Lettre à Christine Angot

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Chère Christine,

La première fois que je vous ai vue, c’était dans On n’est pas couché. Vous présentiez Un amour impossible, votre dernier roman. Je l’ai acheté... Je ne l’ai pas ouvert. Je l’ai rangé dans ma bibliothèque où il est resté pendant deux ans.
Jusqu’à un jour de février 2017. Un dimanche après-midi que je me baladais dans le vieux-Nice, je suis passé devant La Briqueterie (ma librairie) et comme c’était ouvert je suis rentré. J’ai discuté avec la libraire, je lui ai parlé de mes dernières lectures (Hervé Guibert et Guillaume Dustan). Je lui ai demandé si elle n’avait pas un livre à me conseiller. Elle a regardé autour d’elle puis elle m’a fixé droit dans les yeux. D’un air prometteur, elle m’a demandé : « Et est-ce que vous avez déjà lu du Christine Angot ? ».
Je suis ressorti de La Briqueterie avec deux livres : L’inceste et Pourquoi le Brésil ? À la terrasse d'un café, j’ai commandé un pastis et j’ai ouvert Pourquoi le Brésil ?. Je l’ai lu d’une traite. Dernière page : « Voilà, terminé ! ». J’ai soufflé. J’étais abasourdi, émerveillé. Je me souviens que je me suis dit : «Quand je pense que quelqu’un a eu la chance d’écrire ça... Le talent de décrire ça ! ». Je n’en revenais pas. Et je sentais bien que quelque chose d’important venait de se passer. Quoi ? Je ne savais pas. Mais il y aurait un avant et un après. En quelques semaines, j’ai lu tous vos livres.

Quand on vous demande ce que vous font les critiques, vous le dites vous-même : « Ca me parvient forcément ». Dans ces moments-là, j’aimerais pouvoir vous souffler ces mots de Boileau : « Laisse gronder tes envieux ! Ils ont beau crier en tout lieu, qu’en vain tu charmes le vulgaire, que tes vers n’ont rien de plaisant. Si tu savais un peu moins plaire, tu ne leur déplairais pas tant ».

Il n’est pas question de Pourquoi dans votre oeuvre. Plutôt de Comment. Vous dites la vie telle qu’elle est, vous mettez le vrai au grand jour, d’une main impitoyable ; vous l’ouvrez et l’arrachez du creux de votre poitrine. C’est pour cela que vous ne risquez pas d’être comprise. Vous êtes trop simple. Trop claire. Moi je ne pense pas que vous ayez fait exploser le réalisme : vous l’avez transcendé. Vous êtes allée plus loin, plus fort (plus beau aussi, je trouve). Alors évidemment, tant de vérité sidère. Mais je crois qu’il va falloir s’y faire... Répétons-le pour que tout le monde soit prévenu : « Christine Angot va gagner ».

Chère Christine, pour votre regard, votre courage, votre maestria littéraire et pour toutes ces images ; pour les rencontres, celles que l’on fait au fil de vos pages, je voudrais vous dire Merci. On entend souvent dire que la littérature ne sert à rien : moi, je ne crois pas. Vos livres ont eu un effet immédiat sur moi. Vous avez changé ma vie. Vous embellissez ce monde. Vous le rendez fréquentable.

Avec vous, « J’ai fait la magique étude - Du bonheur, que nul n’élude » (Arthur Rimbaud).

Vous me faites penser à cette phrase, d'un auteur que j’aime et qui dit : « Donne-moi tes yeux, ta bouche, ta voix, ta peau et tes doigts. Pour toucher ce qui me touche et que je ne connais pas ».

Merci, Christine. Vous m’avez rendu un peu plus libre.
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