Les trois petits lapins

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Une pensée à la fois, mais tout au long de la journée, le reste des mots revient au silence à dire ou écrire. Sorte de moteur de vie pour exister autrement  [+]

Il était une fois une campagne verdoyante où vivaient trois petits lapins.

Euh, en fait, ils vivaient dans une friche du coté de Massy, endroit peu fréquentable, peuplé de gangs comme les rats mous, les mouches explosées au crack, les moustiques transsexuels, les vers velus, les taupes tatouées, les chats cotonneux, les rats verts, les abeilles disco, les souris bleues, les scarabées translucides et les cloportes salés.

Ce petit monde était dominé par Maître G qui décida après une nuit de beuverie de chasser, d’exterminer les trois lapins, excédé des vols et des dégâts provoqués dans ses plantations de H.

Roudoudou, Pampan et Léon ne se doutaient de rien, passant leurs journées, sous herbe, à gambader dans les sous-sols, buvant de la bière, se bâfrant d’épluchures de carottes saupoudrées de petites graines blanches distillées au Clapier, un rade baptisé le Moloko.

Bref, tout allait bien jusqu’à ce que Léon, le plus sage, découvrit sur un poteau en béton l’avis de recherche les concernant.

Trois lapins à étriper ! Récompense assurée !

L’affiche, montrant la tronche de Maître G, dit le Goupil, faisait froid dans les poils.

Il fallait donc se protéger.

Roudoudou, le plus insouciant, décida de construire une sorte de tipi en plastique, facile, ce n’était pas ce qu’il manquait dans les détritus.

Pampan, moins tête en l’air, se mit en quête de morceaux de cagettes humides et avec l’aide un pote hamster à lui, surnommé dans la zone : LSD, pour Larges Dents, s’employa de dresser une sorte de rempart devant son terrier.

Léon, le plus âgé, se mit en quête de morceaux de carrelages et d’ardoises. Il fallait aussi trouver de la super colle, ça, c’était pas évident.

Heureusement, il avait un vieil ami, Tom, un facteur escargot à la retraite qui bavait continuellement. Chacun sait que la bave d’un 4 cornes est un solide ciment, gluant à souhait. Juste parfait pour son projet.

Il y avait beaucoup de travail, car la traque allait bientôt commencer.
Il alerta ses deux jeunes frères sur le manque de solidité de leurs constructions, rien n’y fit.

Roudoudou et Pampan ne s’en souciaient guère, trop occupés à draguer les lapinettes du terrain vague. La tête en vrac, à gambader en toute insouciance dans les champs de H, fumants, Ray ban de travers et piles Wonder chargées à bloc.

Ils riaient de voir Léon s’échiner à ce qu’ils appelaient sa maison WC.
M’empêche que le lendemain, Léon avait terminé son ouvrage et rentra dans son home, l’esprit serein et détendu.

Il y avait tout le confort, enfin, pour un lapin, genre : TV, frigo rempli, bar achalandé, hamac et surtout un fusil de chasse Dorothée.

Faut imaginer Léon, lunettes noires et rondes, fumant un gros cigare en regardant les séries débiles de TV Massy, caressant la crosse de l’arme chargée de chevrotines au gros sel.

Maître G, du haut de sa tour était ravi, ses détectives privés, Puces & Associés, avaient déjà retrouvés la trace des trois rabbits.

Il décida de passer à l’action le soir même et en personne.

Il s’approcha en catimini de l’espèce de tente en plastique du premier et se mit à rapper accompagné par un énorme ghetto blaster.

En moins de quinze secondes, l’abri s’envola laissant Roudoudou abasourdi, dommage, il avait entre ses pattes une jeune rabbite qui ne demandait qu’à s’envoyer en l’air pour fabriquer, par la même occasion, des lapinous.

Le jeune lapin s’enfuit à toute allure, enfin, en zigzagant un peu à cause du vin gris des égouts, pour trouver refuge chez son frère Pampan.

Maître G, furieux le poursuivit et se retrouva très vite devant la pauvre fortification en bois, sorte de cageot retourné, sensé protéger les deux mangeurs de racines affolés.

Il reprit son rap encore plus fort et l’abri s’envola aussi.

Ultime solution, foncer vers le pavillon de Léon dont on voyait la fumée sortir de la cheminée.

Ce dernier, affolé par le vacarme, ouvrit à ses deux frères, puis referma à double tour la porte d’entrée.

De plus en énervé, Maître G reprit de plus belle son tempo infernal et augmenta encore le son, mais, rien ne se produisit, le cottage tenait bon, il tenta de forcer la porte, d’arracher les volets, impossible, comme il était chimérique pour lui, au regard de sa corpulence, de passer par la cheminée.

Toujours, rien.

Réveillé par le bruit, le concierge de l’immeuble, sorti, en bonnet de nuit et lança ses chiens vers le bruit, croyant à une rave party interdite.

Tout le quartier était maintenant en alerte, on entendit, un peu plus tard, une grande explosion, l’homme venait de lancer une bombe incendiaire sur la maisonnette.

Au matin, dans les décombres encore fumants, on découvrit un triste spectacle, dont on passera les détails dans le JT Massy soir. (Replay possible canal 18)

C’est ainsi qui périrent les trois petits lapins et Maitre G.

La morale de l’histoire en forme d’épitaphe fut trouvée par un certain MC S :
« En banlieue, si tu veux de la chair à pâté, cherche donc un renard à sampler ».
EL
Mai 2019.
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