Les pétillantes péripéties d'Harold et de Prunette

il y a
2 min
78
lectures
4
Qualifié

Le goût des mots, la passion du style, la folie des gens :)  [+]

Image de Hiver 15
Image de Très très courts
- Hé Prunette, reste où tu es !
Harold est à dix mètres de moi, entre deux arbres, et me fait de grands signes, les yeux écarquillés. J'ai compris, je suis sur une branche et je ne poserai pas un pied sur le bout de terrain qui nous sépare. Je le vois se dandiner avec une grosse boule bleue accrochée à son mollet. C'est un plup, une bestiole aussi affectueuse qu'affreuse dont il est difficile de se débarrasser tout seul. Une fois que ce machin a posé la ventouse qui lui sert de tige sur un bout de ta peau, te voilà obligé à supporter ses couinements suraigus et son poids (l'équivalent d'une petite bouteille d'eau, quand même) jusqu'à ce qu'il s'endorme et se décroche. Heureusement, ça dort souvent.
Je regarde un peu plus attentivement devant moi : en effet, je vois une multitude de petites tâches bleues affleurer à la surface, qui n'attendent que mon passage pour me sauter dessus. Je me demande comment Harold s'en est sorti pour ne pas en être recouvert et se retrouver transformé en schtroumpf obèse. Comme il est tout léger, il a du sautiller dans tous les sens comme à son habitude. Je suis déjà épuisée par la grande marche que nous venons de faire. Je décide de prendre la voie des airs pour le rejoindre.
Je tire sur une des ficelles de mon sac à dos pour libérer mes ailes. Le mécanisme se déclenche, la toile se déplie, un petit bras articulé vient placer un panneau solaire dans la position optimale et le moteur de l'hélice commence à ronronner juste derrière mes genoux. Et comme à chaque fois, je ressens un agréable sentiment de frayeur et de liberté mélangées : hop, je bascule en avant à l'horizontale, tant pis pour les petites branches qui viennent me griffer le visage, et je m'envole à la poursuite de Harold. Son plup s'est endormi et décroché entretemps, il a pu grimper sur l'arbre le plus proche et en deux temps trois mouvements, il a lui aussi déployé ses ailes. Il me devance de peu et nous partons en direction du Grand Tout, un endroit féérique et ensoleillé où rien n'est impossible. Après cinq ans passés à fuir le Grand Rien, qui nous avait embourbés dans des motifs de tristesse à répétition, nous sommes enfin libres, et tellement heureux que nous avons presque envie de ramener un plup en souvenir de cet entre-deux que nous traversons, qui après les épreuves nous sont presque apparus comme d'agréables compagnons de route. Mais nous savons aussi que nous ne sommes pas au bout de nos peines. Nous évitons encore de nous poser quelques questions : à combien de kilomètres encore se trouve le Grand Tout ? Existe-t-il vraiment ?
4

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Christine Śmiejkowski
Christine Śmiejkowski · il y a
Voici un ♥ +1 ♥ pour cette histoire schtroumphement sympathique ma foi (。◕‿-。)
Envie de lire autre chose, voici mon récit ►►► http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/pudu-a-disparu-1 Christine