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Les mother fucker de Divonne les Flots

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Wani

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Elles sont identifiables à leur allure de mère de famille irréprochable. Le matin à huit heures vingt puis en fin de matinée si leur lardon ou lardone ne mange pas à la cantine, deux heures après la digestion du steak haché de Monsieur Bouc et à seize heures vingt à la récupération. La plupart d'entre elles descendent de leurs voitures flanquées du fruit de leurs entrailles vissé aux cinq doigts de la main droite. Yvonne, elle, ne descendait de son habitacle qu'en cas d'extrême urgence c'est-à-dire quand la maîtresse de son lardon lui faisait un signe qui signifiait : Votre lardon a encore dépassé les limites du tolérable. Yvonne n'avait pas encore l'habitude des normes Européennes. A Beyrouth, elle tremblait très fort dès que son lardon faisait un écart par peur de représailles incontrôlées. Là-bas, c'était du sérieux. Les pères de famille avaient le torse velu enfermé dans une chemise aux boutons éclatés juste là où l'on soupçonne la naissance d'un mamelon inachevé. Les mères, elles, étaient suspendues à leurs talons aiguilles au minimum vital de dix centimètres. Elles portaient des lunettes contrefacées Prada et pilotaient de gros engins où la confusion était palpable entre deux pédales. Toutes les arrivées et sorties d'école avaient été un cauchemar pour Yvonne. A Divonne, rien de tout cela n'était envisageable. Les mères de famille étaient aussi prudes que des demoiselles prêtes à entrer dans les ordres. Sobriété et retenue étaient de rigueur. Yvonne lisait avec détachement les courriels sur l'organisation des gâteaux et la récolte de fonds pour le voyage d'études de fin d'année. Elle n'avait aucune envie de participer. Et le plus ennuyeux c'était les échanges d'écrits entre elles. Il y avait toujours un sergent major qui remettait tout le monde sur les rails en vrai chef de micro entreprise. Mais ce qui chagrinait Yvonne c'était le look de toutes ces mères. Elles avaient toutes entre les trente cinq et quarante, pourtant elles arboraient au moins un soixante. Leur teint était brouillé et épuisé. Leurs tenues étaient fripées et périmées. A cela s'ajoutait un regard à la lumière en panne de générateur. Des femmes sans le moindre reflet d'œil d'homme. Des fleurs fanées et oubliées. Des tulipes qui ne dansaient plus. Yvonne en était affligée. Elle et ses cinquante portés fièrement avaient décidé qu'il en serait autrement. Yvonne était coquette et surveillait de très près sa dégaine un peu comme sa mère quand elle voyageait. La seule différence, c'est que Yvonne, elle, partait tous les jours. Elle aimait sortir chapeautée surtout pour attendre ses lardons à la sortie de l'école. Elle scrutait toujours l'air désinvolte autour d'elle si elle pouvait capter une œillade furtive. Il n'y avait que l'indifférence en maîtresse du parking.
Heureusement qu'il y avait son lardon qui s'exclamait enthousiaste : Que tu es belle maman avec ton chapeau ! Yvonne était alors transportée et si heureuse. Elle n'était pas qu'un reflet. Elle existait pour de vrai.

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