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Les météores

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Mathéo Feray

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(aux jeunes défunts)

Il y a des êtres comme ça. Ils débarquent, flamboient, et disparaissent tout aussi sec... Les gens le disent : ce sont des messies, les dons d’un dieu capricieux. Objets de fascination, sourires figés dans le marbre, putréfaction depuis longtemps achevée. Vous ne me comprenez pas, tant pis. Mais vous comprendrez bien ça, tout de même ? On a tous connu des êtres furtifs, des météores... Des étoiles filantes qui retournent bien vite au ciel. C’est assez indescriptible, à vrai dire. C’est un peu comme Platon et les Idées. Causer, causer encore et ne jamais atteindre le point G. C’est un peu ça, les météores. Par exemple... Patrick Dewaere... Pierre Blaise... Machin chouette... autant de lueurs furtives... vous en conviendrez ! Ils surgissent, vous êtes babas, les voilà déjà partis. Impossible de les rattraper. Les étoiles filantes, ça ne se rattrape pas. Au mieux, ça s’observe. Et encore. Une affaire de microsecondes. Vous le comprenez, ça ? Sans doute que vous le comprenez... Vous avez tous cette carence. Cette plaie béante. Ce jeune sourire parti trop vite et qui vous observe, quelque part là-haut. Dans un cadre du salon. Dans un médaillon jauni. C’est ça, un météore. Ça pulvérise tout... votre vie, vos émotions, vos habitudes... tout. Tant et tant d’amour. Au début, vous ne vous rendez compte de rien. La personne est là. C’est normal. C’est convenu. Et le jour du drame... vous réalisez. L’éclatement. Impossible de stopper l’hémorragie... Votre âme se débine par morceaux. C’est la fin de tout. C’est l’agonie des sens et du plaisir. Vous ne tenez plus. Vous êtes lambeau et linceul. Au mieux, vous vous agrippez à l’horloge. Où était-il à cette heure ? Que faisais-je à celle-ci ? Pourquoi ? Comment ? C’est pas supportable. Vous crevez de culpabilité. L’enfer n’est plus qu’une question de ciel. Il est l’évidence même de la terre.

Et puis un jour, vous réalisez. Vous voyez les rayons de soleil qui transpercent le battant du volet. Progressivement, vous vous relevez. Vos crampes vous prennent. Qu’importe ! C’est la lumière qui tend la main. C’est la vie qui se relève, un peu honteuse, un peu blafarde, de tant de malheurs. Mais elle se relève. Je veux pas vous duper à la niaiserie. Je veux que vous vous faisiez une image claire et distincte. Vous êtes là... suintant d’humeurs noires... et l’aube vous appelle. Elle vous réveille. Elle vous met un prodigieux coup de pied au cul. Paf ! La dérouillée du siècle ! Vous pouviez plus y croire et pourtant... vous vous relevez. Vous forcez sur vos coudes. Vous testez vos jambes. Vous claudiquez. Qu’importe. Vous en avez pour la vie. Qu’importe. Vous êtes le petit oiseau blessé aux mains du salaud de sort. Qu’importe. Vous marchez. Vous ne rampez plus. Vous marchez. Nuance. Au diable, vous dites : ‘’ Va foutre ! ‘’. Et alors vous comprenez. Tout l’intérêt du météore. Qu’il était pas là pour décorer. Qu’il était l’énigme et vous, le pensant. La chance furtive de votre existence... Qu’est ce qu’elles s’imaginent, les girouettes quinquagénaires libidineuses ? Que je peaufine pas mes textes ? Que je suis trop dispersé ? Que je pense pas ou mal ? Pardon ! L’amour d’écrire, c’est quelque chose. J’écrivais déjà dans le ventre de ma mère ! Pas des prodiges, certes, mais déjà des morceaux de détresse, à droite, à gauche... Pour moi, le respect des défunts, c’est quelque chose. Je me découvre pas devant un curé. Certainement pas devant un rabbin. Mais devant un défunt, juif ou nègre, toujours. Alors oui, je conviens, Brassens disait ‘’ Les morts sont tous des braves types ‘’... c’était cynique... Mais les jeunes morts ? Ceux qu’attendaient rien ? Qu’attendaient pas ? Ils ont la jeunesse éternelle. Voilà. C’est un cadeau empoisonné, je conviens. Mais voilà. Vous prétendez lutter ? Vous pouvez pas ! Vous êtes impuissant ! La mort dépasse de loin en théories les pires Einstein. Elle vous coince, vous réchappez pas. Ou mal. C’est comme ça. La mort assassine, c’est son métier. Parfois, elle fait des météores. Parfois, elle fait des étoiles. Mais parfois aussi, l’aube appelle.
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Lov · il y a
I LOVE YOU
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Lange Rostre · il y a
Beaucoup d'intensité et de maturité dans ce texte.
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Mathéo Feray · il y a
Merci !
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Gabriel Epixem · il y a
Tu est talentueux Mathéo. Bravo. Vraiment.
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Mathéo Feray · il y a
Excusez-moi Gabriel... je suis complètement passé à côté de votre commentaire... Merci beaucoup en tout cas !
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Sarah Giaime · il y a
Les meilleurs partent plus tôt c'est ce que j'entendais enfant. Mais c'est la pire des injustices. Votre texte donne la chair de poule. Si vous souhaitez lire mon poème : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/un-anniversaire-au-printemps
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Mathéo Feray · il y a
Merci Sarah.
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RAC · il y a
Une vision de la mort à la fois fantaisite et torturée qui interpelle, sur un texte bien rythmé, comme une chanson...
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Mathéo Feray · il y a
Torturée, c'est le cas de le dire...
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Dominique Hilloulin · il y a
Sur le fond, le thème, je ne discute pas car il appartient au projet d'écriture de l'auteur. Sur la forme , je commente favorablement cette cascade de petites phrases ponctuées ( exclamations, questionnements)qui gardent le lecteur en haleine car elles l'interpellent à chaque ligne jusqu'au point final. Donc, ce récit relatif à la mort et un récit bien vivant. Mon vote + un bristol d'invitation, à l'occasion...ici.https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/reve-64
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Mathéo Feray · il y a
Merci Dominique.
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Utilisateur désactivé · il y a
" Il faut vivre vite la mort arrive tôt." Jimmy D. Et aussi Claude François Mike Brant Cyril Collard ; mes grand-parents , mon père , mes grands-oncles et grande-tante , Lydie ma grand-mère paternelle , à 36 ans. Jim Morrison les Kennedy Marilyn Elvis Presley Françoise Dorléac Jane Seeberg Rimbaud Mikael Jackson
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Fabienne Liarsou · il y a
Mieux vaut brûler comme un feu de paille... que mourir à petit feu.
Voilà gamin...:-)

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Mathéo Feray · il y a
Je suis bien d'accord avec vous ! Brel disait : '' Ce qui compte, c'est l'intensité d'une vie, pas la durée d'une vie ''...
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Fabienne Liarsou · il y a
Je vais bientôt mourir peut-être... le chanteur Renaud dit : je voudrais crever avant d’être moche.. je voudrais finir comme toi mon vieux gavroche...
J’aime bien l’idée.

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