3
min

L'étrange petit garçon

Image de Iso

Iso

30 lectures

3

Ma mère était une petite femme rigide, ou du moins c'est ce qu'elle aurait voulu être.
Elle aimait compter ses petites pièces de monnaie, qu'elle faisait glisser dans un vieux bas tricoté, qu'elle remisait dans son vase blanc à fleurs.
J'avais le droit à un jouet à chaque anniversaire et à Noël.
Elle n'oubliait pas de bien préciser, qu'elle le payait de ses deniers, et que le Père Noël n'était qu'un gros radin comme pas deux.
Je ne pouvais pas compter sur un faux-fuyant pareil, pour honorer son passage par la cheminée comme il se doit.
Je devais faire bien attention à mes jouets, puisqu'ils lui coûtaient ses sous.
Force de constater qu'ils finissaient toujours en menu morceaux.
Elle m'a bien fait comprendre qu'elle ne m'en achèterait plus, puisque je foutais son argent en pièces détachées.
Je n'ai plus eu le loisir de faire et défaire de nouveaux jouets, à partir de ce jour-là.
Je me suis retrouvé au milieu des roues, des capots, des baigneurs,
et d'autres jouets morcelés, éparpillés aux quatre coins de ma chambre.

Au fil du temps, j'ai commencé à fixer ma mère de mes yeux de chien battu, matin, midi et soir.
Pour trouver un peu de compréhension, un peu d'amour, un sourire, et peut-être de nouveaux jouets...
Rien ne se passa comme cela, malgré mes regards de côté.
Je commençai à l'espionner à son insu, cherchant les traits qui la rendront aimable, ou ceux qui se figeront comme un mur, me disant d'aller dans ma chambre sans chercher à comprendre.
Ils étaient rares les sourires sur son visage, elle n'en avait que deux (le bon et le mauvais), et avec cela rien entre les deux.
Malgré mes séances d'espionnage quotidiennes, je ne découvris que deux sourires distincts et, pas un de plus.
Je me suis mis à réfléchir longuement à ces deux sourires, et à partir de ce moment-là, je me suis lancé et lui ai dit :
- maman, je voudrais être décortiqueur d'objets en tous genres.
Elle m'a dit :
- ce n'est pas un métier mon fils, il faut que tu trouves un métier, pour payer le fil de ton existence, et la substance pour faire marcher ton moteur.
J'ai longtemps réfléchi à cette phrase énigmatique, et une toute petite idée fit son chemin tambour battant.
Je souriais et, je suis resté avec ces mots-là enfermés dans ma tête.

Un beau matin, j'ai pris le miroir de maman, et je me suis mis à sourire.
Et, j'y ai vu qu'une grande bouche avec de vilaines canines espacées sans visage, je reculais à la renverse.
Je me mis à me regarder, à me toucher et, je m'aperçus que mon corps était bien présent. Je voyais de petites pattes chaussées de chaussons, des bras si fins, et je tâtais ce qui me servait de tête, j'en fis le tour avec mes doigts,
je découvris le contour d'une grande bouche.
Je me relevais et m'approchais doucement du miroir en tremblant.
Je lui faisais face, et celui-ci me renvoya une bouche souriante qui prenait tout le miroir.
Cette fois-ci, je tournais de l'oeil.

Quand je me réveillais ma mère était auprès de moi, me passant un linge frais sur mes lèvres.
- Alors mon petit ange réveillé ?
Je lui racontais alors ce qui s'était passé, et elle me regarda pensive.
- Il faut que tu te repose, nous en reparlons demain, tu veux bien.
Je t'ai préparé un dé de bouillon.
Je bois mon bouillon, et mes paupières se figèrent comme un store qu'on referme.
Le sommeil me pénétra sans avertissement aucun...
Dans la cuisine, elle se mit à faire la vaisselle.
- Alors, tu lui as dit ?
- Bien sûr que non, il s'imagine être un petit garçon, pourquoi lui dirais-je que ce n'était qu'une grande bouche, avec des membres atrophiés !
- Mais, voyons Ruth tu ne peux le laisser croire qu'il est normal.
- Je sais, j'ai dû mal à lui expliquer. Je lui laisse encore une année et après je le lui dirait.
- Comme tu veux, mais je te pris de ranger tout tes miroirs, si tu veux pas qu'il voit qu'il n'est qu'une simple bouche...
- Tu veux aussi que je lui dise, que je parle avec personne, que tu es une projection, que si on se met toutes les deux devant un miroir, je ne verrais que moi.
Allons, ne sois pas stupide, s'il s'imagine être un petit garçon, je ne vais pas l'empêcher d'y croire.
En plus, je serai obligé de ne plus te parler, puisque que tu n'es pas ici avec moi...
3

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de RAC
RAC · il y a
Vous êtes parvenue à me tenir en haleine jusqu'au bout. Décor bien campé avec des personnanges étranges mais bien présents ! Bravo également pour la chute ! A bientôt...
·
Image de Lyriciste Nwar
Image de Bernard Boutin
Bernard Boutin · il y a
Anormalité, normalité, paranormal, toutes les pistes sont brouillées pour mieux nous dérouter. Un texte étrange sur l'étrangeté !
·
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Quel texte étrange !!! ;-)
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur