Les nouveaux voisins

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Bonjour, moi c’est Lucas. Je vais vous raconter mon histoire ; du moins je vais essayer.
Tout s’est passé pendant l’été 2016, l’école venait de se terminer. Un matin après avoir englouti mon petit-déjeuner je me dirigeais vers le garage, sautais sur mon vélo et filais chez mon ami Max. Mais en sortant quelque chose d’inhabituel animait le quartier. Pour vous dire, Mme Duchard, ma voisine d’en face, toujours terrée chez elle, avait passé le pas de sa porte et observait la scène. Il y avait deux gros camions de déménagement. De nouveaux voisins emménageaient à côté de chez moi. Depuis que Cléo, mon ancienne voisine, était partie rejoindre son compagnon à Paris personne n’avait occupé cette maison ni même entretenu la pelouse (je sais que je ne suis pas très grand mais quand même elle m’arrivait au genou !). Je n’avais pas eu le temps d’apercevoir les nouveaux occupant, j’étais déjà assez en retard. Je vous épargne les détails de ma journée car là n’est pas le problème.
C’est en rentrant, peu avant le coucher du soleil, que je rencontrai pour la première fois ma voisine. C’était une fille qui devait avoir à peu près mon âge, avec des traits fins. Mais ce qui m’interpella c’est la blancheur de sa peau et sa chevelure flamboyante. Elle avait de longs cheveux roux magnifiquement bien ondulés qui bougeaient au rythme du vent. Elle était là, assise dans l’herbe, jouant avec son chien. C’était amusant, son chien était tout aussi roux qu’elle. Un petit cocker que plus tard je nommerais Bill. Je voulus engager la conversation pour en savoir plus sur elle, mais dès que le bout de ma semelle se posa sur son gazon, je la vis, avec stupeur, se lever d’un bond, et se précipiter à l’intérieur de sa maison. Le lendemain ma mère était partie porter un gâteau fais maison à nos voisins pour leur souhaiter la bienvenue. Mais quand elle sonna, personne ne lui ouvrit la porte ; la maison semblait vide. On entendait pourtant quelques notes de musique classique en fond sonore. Le point positif c’est que le gâteau avait fini dans mon estomac.
Après ces événements, quelques jours passèrent, sans aucune nouvelle de mes voisins. Ma mère les avait seulement vus décharger les cartons le jour de leur arrivée et avait vu cinq personnes presque identiques, défiler à la ribambelle avec des cartons à la main. C’était une famille de cinq, une mère, un père, deux jumeaux (qui selon ma mère devaient avoir huit ans), et bien évidemment la jeune fille croisée la veille. Tous avaient les cheveux roux, la peau d’une blancheur rare et des pupilles d’une noirceur absolue.
On arrive au moment tant attendu, à l’évènement qui marqua ma vie à tout jamais. C’était un soir comme les autres pour la plupart des personnes vivant sur cette Terre, mais pas pour moi. Il faut savoir que depuis tout petit je me passionne pour l’astronomie. Ce jour là était un grand jour, que dis-je, un grand soir : la fameuse nuit des étoiles filantes tombait en même temps que la pleine lune. Muni de mon télescope et de mon appareil photo, je m’appuyai sur la rambarde de ma fenêtre et je me tins prêt pour toute apparition d’une étoile filante. Mais si j’avais su que ce ne serait pas des étoiles filantes que je verrais cette nuit là... Il allait être minuit quand d’un coup, d’un seul, la porte à l’arrière de la maison voisine s’ouvrit à grands fracas. Il en sortit toute la famille. J’essayai de leur faire signe de la main mais je me ravisai vite ; il ne semblait pas être eux même. Ils semblaient tous hypnotisés. Le regard vide, le visage neutre, la démarche assurée et la tête haute ; ils avançaient. Oh, j’ai oublié un élément crucial à l’histoire. Il faut savoir que derrière nos maisons se trouvait un petit étang qui, en cette période, était occupé toute la journée par les enfants du quartier, en quête de rafraichissement face à cette chaleur. Revenons-en au fait. Cette famille que personne n’avait jamais vu sortir de chez elle depuis son emménagement, se dirigeait ce soir, droit vers le lac. Tous vêtu de longue robe blanche qui leur arrivaient à mi-tibia. Leur peau paraissait encore plus blanche que d’habitude, comme si elle prenait la couleur de la lune.
Personne ne pouvait s’imaginer ce qu’il se passa ensuite. C’est ce genre d’incident qu’il faut voir pour croire. Et moi je l’ai vu...
La nuit était calme et les étoiles brillaient tels des milliers de petits feux de camps. La lune se reflétait sur l’étang et formait un cercle parfait à la surface. Je n’étais apparemment pas le seul à l’avoir remarqué puisque cette mystérieuse famille fixait cette forme ovale qui ondulait au rythme des vaguelettes poussées par le vent. Je ne saurais vous expliquer précisément ce qui se produisit ensuite. Les uns après les autres ils avancèrent pas à pas dans l’eau, sans prendre le temps de se dévêtir. Ils se tenaient par les hanches, à la file indienne. Le père devançait la marche et les jumeaux la fermaient. J’étais subjugué. Cette famille qui ne parlait jamais, qu’on ne voyait jamais, était là, dans la nuit noire, sous mes yeux, dans l’étang. Aujourd’hui encore je ne réalise pas avoir été témoin de cette scène hors du commun.
Les jumeaux avaient maintenant de l’eau jusqu’au cou. La famille s’approchait toujours plus en plus du reflet de la pleine lune, tout en s’enfonçant peu à peu dans l’eau. Ils ne nageaient pas, ils marchaient. Bientôt je ne vis plus les jumeaux, et seule la tête de la jeune fille dépassait de l’eau. Je ne le savais pas encore mais c’est la dernière fois que j’ai vu les jumeaux. Dix minutes plus tard, seule la chevelure rousse de la mère de famille, qui brillait avec la lumière, était discernable au milieu de ce petit étang silencieux. Ces petites boucles rousses bien dessinées disparurent dès qu’elle entra dans le cercle lumineux au centre du lac. Le père la mère et les enfants disparurent à jamais.
Soudainement un orage éclata, la lune disparut derrière les nuages, et son reflet s’effaça, engloutissant avec lui les cinq membres de la famille pour toujours. Le soleil se leva, une journée passa, un mois passa, un an passa. Ils n’en sont jamais ressortis.
Depuis cette disparition mystérieuse je n’ai plus entendu parler d’eux, sauf une fois, le lendemain. Les deux gros camions de déménagement étaient de retour. Mais cette fois ci quatre grands hommes en combinaisons bleues portaient les cartons. La maison était vide. Presque vide. Le chien fut retrouvé dans le grenier, attaché par une corde à une poutre. On décida de l’adopter puisque d’après le voisinage ses maîtres n’étaient pas prêt de revenir. Moi je le savais mais comment eux pouvaient le savoir ? Une légende s’était mise à circuler dans le quartier. La maison aurait été hantée et la famille, prise de peur, se serait enfuie de la ville dans la nuit. Donc personne n’avait vu ce que j’avais vu.
Tout le monde a fini par les oublier. Mais pas moi. Cette histoire me perturbe encore. Pourquoi ? Dès que je m’approche de l’étang, ce n’est plus mon reflet que je vois : la jeune fille à la chevelure flamboyante me fixe avec ses grands yeux noirs. Son reflet est devenu le mien. Aujourd’hui, ça fait deux ans que je n’ai pas approché le lac. Et encore parfois lorsque je regarde la pleine lune au télescope je ne vois pas de cratères mais l’ombre de cette famille, main dans la main. Je n’en ai parlé à personne jusqu’à ce jour de peur d’être pris pour un fou. Je vous fais confiance. Ce n’était pas une hallucination. Tout cela était bien réel. Même si que cette histoire reste encore aujourd’hui inexplicable et inexpliquée...
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Tarek Bou Omar · il y a
Bonsoir Clément, ma voix pour ce beau texte :).
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-soleil-s-eteint-sur-mon-destin-1?all-comments=1#fos_comment_comment_body_4242995. Bonne continuation :).

