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Qui sont les nef-nef ? Au fait, pourquoi nous appelons-nous les « nef-nef » ? Quel nom curieux, n'est-ce pas ? Est-ce en rapport avec les trois petits cochons ?

Non, nous ne sommes pas le quatrième petit cochon, rien à voir avec naf-naf, nif-nif et nouf-nouf. Veuillez excuser mes références hautement littéraires – je ne suis pas conservateur après-tout, seulement un « tout en bas de l'échelle », de la hiérarchie – mais je me permets une petite digression en la matière, un petit rappel de jeunesse qui me semble indispensable.

Certes il y a Nif-Nif (1), qui a la maison en paille. C'est le travail vite fait, bien fait, l'efficacité même, le rendement, la maison Phénix (2) et le moyen le plus pratique de se protéger du grand méchant loup... euh, très provisoirement quand-même. Et attention à l'éthique de la pérennité, car le phénix ne renaît pas toujours de ses cendres. Mais pour en revenir à nif-nif, celui-ci incarne le travail quantitatif, productiviste, efficace et rentable, celui de l'apparence des choses (c'est agréable à voir une maison en paille) mais à la merci d'une simple étincelle ou d'un malheureux éternuement. La fragilité, les constructions éphémères et sporadiques.
Nouf-Nouf, c'est celui qui a la maison en bois. C'est l'enfant qui a grandi, un peu plus patient, plus travailleur, plus technique. À l'efficacité succède la perspicacité, le regard vers l'avenir : certes moins efficace que son petit frère mais plus pérenne, le bois est un bon moyen de protection... disons encore provisoire, mais un moyen meilleur qui incarne un peu ce que l'on nomme traditionnellement le « progrès technique ».
Et enfin Naf-Naf, l'aîné, le plus mûr et malin, qui a la maison en briques. Outre la maturité, l'intelligence, la sagesse, la sécurité, la patience, l'humilité, la modestie, le martyre, la persécution (ses deux frères se moquent de lui) et le labeur, c'est lui (enfin) qui incarne une valeur rare : la pérennité ! Oui, le bon travail, il consacre la victoire du qualitatif sur le quantitatif... le sauveur de l'humanité, il nous sauve du grand méchant loup.

Mais tout cela reste - ô comme vous vous en doutez bien chers lecteurs, sans rapport aucun avec mon histoire, avec les circonstances de mon récit, ni même avec l'objet du travail en documentation. Moi c'est une simple et bête histoire de travail en bibliothèque que je m'apprête à réciter. Nous ne sommes pas là pour faire de l'allégorie, la Maison ne m'embauche pas pour poser des paraboles – on ne capte pas MTV de toutes façons – les métaphores et autres figures d'analogies ne sont pas les bienvenues dans la réalité bibliothéconomique et productiviste de la Maison.
Alors laissons-là ces petits cochons pour revenir à nos moutons. Pas les moutons de Panurge, hein, ça aussi c'est hors sujet. Quel rapport avec notre lieu de travail, franchement ? Et le grand méchant loup ? Et pourquoi pas le roman de Fauvel tant qu'on y est ?! Un âne qui régente ses sujets ! Pff... allez savoir si la Maison est en brique ou en toc, arrêtons de délirer, fini la récréation dans la cour de maternelle, ici on travaille dans la 2° bibliothèque de France, deux cadist, cinq pôles d'excellence, c'est le haut lieu de l'intellectualisme ! Pour les agrégés, les doctorants, les chercheurs ! Certains lecteurs viennent du CNRS, de Paris, de Berlin !
Donc exit la digression. Alors signification des nef-nef ?

D'abord « neuf » pour des raisons purement numériques. Il y a Laurence, Lorraine et Louise (les 3 L), Sandrine et Éléonore qui avec Laurence sont les 3 seules titulaires des neuf, mais forment également le groupe des « trois parisiennes ». Il y a aussi la belle Angélique, qui est une fausse nouvelle ou plutôt une vieille nouvelle puisqu'elle évolue ici depuis quelques temps déjà. Et enfin il y a les deux Julie(s). Une brune et une blonde ; en fait c'est Louise qui les a baptisées ainsi, « Julie Brune » et « Julie Blonde », non parce qu'elle est amatrice de bonnes bières mais parce qu'elle les confond. C'est vrai qu'elle se ressemblent autant qu'une souris et un bœuf. Il faut admirer son sens de la physionomie à Louise.
Euh, je ne suis pas fort en calcul, mais j'ai beau compter et recompter sur mes doigts ça ne fait que huit et nous sommes neuf. Je reprends : Lorraine, Angélique, Louise, Sandrine, Éléonore, Laurence, Julie Blonde et Julie Brune. Qui est la neuvième personne ? Qui ai-je bien pu oublier ? Mince alors. C'est le film « Huit femmes » (vaudeville de François Ozon, 2001), où les huit dames en question se retrouvent à huis clos, autour d'un neuvième personnage, un homme mort et elles commencent à s'accuser mutuellement. Barbe-bleue vaincu par ses huit compagnes. Bon.

Ensuite il y a « neufs », adjectif épithète donc accordable au pluriel, comme tous les problèmes rencontrables dans un lieu de travail et qui peuvent concerner l'ensemble des collègues. Ici apparemment ce n'est pas le cas. Oh, certainement pas. La solution euh... si on peut appeler ça comme ça, ou plutôt la réalité des choses serait plutôt d'évoluer dans la maison même du grand méchant loup. Le ministère ne nous en a pas laissé le choix.
Donc nous sommes tout neufs, le sang neuf dont cette maison a tant besoin. Mais nous ne représentons que 4,5% du personnel, dont 1,5% des titulaires.

Nous aussi on est intégrés dans une maison, dans LA maison – allez savoir en quoi elle est faite. En briques ? En bois ? En paille ? En cartes comme les châteaux ? Mais elle est bien faite puisque le grand méchant loup, posté à l'extérieur, ne peut la renverser !



notes de fin de page :
(1) Je remercie Louise pour toutes ces petites révisions et pour son instruction
(2) Elle renaît immédiatement de ses cendres






JB





© Tranche de Vie protégée numériquement par DPP - Publication certifiée par De Plume en Plume le 24-11-2015 - n° 1410-16246

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Julien Bernard · il y a
Merci Patricia. On a MTV dans le mental, les songes, les rêves, l'imagination... quoi de plus pour être heureux ?!
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une jolie parabole qu'on a captée sans MTV !
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