LES OIGNONS

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LES OIGNONS (souvenir d'enfance)



_Alors on fait quoi maintenant ? Demanda Daniel à Francis. Daniel avait quatre ans, Francis en avait cinq, c'était donc lui en sa qualité d'aîné, le meneur, le décideur, le chef quoi ! Un chef un peu trop turbulent au regard des parents de Daniel, ces derniers l'avaient mis en garde contre cette mauvaise fréquentation.
_C'est un vaurien, disaient-ils, nous t'interdisons de le revoir !
Mais Daniel se moquait bien des recommandations de ses parents, il aimait beaucoup Francis, parce qu'il avait toujours des idées très amusantes et excitantes qui ne faisaient pas toujours la joie des grandes personnes.

_J'ai un plan génial expliqua Francis, on va aller dans le jardin du père Lapize, il vient de planter plein de rangs d'oignons !
_Et alors ? Questionna Daniel curieux et excité à la fois !
_Alors ? Suis moi tu vas voir !
Après dix minutes de marche, ils pénétrèrent dans le potager de monsieur Lapize, retraité de la marine marchande et grand amateur d 'agronomie légumière. L'endroit était désert et silencieux, seuls quelques chants de mésanges et de rouges-gorge à la recherche d'une éventuelle compagne pour reproduire l'espèce troublait ce calme du milieu de l'après-midi. Le propriétaire des lieux n'avait sans-doute pas fini sa sieste.
_Regarde bien comme je fais lança Francis en regardant fixement Daniel Dans les yeux.
Et joignant le geste à la parole, le galopin arracha d'un geste vigoureux un jeune plan d'oignon et après avoir exécuté quelques rapides moulinets du bras droit, il expédia le bulbe dans les airs. Avec un peu d'imagination, ça pouvait ressembler à une fusée de feu d'artifice ou à une comète. Et l'imagination, voyez vous bandes d'adultes aux pensées terre à terre c'est justement ce qui fait le quotidien des enfants. Devant ce magnifique résultat, Daniel exulta de joie et par un effet de mimétisme se mis lui aussi avec frénésie à transformer les jeunes plans en objet volant non identifié. Ce ne fut pas le jour de gloire du saint patron des jardiniers oh non, mais quel spectacle ! Ça voltigeait dans tous les azimuts, c'était féerique, pour les enfants en tout cas. La plantation d'oignons semblait irrémédiablement vouée à une mort certaine, quand soudain des cris de stentor figèrent les garnements sur place. C'était bien-sûr le père Lapize qui venait d'être réveillé par le piaillement des assassins en herbe.
_Attendez que je vous attrape, fripouilles, vermines, vaurien...... !
Et notre retraité, bien que pourvu d'un embonpoint à faire pâlir de jalousie un combattant sumos, s'en prendre le temps de retrouver son souffle, se jeta à la poursuite des enfants qui détalèrent comme des lièvres. D'instinct le gros homme se mit à poursuivre celui des deux qui lui sembla le moins rapide. C'était Daniel, pourtant il n'arrivait pas à grignoter un pouce de terrain sur ce dernier. Le bambin mû par une peur panique courrait de plus en plus vite, gardant ainsi plusieurs longueurs d'avance sur son poursuivant.

Il voyait la maison de ses parents, asile protecteur de toutes les vicissitudes du monde à quelques dizaines de mètres, quand soudain une grosse pierre le fit chuter. Une douleur fulgurante lui transperça le genou droit, mais il lui en fallait plus que ça pour l'arrêter. D'un bond le revoilà debout et hop ! Quelques enjambées encore et il faillit malgré son minuscule gabarit, enfoncer la porte d'entée. Ouf, sauvé pensa t-il, le père Lapize n'oserait jamais entrer chez ses parents ; sur ce point, il se trompait. Oubliant d'un seul coup toute appréhension, la douleur de son genoux lui revint à l'esprit et il éclata en sanglots.
_Maman hurla t-il en hoquetant, je me suis fait mal !
Mais au lieu de sa mère, qui voit-il débouler du salon ? L'oncle Alexandre en personne, venu tout droit de son Québec natal, rendre visite à ses parents comme chaque année au printemps. L'oncle Alex avait deux traits de caractères dominants, le premier c'était son grand cœur, son altruisme, il passait beaucoup de temps à aider les autres, les malchanceux, les paumés, les déshérités. Le deuxième c'était son sale caractère, son côté soupe au lait qui le menait parfois à sortit de ses gonds pour peu qu'il soit témoin d'une injustice. On pouvait ajouter aussi qu'il adorait son neveu. Et quand il aperçu ledit neveu le genou en sang et le visage en larmes, il se précipita sur lui pour le consoler.
_Ho mon pauvre ch'ti gars mais «  queque » donc qui t'arrive, « calice de tabernak ! ? »
Daniel n'eut pas le temps d'esquisser la moindre réponse, car le père Lapize, furax et rouge de colère venait de surgir dans le couloir. Ignorant complètement la présence de l'oncle Alex, il se précipita sur l'enfant pour le corriger.
_ tu vas voir ce que tu vas prendre, vaurien, petit voy...PAF ! Il ne termina pas sa phrase, car l'énorme poing du tonton vengeur venait de s'écraser sur son nez. Hébété, il regarda pendant quelques secondes d'un air ahuri l'auteur de cette agression aussi soudaine qu'inattendue et comprenant vite qu'il ne faisait pas le poids, il préféra battre en retraite sans poser de questions.
L'oncle justicier retrouvant aussitôt son calme, s'adressa alors à son neveu.
_Alors dis moi qu'est ce qu'il te voulait cet horrible personnage ?
_ voilà tonton répondit l'enfant avec des sanglots dans la voix, le monsieur, il voulait pas que je m'occupe de ses oignons !


FIN ( c'est pas très moral tout ça!)
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