Les pierres mouillées

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Un battement de cils. Mes yeux s’ouvrent et se ferment, puis je ne parviens pas à les rouvrir. Je tente à nouveau, mais rien à faire, ils semblent fermés pour de bon.
Je suis allongée, j’essaye de me redresser mais cela non plus, je n’y arrive pas. C’est comme si j’étais attachée, et pourtant je ne sens ni corde ni lien me retenant prisonnière. Je souffle doucement et j’’aspire longuement l’air par un faible filet, pour tenter de me calmer. Non. Le stress s’empare de moi. Je réessaye d’ouvrir les yeux. Je réalise qu’ils sont ouverts mais que je ne vois rien.
Je cherche la moindre lueur. Quelque chose. Un reflet. Le plus petit indice d’impression de vision. Mais rien. Tout est noir. Je me sens comme enfermée sous terre. Pourtant je respire.
Je commence à angoisser sérieusement. Je fais le bilan de ma situation actuelle : je suis dans le noir, et je ne peux pas bouger. Est-ce qu’on me retient de force ? Quelqu’un me voudrait du mal? Je faisais quoi juste avant ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n’arrive pas à réfléchir. Tout est brouillé. C’est la panique !
Je voudrais appeler, crier à l’aide. Mais je ne peux pas. Aucun son ne sort de ma bouche. Rien.
Mais qu’est ce qu’il m’a pris de fermer les yeux ? Si j’avais su ce qui m’attendait j’aurais essayé de tricher un peu, de faire semblant de les fermer en laissant juste assez de jour pour y voir, sans trahir ma supercherie, mais non il a fallu que je ferme les yeux, parce que c’est bien confortable de battre des paupières régulièrement.
Voilà je me mets à penser n’importe quoi, je ne comprends pas ce qu’il se passe, alors je m’engueule moi même intérieurement, comme si j’étais responsable de ma situation. Allez je recommence, je vais tenter de crier et de gigoter dans tous les sens en secouant la tête à m’en décrocher la colonne. Mais c’est une chose, d’en avoir envie, rien ne se passe je ne fais qu’imaginer remuer mon corps de toutes mes forces et hurler à m’en déchirer les cordes vocales. Si quelqu’un m’observe, il ne peut même pas s’amuser de me voir lutter puisque je ne bouge pas.
D’ailleurs est ce que je ne bouge pas ou est ce que je ne sens plus rien ? Peut-être que je bouge et que je hurle sans pouvoir sentir ou entendre... mais quelle est la prochaine étape ? Je vais arrêter de penser ? Je commence à comprendre qu’exister c’est voir, entendre, sentir et penser, c’est être conscient de soi.
Super ! je suis en train de philosopher intérieurement, ça m’aide beaucoup tiens, à me sortir de ce pétrin. Si je pouvais m’applaudir je le ferai, avec les mains et les pieds, pour me montrer digne de mon propre enthousiasme. Alors reprenons, qu’est-ce que je faisais juste avant? Je n’en ai aucune idée, je sens que ce n’est pas très bon signe, bon allez quoi il faut que j’attende ? Mais je m’ennuie moi, en plus d’être inquiète, et si quelqu’un peut lire ce qu’il se passe dans ma tête, il peut bien imaginer à quel point ce n’est pas une bonne idée de s’inquiéter et de s’ennuyer en même temps, alors s’il vous plaît, « le quelqu’un » qui m’écoute penser ou qui m’observe avec ses lunettes infrarouges, c’est pas tellement drôle, tout compte fait, mais je promets que je ne ferai pas d’histoires si vous me libérez, je vous assure !
Alors voilà, tout à l’heure je m’engueulais intérieurement et voilà que maintenant j’essaye de communiquer par la penser avec un observateur imaginaire, non mais ça y est, c’est sûr, on touche le fond, je suis en train de devenir dingue !

Mais..? Qu’est ce que...? J’ai cru entendre quelque chose, de très lointain, très étouffé. J’ai dû me tromper, j’attendais tellement un signe que je l’ai inventé.
Et là ? C’est quoi cette odeur ? J’ai pas rêvé, si ? C’est tellement faible, je ne sais pas identifier ce que c’est. Ça s’accompagne d’une sensation puis ça disparaît..
Oh non ! Mes yeux ont l’air de rouler et de vouloir se fermer alors que j’allais presque réaliser qu’une faible lueur confuse me parvenait...

Ça sent les pierres mouillées. Il y a de la fumée, j’entends des hurlements, des pleurs, des sirènes, on vient d’enlever quelques briques poussiéreuses qui me recouvraient le corps, je sens à nouveau, j’ai mal, terriblement mal, je voudrais bien retourner dans mon enfer solitaire, finalement.
Je commence à comprendre, je me souviens, je venais de me servir un verre d’eau, et tout s’est figé d’un coup, tout à été soufflé dans un vacarme assourdissant.
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