Les vacances

il y a
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Après « Les dimanches » et avant « Les battages »

En ces lendemains de guerre, les vacances au bord de la mer pour nous ça n’existait pas. C’était vacances à la ferme, un point c’est tout.
Il en restait une dans le patrimoine, qui n’avait pas été dilapidé en totalité par les rejetons.
Une centaine d’hectares sur ce plateau étaient consacrés, en partie, à la culture intensive (déjà) des céréales.

Dès juillet, avec armes et bagages, la smala (grand-mère, oncle, tante, cousins, cousine, père, mère) transportait ses pénates de la ville à la ferme.

Outre les hangars, étables, greniers et logement du métayer, une bâtisse de plain-pied accueillait la famille dans un confort spartiate, sans eau courante ni électricité et dans une atmosphère humide à choper la tuberculose. Une odeur de feu de bois stagnait, datant de la période de la chasse où les fils avaient tenté de se réchauffer auprès d’une cheminée récalcitrante.

La salle à manger dont le plancher posé à même le sol suivait les inclinaisons du terrain – C’était quand même mieux que la terre battue chez les métayers - était meublée d’une table à rallonges pince-doigts, de quelques maies, bahuts et vaisseliers et de fauteuils ayant connus des jours meilleurs. Les lampes à pétrole tentaient de chasser à la nuit tombée, une obscurité envahissante que les étroites fenêtres ne pouvaient compenser. Les ombres portées de toute la famille assemblée accentuaient nos peurs d’enfants. Quand il fallait enfiler le long couloir menant aux chambres, équipés de nos bassinoires pour un semblant de douceur sous les couches d’édredons, c’était au plus courageux de mener la colonne.

Nos nuits étaient peuplées des grincements des planchers et de la structure de ce bâtiment, construit sans fondations conséquentes. Les sangliers qui menaient la sarabande dans le potager à l’arrière, allant jusqu’à se faire les défenses sur nos volets, amplifiaient nos angoisses nocturnes.

Le lendemain, devant le bol de lait chaud, les tartines du pain cuit dans le four de la cour, enduites de crème, de beurre ou de confiture maison, les peurs de la nuit étaient vite oubliées.

La moisson terminée, le temps des battages approchait. Pour nous c'était le temps des corvées. Dès la toilette de chat effectuée à l’évier, les femmes et les enfants étaient réquisitionnés pour aller glaner l’aigail* et rassembler les gerbes, sur les champs où la moissonneuse avait coupé le blé. Les ouvriers chargeaient les gerbes sur la charrette, tirée par deux gros bœufs.

Nous revenions à la ferme juchés sur le chargement et notre oncle ne manquait jamais de déclarer à l’un ou à l’autre «Vois-tu petit, aussi loin que porte ton regard, cette terre est à nous». Cette affirmation était un baume pour les coupures occasionnées par le ramassage des restes de paille.

Dans la vaste cour entre les bâtiments où trônait le four à pain, les hommes de peine déchargeaient la charrette en disposant les gerbes en cercle, à bout de fourche, pour former la meule d’où ils alimenteraient la batteuse.

Mais ça, c’est une autre histoire...


* Restes de paille et de grain. Employé par analogie avec les restes de rosée, vraie signification de ce mot de patois.
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Gladys · il y a
’aigail en picard se disait "nue-paille et était destinée , mélangée à de la pulpe de betterave à la nourriture des bovins, les vaches en majorité
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Long John Loodmer · il y a
Les restes servent à tant de choses. Même à faire du savon pensait Himmler
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Gladys · il y a
Là tu vas loin dans l'humour!
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Long John Loodmer · il y a
C'est ce qu'on dit aux humoristes "Peut-on rire de tout"
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Lili Caudéran · il y a
Un grand bond en arrière. Mes grands parents étaient métayers, la maison Vendéenne n'avait qu'une seule pièce, 4 lits de coin, une table , des bancs, la cheminée, un bahut. Le sol était en terre battue...de beaux souvenirs malgré cette extrême pauvreté.
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Fred Panassac · il y a
Très agréable à lire, ah les rallonges pince-.doigts un poème...et hélas la tuberculose qu’on croyait disparue et qui fait son retour, ...merci aux bobos anti-vaccins, cette nouvelle « mode » irresponsable qui met en danger toute une population à cause de quelques charlatans qui bourrent le mou aux parents. Désolée c’est un autre sujet mais je suis furieuse de cette catastrophe vers laquelle on va...
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Gladys · il y a
Ah oui Fred mais essaie de voir le positif au lieu de larmoyer lamentablement. Te souviens-tu des galipettes dans la paille, jupe retroussée, culotte enlevée et main au panier ( pas d'osier)
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Fred Panassac · il y a
De mon temps, Gladys, les filles étaient très surveillées ! Même à la campagne, même pas en rêve les galipettes. Et puis les « maisons de paille » étaient trop hautes, dans ma campagne de petite écolière en vacances.
Coucou comment vas-tu ? Joli dimanche à toi, et merci pour ton petit clin d’oeil. J’ai reparcouru ce texte de Loodmer, il est vraiment beau, sans doute parmi ses meilleurs mais je n’ai pas lu les derniers, s’il y en a.

