Les monstrueux nuages

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Photo du médaillon (mal centrée). Hôtel de l'Alfonce, Pézenas. 8 septembre 1655. Mon premier voyage temporel réussi. J'ai rendez-vous avec Molière. En l'attendant, je tente de soulever une  [+]

Image de Été 2018
« Je crains les nuages...les nuages qui passent...là-bas...là-bas...les monstrueux nuages ! » C.B.

Le temps des trois premières semaines d'août 2016 fut un véritable désastre des jours :
grisaille, bise, pluies continuelles, froid...
Vendredi 26, un timide soleil-vélocipédiste daigna promener ses rayons sur le circuit du firmament. Pour profiter de la relative douceur, en fin d'après- midi je m'installai sur une chaise longue, dans mon jardin.
Ni musique, ni livres.
Je regarde les insectes, les oiseaux, les nuages et laisse mon esprit vagabonder à sa guise.

Vers le couchant un nuage attire mon attention : il grossit , enfle, devient ovale ; le centre s'assombrit. Soudain un planeur sort de la masse grise. Il a sans doute été tracté depuis l'aérodrome de Meythet, tout proche, et survole le lac d'Annecy.
L'engin effectue un virage serré, puis replonge dans la sinistre nuée. Au bout de quelques instants, il apparaît à nouveau. Le manège continue. On dirait un éphémère qui tourne autour d'un lampadaire.
Je n'ai pas de grandes connaissances en vol à voile, mais je sais que les pilotes profitent des courants ascendants pour prendre de l'altitude. Sans doute le centre aspire-t-il l'avion vers le haut.
L'aspect du nuage se modifie ; deux « trous » , comme deux yeux bleus, se sont formés. Plus bas , autre percée de l'azur : un croissant dessine une bouche. Par reflets du soleil couchant, elle semble esquisser un vilain rictus et se teinte de rougeâtre. Bientôt, sous l'effet du vent, le gris sale reprend tout l'espace.
Je cherche mon planeur. Je l'ai oublié un instant ; sans doute est-il encore à l'intérieur...
J'attends... Rien. Je scrute les bords. En vain ! Cinq minutes passent... Plus de trace du planeur. Je me dis qu'il a dû échapper à mon attention pendant que j'observais la formation des yeux et de la bouche.

La fraîcheur se fait sentir. Je rentre ma chaise longue et regagne la cuisine pour le repas du soir.

Deux jours après, j'ouvre mon quotidien préféré « Alpes-infos » . Page 3, celle
réservée aux faits divers locaux, un entrefilet me plonge dans le plus grand trouble :

Disparition d'un planeur

« Vendredi après-midi, vers 18 heures, Noël Gralougnant, pilote expérimenté en vol à voile a décollé de l'aérodrome de Meythet. L'avion tracteur l'a libéré au-dessus du lac quelques instants plus tard. Aucun signal d' anomalie n'a été transmis à la base, pourtant, à 18h 20, tout contact radio a cessé.
Le pilote n'a pas, depuis, signalé sa présence au sol, après un possible atterrissage sur un terrain de fortune. Les recherches continuent. »

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Fanchomas · il y a
Belle rêverie fantastique. j'adore ce nuage dévoreur d'avion.
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour l'originalité ! Une invitation à lire et soutenir
mon “Isère en Mouvement” qui est en Finale! Merci d’avance et bonne journée !

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Graziella · il y a
je trouve votre texte très original et c'est ça qui me plaît !