3
min

Les yeux du train

Image de A4.

A4.

4 lectures

0

3 heure du mat'. Ça caille. Ça me saoule. Je suis dans le métro et je viens de me faire larguer. Par texto. Il a même pas dénier m'appeler. Je pensais pas qu'il roulait encore à cette heure-là, le métro. Alors quand j'ai vu qu'il était éclairé, j'ai embarqué sans savoir où il allait, je m'en foutais et je m'en fous toujours. Sauf que le problème c'est que le métro maintenant il est arrêté, que j'ai bientôt plus de batterie et qu'à l'autre bout du wagon y a quelqu'un. Je sais pas qui c'est alors j'essaye : « Monsieur ? Ou madame ? Est -ce que ça va ? ». Pas de réponse. Juste une respiration saccadée. Ok, super. Et maintenant, je fais quoi ? A l'autre bout ça s'agite, ça grogne comme un animal, ça s'arrête et ça reprend, trois fois de suite. Dans mon esprit c'est la totale panique. Et merde, en plus d'avoir presque plus de batterie, y a pas de réseau. Ça se rapproche, doucement, lentement. Là, tout de suite, maintenant, j'aimerais être autre part, partout ailleurs sauf là. Faut pas que mon imagination s'emballe. Respirer. Rester calme. Essayer de distinguer ne serait-ce qu'une forme, une ombre, un reflet. Soudain un crissement suraigu retentit, comme une craie sur un tableau... ou des griffes sur les fenêtres. Je me soulève légèrement pour essayer d'apercevoir ce qui vient de se passer. Là. Sur les vitres. Côté gauche. De longues marques blanches s'étendent sur toute la longueur. J'étouffe un cri. C'est pas humain. Aucun humain ne peut faire ça. La panique totale. C'est une mauvaise blague, une blague, rien qu'une blague. Quelque chose de chaud vient de me tomber dans le cou. Ça vient du dessus et ça me ramène à la réalité. Je touche, je regarde le liquide, et avec le peu de lumière que m'envoient les blocs lumineux des sorties de secours, je distingue très bien cette couleur rouge qui n'est d'autre que du sang. Je regarde ma main. La regarde encore et encore. C'est quoi ce truc ? J'ose plus bouger. Là-haut ça bouge pas non plus. Une deuxième goutte vient s'écraser sur ma nuque. Le liquide encore chaud glisse lentement dessus. Je tente un mouvement. Pas de réaction. Ok. On bouge. Maintenant. Je me lève et me mets à courir le plus vite possible, ne pas se retourner, éviter les accoudoirs, ne pas tomber, atteindre la porte. Appuyer sur le bouton pour qu'elle s'ouvre. Ouvre-toi. Ouvre- toi ! Allez purée ! Mais... attends. Si il n'y a pas de lumière. Ça veut dire plus d'électricité. Et plus d'électricité, plus de courant pour ouvrir cette foutue porte. Oh non.... Je me retourne. C'est là . C'est près. Mais comme l'autre fois ça approche pas trop près. Maintenant je la distingue bien. Ça a des yeux jaunes, un corps d'écailles. Et sa bouche. Rouge. Un rouge profond. Du sang. Je vais mourir. C'est évident. Je vais crever égorgée par ça. Ce truc qui n'est même pas censé exister. Et tout en me fixant, elle bouge vers la droite, se rapproche, recule, décide si elle va jouer avec moi tel un chat jouant avec sa souris, ou me tuer directement en me faisant agoniser dans une flaque qui sera mon propre sang. Dans la panique je ne me suis pas rendue compte que je transpirais, même des joues.... Normalement personne ne transpire des joues... même si maintenant je ne sais plus ce qu'est la normalité. Et pourquoi tout commence à devenir noir ? Ça y est je suis en train de mourir ? Mais ça a pas bouger. Je ne vois plus que ses yeux. Jaunes. Seuls. Deux points dans l'obscurité. Un frisson me parcourt, et je me rends compte que j'ai froid. D'un coup j'ouvre les yeux. Un tunnel. Mais qu'est ce qu'il se passe bon sang ?! C'est un tunnel de métro .. et un train arrive en face de moi. Les deux points jaunes maintenant sont des phares. Je hurle. Je ferme les yeux. Mais les deux points jaunes sont là. A la même place. Avant l'impact, je me réveille. Je me lève en un bon. La femme qui est en face de moi me dévisage. Quoi ? Qu'est ce que ? Je suis où là ? .. Dans le métro. Je suis dans le métro. À la même place que tout à l'heure. En me rasseyant je croise mon regard dans le reflet de la vitre. C'est bête mais ça me rassure. Alors ce n'était qu'un cauchemar. C'est l'explication la plus rationnelle et la plus logique que je trouve. La transpiration sur mes joues était la condensation sur les vitres.
Mais ce que je n'explique pas c'est que lorsqu'en sortant du métro après m'être attaché les cheveux, une trace rouge, une trace de sang est venue barrer ma main de toute sa longueur.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,