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Les soirs dansants

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Boiserad

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Il est rassurant de se réfugier dans l'oubli. Mais l'abîme s'étend et le danger court, puis nous rattrape dans le confort de la nuit.


Dans ses yeux il n'y avait rien. Un verre figé et froid empêchait tout éclat. Elle ne remarqua pas le craquement de ses sourires contorsionnés. Inconsciente et rongée par une envie de vivre irrationnelle, elle s'est rué dans un vacarme aveuglant. Gaie et dansante dans sa robe scintillante, elle se sentait invulnérable. Il était tard et la lune était haut dans le ciel. La fête battait son plein. Les lumières multicolores s'affolaient et léchaient les murs industriels des pièces immenses. Une harmonie régnait dans la nuit remplie de musique assourdissante. Ce bel équilibre de façade lui jouait un tour sordide. Les mouvements symétriques de la foule et les visages familiers la trompaient. Sans s'en rendre compte elle s'offrit au monstre comme l'agneau s'offre au loup. Des masques tombèrent et d'infâmes figures se dévoilèrent. Le verre figé et froid se posa sur elle et la recouvra d'un drap écarlate. Les mirages s'effondrèrent et alors se dessina un leurre qui la frappa avec hargne. Soudain tout devint trouble, les visages qui l'entouraient affichaient des mines sournoises qui ne cessaient de se transformer. Son corps était assailli par des mains venant de la foule qui vibrait en cœur sur les sonorités agressives de la musique. Son âme se morcelait, se déchirait en pièces ridicules. Elle se fractionnait en éclats. Elle ne reçut pour la rassurer que des regards effrayants qui sillonnaient son anatomie sans retenue. Elle se déplaçait avec peine dans un capharnaüm flou. Les courbes vacillaient, les couleurs venaient mourir les unes dans les autres au fur et à mesure qu'elle parvenait à se frayer un chemin incertain. Une étreinte menaçante l'entoura et l'emporta jusque chez elle. Une fois arrivée dans la petite chambre où elle vivait, une partie d'elle s'évanouit dans le néant. Durant des jours elle mit du linge entre ses jambes. Elle farda son visage pour lui rendre une étincelle de vitalité. Enfin, elle cultiva l'oubli et le pardon avec vigueur en tentant de s'acclimater à l'horreur qui habitait dorénavant ses rêveries.
Aujourd'hui quand elle voit le verre figé et froid dans l'obscurité de la foule, son corps entier prend feu.

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