Les oiseaux sonnent toujours à la même heure.

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Le mouvement automatisé d’un va-et-vient machinal sans trop de sens. Le tintement presque irritable des instruments s’entrechoquant parfois calmement. C’est ainsi qu’on pourrait décrire l’instant, si on regardait la scène de l’extérieur.

La cuillère, de fer ou de porcelaine ou peut-être de bois je ne sais pas, qu’on plonge dans un mouvement régulier dans ce mélange si habituel. Liquide mais donnant une impression de chaleur dans tout mon corps, se glissant en moi. L’assiette se vidait au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient dans un bruit fort silencieux. Tandis que je ne faisais plus attention à ce qu’il se passait vraiment et cela depuis longtemps déjà. Je serais incapable de donner le début.

Et les oiseaux sonnent toujours à la même heure.

C’est toujours à ce moment que je quitte cet endroit. Sans trop de raison, ou peut-être je ne m’en souviens pas. Il n’y a peut-être rien dont se souvenir, juste des habitudes qui doivent être exécutées. L’ouverture vers l’extérieur me semble bien vide comme toujours, sans trop savoir ce qu’il pourrait y avoir de plus à cet instant. Le temps empêchant de plus en plus de distinguer beaucoup de choses, même si cela reste minime quant à la possibilité.

Et je passe d’un cube à un rectangle, d’un endroit clair à un plus sombre, passant par des arbres qui se referment derrière moi. Et des clapotis de bruits sourds circulent dans une danse que je n’arrive jamais à apercevoir même entre l’écorce des arbres figés ornés. Seules des ombres me parviennent parfois, mais fuient aussitôt que le bruit annonce ma présence. Le cache-cache incessant avec ces ombres qui se bousculent sur mon chemin, et qui pourtant me ressemblent. C’est ce que je pense en tout cas. Lorsque je me regarde dans les reflets de cet endroit, si c’est bien moi que j’aperçois, la même gestuelle presque semblable, lourde et disgracieuse.

Sortir n’aide pas à ce sentiment. Je ne le fais pas souvent car rarement les portes sont ouvertes, et je ne sais où aller. L’endroit est blanc aujourd’hui et des picotements me parcourent de toutes parts. Des formes minuscules tombant du ciel m’accueillent avec une certaine amertume. Et je retrouve ici les mêmes ombres que plus tôt, enfin presque. Je les entends toujours, quasiment aussi distinctement. Ces êtres m’ont l’air plus agile et conscient de leurs présences. Mais cet endroit si « non-accueillant/non-habituel » les trahit à la moindre occasion, crépitant parfois à leur passage. Elles n’ont pourtant rien de celles précédentes, elles ne me ressemblent pas, rien à voir avec ce que je perçois de moi. Comme affaissées par le lieu et d’autant plus sauvages. J’en ai bien plus peur mais pourtant je les ressens moins dangereuses. Même si leurs ombres déformées ne me donnent aucune envie de les approcher. Je ne les connais pas, je ne saurais ce qu’elles pourraient me faire.

Les ombres de l’intérieur s’agitent de nouveau comme affolées de ce qui ne s’est pas encore passé mais pourrait arriver. En jetant un dernier regard à ce que je ne pourrais décrire je me dirige vers cette prison que je ne comprends pas.

Et lorsque j’évite en rentrant les ombres pour qu’elles ne s’enfuient, je monte à ne plus savoir où marcher. Et comme la plupart des instants je me réfugie au milieu d’arbres pleins de savoir transformé pour raconter une autre réalité. Emmitouflé dans une seconde peau je ne fais rien qui soit particulièrement perceptible. Les ombres se calment peu à peu et retournent sûrement à leurs occupations. L’une d’elles approche plus qu’habituellement l’endroit où je me trouve. Mon souffle se coupe et malgré moi j’efface d’autant plus ma présence à cet instant. Lorsqu’elle repart finalement, par le cri strident des autres qui l’attirent dans leurs danses à nouveau. J’ai beau y penser je n’ai jamais pu y réfléchir suffisamment pour arriver à une conclusion. Je me demande parfois, et parfois souvent, si ces ombres existent vraiment. Sont-elles de mon imagination, un souvenir... Ou suis-je moi-même une créature de leur imagination, ou un souvenir qui ne sait pas où aller ? Suis-je dans des univers parallèles ou entrecroisés ? Est-ce moi qui n’ai pas ma place ici, ou ne veut-on pas de moi ? Serais-je celui qui par son existence provoque la fuite des autres et leur misère ? Suis-je une mauvaise personne ? Suis-je une personne ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Je vous vois après tout.
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