Les tréfonds de ses yeux

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Un bruissement de draps. Les bip-bip réguliers d'une machine.
J'émerge doucement de ma torpeur, une nouvelle fois.
Son souffle chaud contre ma joue. Ses doigts nerveux passant dans mes cheveux. Une main tenant fébrilement la mienne.
Sa main. Si douce, si chaude.
J'ouvre lentement les yeux et je le vois là juste à côté de moi, comme je m'en serais doutée.
Seul îlot familier dans la marée inconnue qu'est cette chambre d'hôpital. Îlot auquel je m'efforce de m'accrocher pour éviter de sombrer dans les profondeurs de l'inconscience définitivement.

Mais est-ce suffisant ? Est-il suffisant pour me garder à la surface? Pour me garder en vie? Pour me permettre d'enfin battre cette minuscule boule qui a pris place dans mon sein et sème le trouble à travers tout mon organisme?
Je ne me suffis hélas déjà plus à moi-même. Seule je n'y arrive pas. J'ai besoin de lui. J'en ai besoin pour tenir.
Je n'ai eu aucune autre alternative que de m'en remettre entièrement à lui, sous peine de sombrer pour de bon. M'en remettre à sa force, à son courage. Sa bienveillance et son amour. Ces choses dont il a toujours fait preuve pour me garder aussi longtemps que possible. Pour me montrer que justement c'était possible.
Même si, pour une fois, il devait se tromper...

Ses doigts se resserrent autour des miens, sa tête se relève doucement. Il papillonne des cils quelques instants et me regarde ensuite droit dans les yeux. Un doux sourire étire ses lèvres. Un sourire qui se veut fort, mais qui, je le sais, est ô combien triste et fatigué.
Il a toujours cherché à me rassurer, à rester positif. À chaque fois que je baissais les bras il était là pour me les relever. À chaque fois que mon espoir s'éteignait, il a réussi à le rallumer. À chaque fois que je parlais d'aujourd'hui comme du dernier jour, il se mettait à prévoir le jour d'après.

Les jours d'après... Il ne cessait de me persuder qu'ils étaient possibles, qu'ils seraient possible. Il me permettait d'y croire, un peu plus chaque jour. Il me permettait de continuer d'avancer.

Mais tout ça c'était avant... Je le sais maintenant, je le sens. Je sens cette brume qui commence à m'envelopper et à s'incruster en moi par tous les pores. Je sens la fin venir. Et je sens le jour d'après s'éloigner...

Mais de toutes ces choses, ressort ce sentiment plus fort que le reste. Cette douce chaleur revigorante, dernier moteur de mon petit coeur dans cette grande bataille. Cet amour inconditionnel dont il m'a gratifié. Et celui, impérissable, que je lui porte.

Je vais m'en aller... C'est devenu une évidence maintenant. Je ne veux pas lui faire ça, je ne peux pas lui faire ça. Pas après tout ce qu'il a fait pour moi. Et pourtant, je n'y peux déjà plus rien...
Je lève le regard vers lui, une dernière fois. Il a compris, il le sens aussi. Son sourire reste intact, mais il laisse cependant s'échapper une larme solitaire. Elle roule le long de sa joue et vient s'écraser sur mes draps. Il serre ma main plus fort dans les siennes.
J'ai envie de parler, de lui dire que tout ira bien.
Je t'aime...
Mais aucun son ne sort.
Mes yeux sont toujours plongés dans les siens. Et je ne peux me détacher de l'emprise qu'ils exercent sur moi. Je n'en ai pas l'envie de toute façon. Et encore moins le courage.
Peut-être que je passerai les jours d'après dans l'infini de ses yeux ? Je l'espère! Je pourrais m'y noyer. Est-ce que c'est possible de se noyer dans l'amour qu'une personne nous porte? Ou dans l'amour qu'on porte à une personne? Ou les deux?

C'est dans ces pensées confuses que je prends le large. Et je pars à la dérive, dans les tréfonds de ses yeux.
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