L'essentiel

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JCJR parce que ce sont mes initiales. Mon stylo court sur le papier,ayant parfois une vie propre et je ne sais pas toujours où il peut m'emmener...bonne lecture. Jean-Claude.  [+]

Image de Hiver 2018 - 2019

Les lueurs du soleil, filtrées par les volets, viennent chatouiller mes yeux agréablement. Il est temps de me réveiller tranquillement, tendant mon corps sous la couette pour mieux l’étirer. Et puis après une profonde inspiration, le plaisir de découvrir une nouvelle journée. Se lever ? Non, pas encore ! Le calme du petit matin, enroulé dans mon lit, est propice à la rêverie. Et je me suis laissé aller, non pas à ce nouveau jour, mais aux souvenirs, qui m’ont ramené en 2010...

***

— Je veux divorcer, dit-elle, non pas parce qu’il y a quelqu’un d’autre, mais j’ai envie de continuer toute seule.
— Euh...
— Et si tu n’es pas d’accord, ce sera la guerre.
— Ce n’est pas parce qu’on divorce, qu’on est obligé de se taper dessus, répondis-je.
Voilà, le cadre est posé.

Nous avons donc divorcé, entre amis. Tout s’est très bien passé. Consentement mutuel, vente, avocat, partage et tout le toutim. Les enfants étant pratiquement tous grands, cela simplifiait les choses. Ce que nous avions construit, pendant trente ans de vie commune, nous permettait, chacun, de nous réinstaller correctement. Et nous avons gardé d’excellentes relations.

Et là, nous nous sommes perdus.

Alors, comment vous dire, c’est bien gentil, tout ça, mais n’étant pas l’instigateur de cette décision d’importance, la pilule a quand même été difficile à avaler. Et mes rêves à moi, une retraite cool avec deux salaires et plus de crédit ? Pfuitt, envolée. Une envie bien ancrée de petits voyages à deux ? Envolée aussi. Je pouvais habiller mon ex de tous les défauts du monde, mais pas discréditer la mère de nos enfants, au nombre de quatre... dilemme. J’ai eu l’impression d’un mur interne, qui s’effondrait et il m’a fallu un certain temps pour ré-émerger. Mais tel n’est pas l’objet de ce texte aujourd’hui. Reprenons notre fil.

2014. Je suis intervenu pour quelques petits problèmes de mon ex. Perte de clefs, voiture garée dans on ne sait quel parking et complètement oubliée, visions. Ce n’était pas habituel. Ces petits délires se sont accentué jusqu’à une crise plus importante, qui a nécessité l’hospitalisation. Et là, le diagnostic est tombé, précis et sans appel. Cette maladie, que je croyais réservée au quatrième âge, alors qu’elle venait d’atteindre une femme de cinquante-sept ans. Cette maladie, qui vous lave le cerveau des souvenirs anciens et dérègle le présent. Qui vous éparpille l’élocution, rendant les mots plus rares, vous enfermant dans un monde, qui se rétrécie et dont on ne sait rien, si ce n’est que l’émotion en est le vecteur. Alors apparaissent la tendresse et les petits gestes, oh combien importants, pour des rencontres, dont on sait qu’elle en effacera très rapidement le souvenir. Je suis allé la voir, mais pas aussi régulièrement, que je l’aurais souhaité.

2017. Elle est maintenant en EHPAD* et nous lui avons souhaité ses soixante ans. Après, j’ai eu besoin de mettre une certaine distance, pour me protéger, parce que c’était difficile.

2018. J’ai accompagné mes enfants pour la voir et j’ai retrouvé une femme, dont la maladie avait évolué. Elle avait pris quinze ans, se déplaçant difficilement et ayant du mal à parler. Quand elle m’a aperçu, son regard s’est éclairé et nous nous sommes embrassés. Elle a détaillé intensément mon visage, lisant dans mes rides l’histoire de notre vie. Nos mains se sont trouvées et leurs doigts sont partis à la découverte de nos avant-bras, avec beaucoup de tendresse et de délicatesse. Ensuite, elle a mis sa main sur ma joue, tout doucement, comme un signe de reconnaissance affective et j’ai vu ses yeux s’embuer. Elle m’a dit : « Tu reviendras ? » On s’est serrés dans les bras et je lui ai répondu : « Oui, je reviendrai. »

Et là, nous nous sommes retrouvés, il ne restait que l’essentiel.

***

... Les lueurs se font plus insistantes, m’invitant à me lever. Les effluves du café sont venus m’envoûter. Je vais ouvrir les volets, le soleil est déjà haut et flottent quelques nuages de tristesse.

_______

*EHPAD : Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes.

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Vallerie · il y a
c'est très beau; le passage sur les retrouvailles, l'histoire partagée lue sur un visage marqué, tout cela est si juste, j'aime beaucoup! merci pour cette poésie du récit.
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Marguerite · il y a
Texte très émouvant et belle sensibilité….
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jc jr · il y a
Merci de votre commentaire et de votre passage, Marguerite.
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Sylvianni · il y a
Texte touchant sur cette maladie qui déboussole et attriste l'entourage
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Perle Vallens · il y a
Très jolie narration, beaucoup de douceur et de tendresse.
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LilieBlue · il y a
Merci pour ma mamie...
Je vous invite à venir lire mon texte en finale cet hiver https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-mort-aux-rats-tue-aussi-les-chats

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Teddy Soton · il y a
La maladie est cruelle, bravo pour ce récit. Je suis en finale avec Frénésie 2.0 merci pour votre soutien :)
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Dimaria Gbénou · il y a
J'avais déjà pris par ici. En passant, mes deux textes pour lesquels vous aviez voté sont maintenant en finale.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sous-le-regard-du-diable
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/achou-lamour-empoisonne

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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
RAS...BRAVO !
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AKM Amoussou · il y a
Une belle performance ! Je m'abonne pr en prendre de la graine !
Je vous invite à lire ma nouvelle LES MOTS DU CŒUR et à apporter vos critiques :
« ...- Il m’a embrassé par surprise, je me suis laissée faire comme pour voir jusqu’où il voulait aller, il m’a déshabillé mais avant que le pire ne se produise je me suis sauvée.
Au fur et à mesure qu’elle me décrivait la scène, une peur grandissait en moi, la peur de l’entendre sortir les mots : « J’ai couché avec un autre homme », et à la fin elle laissa bientôt place à des suspicions... »
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/les-mots-du-coeur-1

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jusyfa *** Julien · il y a
Bonsoir Jean-Claude, si tu as le temps pour un petit coup de pouce:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/pour-un-dernier-sourire
Est en finale, si ce n'est pas déjà fait, merci de bien vouloir le soutenir.
Julien.

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