Les oiseaux de la Comté

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Ex enseignante, ex-hobbite, ex-agricultrice, et ex-patriée depuis presque 8 ans, je profite de mon ex et lent temps libre pour écrire principalement de courtes chroniques légères et drôles  [+]

Les oiseaux, surtout des moineaux et des étourneaux ont investi La Comté. Ils arrivent vers la fin de l’hiver et s’installent pour de longs mois principalement sur le toit et dans les arbres alentours. Ils s’activent aussitôt pour préparer leurs nids, et se faire beaux pour « draguer’.
Dès les premières heures de l’aube, ils chantent, dansent sur le toit, sifflent, s’interpellent, tout en s’appliquant à préparer le nid de leur future couvée. C’est une ambiance de foire à la plume ! Entendre ces petits oiseaux tout au long de la journée, qui se reproduisent à gogo et ne semblent pas perturbés par la présence du Fermier sportif et de la Fermière qui ne fout rien, semble dépeindre le tableau idyllique de La Comté.
C’est vrai qu’il y a aussi des guêpiers, oiseaux magnifiques aux couleurs invraisemblables, des Huppes fasciées, quelques rapaces qui tournent autour du cortijo s’en jamais oser prélever un petit oiseau pourtant si accessible. C’est beau et cette image reflète tout à fait l’aspect bucolique que veut préserver le Fermier à la Comté.
La première année, le Fermier avait installé un « abreuvoir » pour ses oiseaux, se préoccupant même de leur fabriquer éventuellement quelques maisons pour y déposer des graines afin de maintenir sur place ses oiseaux si attachants (une idée en l’air). Mais les oiseaux préféraient s’abreuver dans la piscine, et laisser sur place les traces de leur passage. Des fientes ! Oui des fientes partout ! Sur les margelles, dans l’eau, sur la terrasse, c’était aussi le prix à payer pour se réveiller avec cette douce mélodie « plumée » la cinquième saison de Vivaldi...
Non seulement les oiseaux laissaient leurs fientes un peu partout, mais à coups de becs répétés sur le toit, le ciment des tuiles se décrochait peu à peu et tombait régulièrement sur la terrasse. Les débris de leur construction végétale et les restes de leurs repas complétaient les désagréments négligeables d’après le Fermier mais que la Fermière qui ne fout rien ramassait quotidiennement.
Ces oiseaux si fragiles et si nombreux avaient leur piste d’atterrissage sur le toit et s’évertuaient à larguer juste avant de se poser le trop plein de leur ventre, laissant sur les murs du cortijo des traces de toutes couleurs, suivant le menu du jour. Traces violettes pour les olives noires, traces marron pour d’autres fruits qu’ils prélevaient sans retenue dans les arbres de La Comté. Ils passaient ainsi leur journée par un va et vient incessant entre les arbres, le toit, le potager, et la piscine.
Le Fermier légèrement inquiet, commença à prendre quelques dispositions pour cadrer un peu ce remue ménage. Il décida de poser quelques CD en suspension dans des arbres, et dans l’enceinte de la piscine. Cela ne fit rien, aussi, il fixa, selon les conseils d’un ami, ça et là des serpents en plastique afin d’effrayer les oiseaux. Cela ne fit rien. Alors il commença à pester contre ses amis les oiseaux tout en laissant sa Fermière continuer à ramasser, nettoyer, frotter derrière leur passage. Le Fermier demanda de l’aide à google. Il était possible de poser un filet sur le toit afin d’empêcher les volatiles de nicher pour la prochaine saison, ou bien acheter un effaroucheur sonore. La Fermière espérait que le filet allait effectivement résoudre en partie le problème du toit qui était devenu une nurserie à présent. Des oisillons tombaient fréquemment et agonisaient en quelques heures, mangés par les guêpes, les fourmis, ou desséchés par le soleil andalou. Mais le Fermier, même s’il aime escalader les montagnes, ne se voyait pas grimper sur le toit pour y mettre un filet ! Trop dangereux, trop compliqué, trop difficile, trop d’efforts, et sûrement trop cher !...Il acheta un hibou en plastique qu’il posa sur un piquet en évidence devant le Cortijo. Cela ne fit rien. Les oiseaux se posaient dessus et riaient bien !
L’année se termina, une autre suivie. Les oiseaux revinrent, plus nombreux, plus bruyants, et plus gourmands. Le balai de la Fermière repris du service...les CD s’étaient cassés les uns après les autres, les serpents n’avaient plus de couleur et étaient toujours fixés dans les endroits stratégiques qui ne servaient à rien. Le hibou était devenu la balise de repérage pour les envahisseurs. Il avait quand même changé de place et avait intégré le toit. On pouvait le voir trônant sur le toit en haut de sa pique à des kilomètres... Ainsi les oiseaux pouvaient retrouver facilement leur asile
Le Fermier, dépité, retourna demander à Google. Mais Google n’avait pas de nouvelles techniques à lui proposer. Alors une idée lui vint à l’esprit. Oui, le Fermier a plein d’idées dans sa tête qui s’entrechoquent jours et nuits, mais restent principalement en collisions permanentes dans son esprit.
Il décida d’acheter une » kalachnikov » ou un truc qui fait du bruit et qui tuent les petits oiseaux.
Il se rendit dans un magasin de chasse et revint avec une arme de destruction massive, avec viseur téléobjectif, et quelques kilos de plombs. Ha ! Ha ! Le massacre pouvait commencer ! Au bout de 2 jours le bilan fut d’une petite vingtaine de cadavres. Trop content le Fermier sportif et chasseur à présent, voulait maintenir une bonne moyenne. Il envisageait même afin de ne rien gâché, de plumer son tableau de chasse, les vider et les manger ! Au barbecue ! C’est bon ? Il demanda à sa Fermière si elle se voyait déguster de si bonnes grillades ! La Fermière n’envisageait pas un instant de toucher un seul de ces squatteurs. Le Fermier l’aurait pourtant bien vu plumer et vider le fruit de sa chasse... Pfff, elle ne veut jamais rien faire celle là !
Aussi, il envisagea de les conserver au congélateur pour plus tard... Si la Fermière change d’avis. Heureusement les idées du Fermier restent souvent que des idées en l’air et pour une fois elles ont bien leur place. Elles volent de concert avec les oiseaux de La Comté...
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Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Il y a comme du Hitchcock dans l'air ...
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Yann Suerte · il y a
Délicieusement écrit :-) Bravo. Si vos pas vous y perdent je vous invite à visiter mon Atelier, en finale d'automne. Belle journée

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