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Long John Loodmer · il y a
Effectivement y en a
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Fred Panassac · il y a
Alors à bientôt ...
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Gladys · il y a
Mais chère Fred, Loodmer est un bon en écriture, et même un bon bonhomme que j'aime taquiner comme toi mais qui ne se fâche jamais. Il est adorable et talentueux. Voili voilà je retourne l'embêter un peu!
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Long John Loodmer · il y a
Ça va là, les cancanières. On disserte sur mon compte en loucedé. Tant que c'est pour me tresser des couronnes, tout va bien. Merci à vous deux pour ces commentaires qui me vont droit au coeur.
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Fred Panassac · il y a
Oh je ne suis pas du tout fâchée Gladys. Tu ne pratiques pas la langue de bois et ça me va très bien.
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Gladys · il y a
Fais attention quand même à Loodmer, c'est un sacré lascar encore bien vert, il va t'embobiner Fred. Je sais que tu es fragile et sensible aux propos de ces foutus navigateurs ou ex! méfie-toi de ses propos enjôleurs!
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Fred Panassac · il y a
Aucun souci, Loodmer est un gentleman :-)
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Long John Loodmer · il y a
Bon ça y est là, on a fini de me disséquer ☺☺☺
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Gladys · il y a
Tu m'as rejetée et je n'oublie pas facilement
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Emsie · il y a
J'aime beaucoup, j'ai presque l'impression d'y être et de sentir l'odeur du foin et des tartines...
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Gladys · il y a
Prends garde, dans le foin, il y a souvent "Loodmer" à moins que ça te plaise
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Emsie · il y a
Trop tard ! En décembre, je n'ai plus envie de me rouler dans le foin... même pas avec Loodmer !!!
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Gladys · il y a
Alors viens chez moi, c'est confortable et je suis accueillante
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Emsie · il y a
Merci pour ton hospitalité, Gladys ! Mais aujourd'hui, je vais rester bien au chaud avec mon loup des villes ;-)
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Diamantina Richard · il y a
Une belle description du travail et du quotidien de ces gens qui ne vivaient pratiquement que pour travailler, mais la fierté d'avoir une terre et le bonheur malgré tout. J'ai passé des étés semblables chez ma grand-mere au Portugal, on n'avait ni eau courante, ni électricité, ni toilettes, ni salle de bains, et malgré le travail qu'on aidait à faire j'ai été très heureuse.... parfois...
Merci pour ce partage

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Long John Loodmer · il y a
Ne te méprend pas, pour nous c'était un petit coup de main, mais ce n'était rien en comparaison du travail fournit par les ouvriers agricoles au service de la grand-mère
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Gladys · il y a
Oui les "Loodmer" propriétaire terrien, faisait bosser dur les pauvres métayers qui crevait la dalle. Eux vivaient grassement en ville où ils faisaient des affaires de commerce ou se promenaient en mer à la recherche de sensations fortes. Ce que l'on nomme "le capitalisme" et qui perdure encore
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Diamantina Richard · il y a
Oui j'imagine bien
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Sylvie Neveu · il y a
J'aime, un point, c'est tout.
Merci
sylvie

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Long John Loodmer · il y a
Pas besoin de plus pour me satisfaire. merci
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Sylvie Neveu · il y a
Un vrai bon texte, tout comme j'aime : sans chichi, sans fioriture, sans emballage inutile, sans enrobage pur guimauve et sucre collant mais un vrac de vie qui sent bon la paille et la terre mouillée.
Merci encore

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Viviane Fournier · il y a
un tableau avec un rien de Maupassant et une odeur d'hier qui est belle ...
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Long John Loodmer · il y a
"Un rien, c'est déjà beaucoup...". merci
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Viviane Fournier · il y a
oh c'est ce petit "truc" qui ajoute tout ...ce coin de plume qui rend les phrases vivantes et vous savez faire ...
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Eddy Riffard · il y a
Les détails ancrent bien l’histoire dans son contexte.
Reste que je ne suis pas convaincu par le découpage de certaines phrases, l’usage des virgules et l’excès de participes présents.
Par exemple, « Le temps des battages approchant. » constitue une rupture dans le texte.

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Long John Loodmer · il y a
Fort de tes remarques tj judicieuses, j'ai remanié qq peu, sans espérer avoir tout réglé.
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Eddy Riffard · il y a
Les modifications vont dans le bon sens.
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J.H. Keurk · il y a
Une bien belle description.
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Dolotarasse · il y a
Le bonheur est dans le pré...

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