Les sanglots découragés

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Manel Yousfi, Née le 31/07/1993 a fait de études en gestion des ressources humaines et en littérature française, a publié ses premières nouvelles dont "Rapt Halal", "Des histoires et des  [+]

Il est tombé au champ d’honneur.
Voilà, un fait divers, la photo de mon mari en tenue militaire, un soldat mort pendant la guerre, quoi de plus normal, un article dans le journal, des mots écrits en noir, chantant la fierté et la gloire, et c’est la fin de l’histoire.
Interloquée, l’âme disloquée, je me pose la question, mon héro mort pour la nation, victime des enjeux politiques, des pays cupides et machiavéliques, ils prétextent les guerres, pour convoiter les terres, conquérir les richesses, feindre la tristesse, pour les peuples appauvris, peuples aux cœurs meurtris.
Ils envoient les hommes, des hommes comme le mien, à un avenir sans lendemain, dans un périple gris nacré, pour violer les sacrés, pour tuer et massacrer, les enfants, les femmes et les innocents.
Mon amour, tout le monde va t’applaudir, mort pour ta patrie, tu as répondu présent, à l’appel du devoir, tout le monde va le dire, du matin jusqu’au soir, on chantera tes louanges, ta bravoure, ton courage, mon ange, et moi je pleurerai, car personne ne t’a connu, ils ne connaissent même pas ton prénom, personne ne les entendait, tes cris quand la mort t’attendait, aucune main ne se tendait, ton corps qui frémissait, au début de ton odyssée, la peur que tu cachais, mais tu ne pouvais pas lâcher.
Engagé, face au danger, têtu et inchangé, tu as fermé les yeux, tu as prié Dieu, je sais que tu le voulais, tu voulais annuler, tu voulais rester avec moi et vivre à mes cotés, tu voulais voir nos enfants jouer et sauter, mais le moment de vérité, ne t’a pas laissé le temps d’hésiter, tu es parti, déterminé, affronter les terres minées, le voilà terminé, ton chemin vers le paradis imaginé.
Je n’y ai jamais cru, leurs discours mielleux, perfides et orgueilleux, pendant que dans leurs fauteuils, ils parlaient d’économie, ils poussaient les hommes comme toi à quitter leurs familles, ils ont fait des autres nos ennemis, tu as donné ta vie pour réaliser leurs objectifs, tu as pris le chemin belliqueux, pour choix définitif.
Je me r appelle de la fin, tu étais tellement beau, sanglé dans ton uniforme, tu me chantais le même refrain «  Ma tendre épouse adorée, ne t’inquiète pas je reviendrai » et tu n’es jamais revenu, et ta promesse, tu ne l’as pas tenue, comment ne pas t’en vouloir, alors que chaque soir, je pleure devant ma télé, les cris des autres me déchirent, et ton absence me torture...
Aujourd’hui j’ai reçu la lettre des condoléances, ton combat est fini, et c’est le mien qui commence, ma peine est immense, et mon chagrin intense, tu es parti trop tôt, et devant ta photo, moi je me bas, je mène mon combat, je ravale mes larmes et je ne baisse pas les armes, je dois me lever après la chute rude, je dois apprendre à vivre avec ma solitude, je dois en prendre l’habitude...
Il fait froid dans notre maison, celle qui a abrité nos rêves, celle où a vécu notre amour, celui que tu as sacrifié sur l’autel de la bravoure.
Tu es parti dignement, et c’est le moment, pour moi de faire de même, de rejoindre celui que j’aime.
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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Difficile attente...