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Les Thraces aiment les strass

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LeonB

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Les Thraces sont à l'histoire antique ce que les figures héroïques sont à l'histoire des sociétés... ou les oligarques au développement économique d'un pays... Ils sont une aberration nécessaire, comme une évidence qui s'impose dans un champs d'incertitudes. Ils sont une puissance pleine de souffle, de romantisme, de secrets. Ils sont parés d'oripeaux brillants, à la limite du mauvais goût. Ces fards servent l'aura de mystère qui les entoure et font que la renommée ne les a jamais abandonnés.

Ils ne nous ont laissé aucune littérature, aucun alphabet, qui nous permettraient de connaître leur histoire, leurs usages et leurs moeurs. L'on sait, grâce aux prosateurs grèco-romains, qu'ils furent parmi les peuples les plus prospères de l'Antiquité; que les Gètes, les Triballes, les Franquris, ou ces quatre vingts-dix autres tribus thraces dont nous parle Hérodote, unies ponctuellement sous des rois aux noms piquants, tels que Seuthès, Kersobleptès, Patzamos, étendirent leurs possessions, leurs villes, leurs réseaux commerciaux de la Mer Egée à la Crimée, de la Mer Noire à la Mer Adriatique, couvrant cette région de richesses matérielles que l'on découvre toujours. Ils nous ont légué un mystère peut-être plus passionnant encore que les écritures homériques sur la Guerre de Troie, je veux parler de leurs pièces d'orfèvrerie, d'un raffinement sans pareil – vaisselles, bijoux, arnachements de toutes sortes, à l'usage des rois, de la noblesse, des prêtres.

La plupart de ces merveilles ont été retrouvées dans des tombeaux de personnages importants, dans des tumulus devrais-je dire, spécialité paysagère de la Bulgarie, qui n'en a pas fini avec la prospection archéologique de son territoire. Partout, on peut voir ces petites collines de verdure, trop proprettes, géométriques, pour être naturelles, qui sont de fait des monticules construits de mains d'homme, dont la fonction était bien précise : sous une couche d'argile de plusieurs dizaines de mètres, ont enterrait les somptueux mausolées des monarques et de leurs familles, à la manière égyptienne – accompagnés de vivres et de trésors pour mener la belle vie dans l'au-delà –, technique permettant une longue conservation des matériaux, ainsi qu'un certain "camouflage", pour tromper l'avidité des pilleurs de morts – ce qui n'a pas empêché ces derniers, comme en Egypte, Grèce, Turquie, pour ne citer que des voisins, de faire florès et s'emplir les poches d'un butin parfois cinquetuplement millénaire.

Depuis que l'on s'intéresse aux civilisations perdues – une manie pas si ancienne en regard de la roue du temps – les beautés des cultures passées semblent vouées aux pillages, désormais non seulement physique mais aussi photographique. Plus l'objet de convoitise est frappant par sa beauté, plus l'on peut-être sûr qu'il attirera les dévoreurs de tout poil. Le tourisme de masse n'ayant pas encore fait son oeuvre aux pays des roses, les Thraces, remarquables hier et aujourd'hui pour leur prédilection envers la luxuriance, sont à cet égard une proie de choix, expliquant la jalousie avec laquelle les gardiennes du musée archéologique de Varna empêchent les pilleurs d'images de prendre d'intempestives photos, pistant pour celà les importuns jusque dans les recoins les plus reculés du bâtiment néo-baroque, utilisé comme sanctuaire contemporain des pères de la Bulgarie.

Seule solution, pour les pirates de la culture, se prémunir d'un droit photographique coûtant deux fois le prix du billet d'entrée, déjà lui-même à la mesure de la richesse du musée – ce qu'on ne saurait reprocher à une administration consciencieuse, quoique regrettant son absence d'esprit culturellement démocratique.

Comme ils savent se faire briller ces Thraces, demeurer inaccessibles et éblouissants à la fois, jet-setters de l'au-delà, dédaignant la compassion du public, goûtant uniquement aux charmes des happy few, dont tout le monde devine la divine splendeur, mais que personne ne fréquente – faute d'en détenir le passe-droit !
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