

Mon très cher banquier,

Tu me demandes instamment de trouver une solution pour réduire mon déficit chronique depuis nombre d’années. Oh, bien entendu, pas le déficit habituel que je paye rubis sur ongle rogné, en fin d’année par des frais exorbitants pour avoir ce passe-droit, non, tu me parles du déficit qui dépasse celui autorisé.

Je t’ai répondu que si tu arrêtais de prélever tous les mois des agios, je resterai juste en deçà du plafond à ne pas dépasser, mais tu rétorques que c’est normal puisque j’ai dépassé...

J’ai bien envie de te donner les coordonnées de la communauté de commune pour que tu leur expliques que je ne peux pas payer les frais d’huissier pour n’avoir pas réglé dans le temps, la facture d’eau et d’assainissement ; oui, c’est nouveau, eux aussi en ont marre des personnes qui traînent à régler, maintenant, ils filent le dossier à un cabinet d’huissier qui prend en passant des frais sur le dos laineux des miséreux silencieux.

Il y a aussi ma commune avec Monsieur le maire qui veut que je règle au plus vite la taxe ordurière, ça fait tache tous ses mauvais payeurs.

Je devrais aussi te donner les coordonnées de mon patron qui depuis cette foutue crise, n’en démord pas, « pas d’augmentation » puisque l’INSEE réaffirme que dans le panier mensuel, le coût de la machine à laver à bien diminué.

Je te fais l’impasse des fournisseurs habituels qui me permettent de me chauffer, de me laver à l’eau chaude, de regarder le poison quotidien cathodique, encore moins celui de pouvoir être connecté avec le monde, mon portable ; je te rassure, je parle du téléphone, mon ordinateur a déjà été vendu pour payer le droit de manger le mois dernier.

Je t'entends déjà me dire d'aller voir une assistante sociale, comme on consulte un médecin, avec espoir d'aller mieux en sortant, mais qui me dira, vu que vous travaillez, remarque elle me disait la même chose quand j’étais au chômage, bla blabla, vous n’avez droit à rien, le niveau blablabla, plus d’enfant à la maison, blablabla... appartement mal situé blabla... Comment rester digne quand il faut supplier pour obtenir ce que tout être sur cette planète devrait avoir, le respect dans toute ses propriétés ; pour autant, je ne pleure que pour les victimes des horreurs dans le monde, et aussi pour les personnes comme moi qui vont irrémédiablement se retrouver dans la rue, avant d’être vilipendés par les biens pensants de ton cercle d’amis, qui détestent les assistés.

Tu me donnes souvent des leçons de comptabilité, il aurait fallu que tu te les appliques avant 2008, en bon père de famille puisque nous les mères, nous sommes dépensières, c’est connu !

Donc, je ne te demande plus rien, dans quelques temps, tu pourras solder mon compte, peut être qu’une assurance permettra à l’un et l'autre de mes petits d’avoir enfin un cadeau de ma part, Noël prochain.
Je te laisse le soin de leur expliquer pourquoi je ne suis plus présente, et bien que je souffre déjà du mal que je vais leur faire, je n’ai pas d’autres choix, à part celui de les entraîner avec moi dans ce puits sans fin pour que tu puisses, encore, t’enrichir à nos dépends.

Je te salue bien bas, toi qui en 2008 a fait de nos vies des assistants perpétuels, toi qui a prié (quoique pas trop non plus) les gouvernements pour qu’ils te sortent de ton impasse, je, et nous payons ce lourd tribu sans même avoir été consultés, et sans te demander de reverser une partie à tous ceux qui allaient perdre un emploi, par ta négligence.

Je vais donc, tirer ma révérence, quand tu liras cette lettre, je serai déjà partie et j’espère rencontrer des martiens, les terriens manquent tellement d’humanité.

Rendez-vous en galaxie infinie.

Ta cliente depuis plus de 40 ans,
A. THEE

PS : j’aimerai comme épitaphe, écrit avec ton sang :
Ci-gît une infortunée.

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