Lettre à J.J.

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Cinq ans pigiste pour un quotidien régional, je pense avoir su écrire dans ma tête bien avant de savoir utiliser une plume (je dis bien une plume !) J'aime les mots tout autant que les fleurs et  [+]

Cette lettre aurait pu vous être adressée il y a quarante ans. Pensez-bien... depuis j’ai du la récrire. Maintenant, les vibrations sont toute différentes. Le crayon était plus tremblant. Je l’avais gribouillée dans le creux de mon lit, encore chaude et confuse du pouvoir de vos caresses, et tellement bouleversée, affreusement surprise de ma lâcheté, de mon mutisme, de mon inertie. Mes rages et mes morsures manuscrites à l’encre sympathique de mes larmes sibyllines : vous auriez probablement refusé de décrypter mes excuses sous une flamme de bougie !
Je vous dis simplement que nous sommes tout deux, des foudroyés, miraculeusement indemnes.
Je déteste aujourd’hui les roses rouges, les seules trop aimées, en gerbe au creux de vos bras.
Vous étiez sur le trottoir d’en face. J’étais à ma fenêtre. Comme si c’était hier, ce souvenir me fait mal. Vos fleurs ont éclaboussé ma vie, et sans que vous ne vous en aperceviez, je les ai refusées, en glissant doucement le rideau pour le fermer davantage. Le timbre strident de la sonnette me devenait insupportable. J’ai cru que jamais il ne s’arrêterait. L’immeuble tout entier en était assourdi.
Cette brassée écarlate et vote silhouette diaboliquement séduisante me hante chaque jour : romantique comme il ne se peut pas ! Je n’ai concrètement en souvenir que les initiales de votre prénom et votre image lointaine. Vous n’avez pas percé le mystère de mon reproche, ma dissimulation, mais mon cœur battait si fort que vous deviez l’entendre à travers les murs. Vous deviez percevoir mes hurlements d’amour, sans imaginer pourquoi ce douloureux silence.
Peut-être qu’à présent, votre esprit mes survole, car je vois trop souvent votre sourire narquois et je sens par instant votre aura qui me frôle. Alors je me joins à vous, je ferme les yeux et nous savons ensemble que tout ce qui ne nous a pas été permis de partager alors est encore possible...
Maintenant que vous savez cela, savez-vous également que nous avons eu le privilège de connaître l’amour au sens le plus profond pour des êtres vivants. J’ai connu la passion à son apogée, le temps qu’il a fallu pour croquer une pomme à tous petits morceaux, tant on veut prolonger le plaisir du moment.
La chaleur, la tendresse et les câlins de anges dans des draps à peine remués ; puisque nous ne faisions qu’un, une fusion ultime, qui, je sais maintenant, était la perfection. Et je garde ce mot « perfection », que vous seul pouvez comprendre !
J’ai toujours votre brûlure à mon cœur abîmé, je sens encore la paume de vos mains, se moulant aux miennes...
Voilà... Si on me dit bonheur, je réponds : une nuit. Si on me dit amour, je réponds : folie.
Vous êtes le seul à posséder mon âme, alors merci à vous pour notre éternité...
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RAC · il y a
Peu importe la durée, si le moment est intense, le souvenir le sera aussi !
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Philippe Clavel · il y a
une lettre d'amour, d'un amour éphémère et quasi immortel en même temps