Les trombines de la place Stanislas au printemps

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J'ai suivi un copain  [+]

Un mégot écrasé, au pied des marches qui mène à un Stanislas figé, trace avec sa cendre une ligne noire sur un pavé blanc. Deux pierres plus loin, une odeur de fraise se diffuse au soleil. Elle s'échappe d'un opercule de pot de yaourt, éclaté au sol, le liquide lacté rosé sèche sur le caillou. Une mouche s'envole. Elle forme un petit point noir au-dessus d'un couple qui s'étreint avec tendresse. La porte Héré blanche immaculée, derrière eux, forme une sorte d'alcôve protectrice. D'ailleurs la copine à coté prend un peu de recul, gênée. Ils s'embrassent. Des pigeons gris se battent pour un quignon de pain près d'un lampadaire éclairé par ses dorures. Elles resplendissent sous les rayons de l'astre du jour. Un demoiselle aux yeux bridés et au teint blême attend assise sur la dernière marche du rond central de la place. Un quart d'heure passe. La belle attend toujours, immobile comme son voisin célèbre, quelques mètres au-dessus d'elle. Dans sa main, elle tient un sachet plastique jaune estampillé macarons de Nancy. Son sac en cuir rouge pend en bandoulière, accompagné de deux pompons de laine blanche. Soudain, elle part et traverse la place pour stopper face à la fontaine Neptune. Elle lève la tête, regarde la statue qui crache de l'eau. Puis elle repart et disparaît au milieu de badauds arrêtés, en contemplation devant l'architecture de l'opéra...
Deux costauds à la carrure et l'allure voisine, crânes rasés, jeans et bombers noirs, traversent la place en diagonale de la même démarche chaloupée. Un pépère avance clopin-clopant près du roi du lieu, l'air hébété. Il tourne la tête à droite, à gauche et regarde en l'air. Le mouvement fait remuer les oreilles de sa vieille casquette de bûcheron, posée sur ses cheveux blancs hirsutes. Son pantalon de jogging est trop court. Il complète le haut de sa tenue, une veste délavée trop grande, affaissée sur ses épaules bancales. Près du magasin Daum, l'homme pose sa main gauche sur une rambarde en bois terni avant de s’asseoir en amazone. Il fouille dans une poche de son vieil habit et sort un carton de jeu de hasard brillant. Petit éclat furtif. Ses ongles grattent. A la mine déconfite du joueur, la chance a dit non. Il se lève avec difficulté, passe devant la vitrine Daum, titube, se cogne dans la le mur qui suit et s'engouffre dans un bureau de tabac. Il ressort, de nouveaux jeux à gratter et s'éloigne vers la porte Héré.
Un agent de la ville se glisse entre les badauds, invisible. Engoncé dans son anorak jaune fluo, il récupère sur les pavés un paquet de cigarettes, muni de sa pince télescopique sans lâcher sa poubelle à roue. A l'ombre de Stanislas, quatre adolescents, canettes à la main s'approchent d'une jeune fille en train de lire. «  On est une bande de comédiens », attaque le plus hardi, un gros lapin, effigie Penthouse argentée sur son maillot. Il avale une gorgée de bière et balance un gros rot avant de s'asseoir satisfait, à côté de la demoiselle. Et poursuit sa drague lourde. Non loin, deux femmes aux cheveux longs sont assises sur deux plots en pierre. Elles ne se voient pas. Ni l'une ni l'autre n'a conscience de la présence de l'autre. Chacune vaque à ses pensées. Chacune attend un rendez-vous qui ne vient pas. Chacune repart de son coté...
Des éclats de voix slaves ricochent sur les pavés, rebondissent sur la statue de Stanislas. Des compatriotes? Un landau les suit de près. Des scintillements surgissent à chaque tour de ses roues chromées. Son pilote aux jolis jambes le dirige vers la porte de la Pépinière ornée des ses dorures étincelantes. Le soleil donne. Du côté des Césars où il brille, les chaises sont pleines. Les fauteuils en osier du Foy, à l'ombre sont vides. Un V-lib traverse à fond la place. Une mamie, l'échine courbée, entame à son tour la traversée. Sept minutes plus tard, elle est de l'autre coté. Pourvu qu'elle n'ait rien oubliée !
Un homme, look Renaud, sirote sa bière. Des petits cadavres de verre sont couchés sur les lames brunes de banc où il squatte en périphérie du carré de pavés. Derrière lui un mur de lierre fait ressortir son visage bien rouge. Les vestes tombent. Il fait chaud su la place. Une maman tient la doudoune de sa gamine aux cheveux bouclés...
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Kiki · il y a
je suis une petite nouvelle du site, alors je me balade dans les allées à la recherche des univers de chacun. Et je ne suis pas déçue de découvrir un peu plus de textes chaque jour et aussi de m'enrichir des échanges de chacun. BRAVO à vous. et au plaisir de vous relire prochainement.
je vous invite à aller lire mon poème en finale sur les cuves de Sassenage. Si vous venez je vous guiderais dans les entrailles de cette terre sacrée et de cette cavité magique et enchanteresse. Merci d'avance