Les passagers du "zinc"

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Nicolas, jeune-chercheur en Histoire romaine (Tacite, la Germanie, les mondes anciens et l'identité barbare...). Passionné de voyages, de littérature, d'écriture, d'histoire, de culture, de  [+]

Ce soir là, Laura et moi étions, comme souvent à une époque, assis au comptoir, le " zinc", comme le nommait certains amis habitués de ce vieux troquet dans lequel se bousculait une clientèle nombreuse et bien connue. Dans ce sulfureux brassage de populations bigarrées, se mêlaient, dans un même amour du lien social et une identique passion de l'ivresse et des breuvages qui la confèrent, les grosses têtes pleines d'érudition du monde universitaire, et surtout leurs nombreuses ouailles, les pousses juvéniles du milieu estudiantin. Le soir, souvent, une franche ambiance rock imprégnait les lieux, déchaînant à certaines occasions les joies festives d'une hystérie collective autour de ce phénomène musical que, contrairement à elle, je ne comprenais pas toujours. Là, au milieu des vapeurs d'alcool, sous les halos frémissant des néons qui éclairaient ce café universitaire, intellectuels, travailleurs et étudiants se mêlaient les uns aux autres dans une atmosphère braillarde qui ne déplaisait pas.

Nous étions là, devant la tireuse, point névralgique du comptoir, et quel que fut mon accoutrement à cet instant, du bon chic au bon genre, elle, pour sa part, revêtait une belle et sobre robe bleu marine. Elle était rayonnante. Le bleu mat et sombre mais élégant, de sa tenue de soirée, tout en créant un contraste magnifique avec sa peau claire et ses longs cheveux blonds, allait de pair avec les iris de ses yeux, d'un bleu vif et profond. Que j'aimais cette femme, et que j'aimais la parfaite symbiose qui l'unissait au bleu, qu'il soit cobalt, commissaire, écolier ou abyssal. Nulle couleur n'est à la fois plus chatoyante et profonde, mystique et véritable, à moins que je ne pense à elle en ces termes. C'était une vision idyllique et fabuleuse. Je laissais mes yeux, terriblement passionnés, voguer dans une heureuse langueur, tout le long de son corps, comme en proie à un abîme bleuté, dans lequel je me noyais par désir.

Nous parlions de choses bien diverses, et bien personnelles. Parfois d'un tout qui n'était rien, souvent d'un rien qui était tout. Laura évoquait aussi à certaines occasions les maux qui la rongeaient. Et moi, je l'écoutais, d'une oreille intuitive et pas moins attentive. Mais là n'est pas le sujet car elle était souvent radieuse, affichant un franc sourire. Celui-ci, s'il n'avait jamais masqué à mes yeux les tourments qui la faisaient souffrir intérieurement, n'était pas moins sincère. Son rire avait quelque chose de magique, que dis-je, je dois parfois sembler des plus crédule tant tout me semble d'une beauté surnaturelle chez cette femme, et pourtant je ne fais que coucher sur le papier ce que je ressens. Quand elle s'esclaffait, ses grands yeux bleus lapis-lazuli se plissaient en deux étroites meurtrières, par lesquelles je me serais plu à entre-apercevoir le monde ne serait-ce que dans l'intention de comprendre un peu plus la douce vision que cette jolie blonde avait de notre univers. Son rire, avec panache, rappelait la beauté des choses. Elle riait à gorge déployée, inondant mon être tout entier d'une infinie affection pour elle.

Je l'écoutais rire, satisfait d'y être pour quelque chose. Quelle fresque splendide! Je la regardais badiner avec éclats. Et face à moi figurait une grande toile vierge où progressivement se dessinait, à chaque sourire, chaque geste et chaque expression de cette belle blonde, et sous la moue gracieuse d'un peintre invisible, un chef d'œuvre sans prétention ni renom. L'artiste, irréprochable, omnipotent et omniscient, devait lire en moi comme dans un livre ouvert, tant ce jolie bout de femme, à la mine radieuse, éveillait chacun de mes sens comme en reflet salutaire à tout ce que le monde pouvait avoir de Beau à mes yeux. O cette idole personnelle et que je souhaiterais anonyme. Que je l'aime encore !
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