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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo, j'adore votre style! Très beau texte, couragee!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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Utilisateur désactivé · il y a
je suis en finale !
svp votez pour moi 😉

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Oka N'guessan · il y a
Bravo bonne chance, 3 voix , merci d'aller me voter aussi https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-lumiere-10
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Louna Ferrazzi · il y a
Super texte. Pourrais-tu passer voir mon texte: Trouver n'est pas gagner?
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Merve Tuncay · il y a
Super. Tu as toutes mes voix.
Je t'invites à également voter pour moi pour un autre prix :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-politique-noir-plus-fort-que-les-montagnes

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Safae Maali · il y a
Super, mes voix ! n'hésite pas à aller me voir dans la catégorie 11-14 ans, merci d'avance !
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Alessandro MINIMO · il y a
Salut, j'ai beaucoup aimé ton texte, bravo. Je te donne mes voix. Je t'invite à me lire si tu as un moment, merci.
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Aurélien Azam · il y a
Un petit moment d'angoisse agréable à lire :)
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Orlane Vicard · il y a
Salut j'ai beaucoup aimé ton texte , tu as toutes mes voix ( + 3 ) !!!!!! Est ce que tu pourrais aller jeté un oeil sur le mien stp . Il s'appelle " Une lueur d'espoir " et il est dans la catégorie des 11-14 ans . Merci d'avance !!!!!!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-lueur-despoir