Les muses de Kimpevetele

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Aventurière des temps modernes, professeur de Mathématiques, mère de douze enfants, je les ai scolarisés à domicile jusqu'en terminale. Ils se sont éparpillés, certains sont mariés, et ont  [+]

Le feu faiblissait. Les reflets de ses flammes dansaient encore sur les joues luisantes du jeune enfant. Et ses yeux me fixaient. Certains craignaient l’intensité de son regard, qui me pénétrant, m’emplissait de joie et d’énergie. Il méditait. Bientôt, il parlerait, et moi, je l’observais, j’attendais.
Il leva la main vers la constellation du scorpion.
« -Tu connais les noms des étoiles et des images qu’elles dessinent sur la voûte, mais sais-tu d’où elles viennent ?
-Dis le moi, Kimpevetele.
-La bible nous apprend , commença l’enfant, que Dieu fit le monde en six jours, et se reposa le septième jour, on ne dit pas ce qu’il fit le huitième jour, et le neuvième et les suivants. Le lecteur devine qu’il se contenta d’admirer son œuvre, et de veiller sur l’homme et la femme. Dieu avait épuisé la plus grande partie de son énergie, c’est évident ; quel colossal travail que le sien ! Il bouleversa le chaos, l’ordonna, l’éclaira, et couvrit notre terre de toues les vies. !
Rappelle-toi, pour nous illuminer, pour nous faire rêver, il fit le soleil, la lune, les étoiles. Mais, tu le sauras, pas toutes.
Crois-tu qu’un créateur comme lui puisse sans souffrance cesser de bâtir, de sa puissante imagination ? De sa parole divine ? Le plaindras-tu ? Comme la vieille Ma Hélène qui, désormais sans forces, ne peut plus travailler aux champs ?
Mais changeons de sujet.
Kimpevetele sourit .Ces paroles m’eussent sans doute paru sans intérêt dans la bouche d’un autre, mais cet enfant avait le génie du conteur, rythme, intonation, gestes sobres mais expressifs, regards, tout participait au charme qu’il opérait sur moi. Et, bien que la lueur tremblante du feu ne sût véritablement vaincre l’obscurité, et m’éclairer ses traits, je devinais que tous les muscles de son visage, entraient en action. L’atmosphère chaude et bruissante de la nuit ajoutait sa part de magie, J’étais subjugué, comme chaque soir. Je l’écoutais , il en tirait plaisir et fierté, il souriant de cette joie innocente d’enfant aimé et admiré, et je me plais à penser que mon attention lui donnait ce pouvoir merveilleux.
-L’homme tire de sa nourriture de quoi vivre, et agir, penser et chanter, aimer, et apprendre, sa curiosité le pousse à vouloir connaître et au cours de sa vie, il emplit son âme de richesses, qui s’accumulent en lui, et constituent un trésor. C’est ce matériau spirituel, issu des sentiments et des réflexions des hommes qui permet à Dieu de poursuivre sa création
Il s’amuse, il ajoute des étoiles, et des galaxies, et toutes sortes de corps célestes que nous ignorons, et que je ne pourrais comprendre. Les architectes, les peuples qui bâtissent des cathédrales, ou des palais, des pyramides, ou d’immenses tours effrayantes, les physiciens les mathématiciens, et tous les chercheurs du monde et les enfants comme moi qui parlent, tous imitent le grand jeu de Dieu, ils construisent, ils créent, et même le bébé qui assemble dix bâtons et rêve qu’il a fait une maison, lui aussi joue, comme Dieu, qui nous donne l’exemple. Tout le savoir humain est grain de poussière comparé seulement au Chaos qui précéda la création, mais pourtant, de chaque homme Dieu extrait de l’énergie et crée une étoile, et l’âme du défunt, libre tout de même, en fait sa résidence .
Ainsi quand tu lèves la tête vers ces millions d’étoiles tous ces anges nouveaux murmurent leurs secrets. Tous nous les ressentons, en notre esprit, en notre cœur, c’est pourquoi ce ciel sans limites, scintillant de mille feux pensants, d’étincelles amies, semble plus beau encore : l’émotion que tu ressens vient de la vie lointaine de ces myriades d’hommes, d’enfants et de femmes qui nous regardent et nous aiment. Ils nous parlent, mais qui vraiment les entend ? et qui parmi vous les comprend ?
Il relève la tête et, lentement affirme : moi, je comprends toutes leurs langues. D’où me vient ce don ? Un jour, je vis une étoile triste, je perçus ses pleurs, je vis couler ses larmes de lumière, oh, un bref instant, et je la consolai en chantant doucement pour elle seule. Elle sourit à nouveau de tous ses feux. Et elle m’envoya une étoile filante pour me remercier, « ton amitié m’a rendu le bonheur, accepte mon don : désormais les langues des astres te seront familières »
Elle a beaucoup vu, et beaucoup appris, et jamais elle ne se lasse de me conter des histoires.
Chacun croit que j’ai beaucoup d’imagination ; à toi, ami, je l’avoue, il n’en est rien, je répète simplement et elle aussi peut-être se contente de me transmettre ce que d’autres avant elle ont inventé ».
Les braises rougeoient encore, alors Kimpevetele les éparpille sur le sable : Bonne nuit, moi, je vais dormir.
Kimpevetele signifie « L’esprit qui raconte «  ou « Il raconte par l’esprit » Ceux qui parlent cette langue n’ont pas su traduire, et n’en voient pas l’intérêt. Les deux traductions, au fond, me conviennent . Maintenant, la nuit, malgré moi, je guette, j’attends l’appel d’une planète chagrine.

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