Les mains magiques du prince oublié

il y a
4 min
145
lectures
103
Qualifié

L'écriture m'est tombée dessus par hasard, sans crier gare, depuis, cela m'étonne et me ravit. Janick LUCAS  [+]

Image de 2020
Image de Très très court
Il était une fois, un jeune prince aux cheveux d’or qui vivait dans un château aux tours rondes et briochées. Il était très mince avec de longues mains délicates. Il se prénommait Amaury. Ses parents lui avaient laissé le Royaume pour se reposer dans un pays d’une blancheur immaculée. Tout juste intronisé, sa vie était douce et sereine. Pour ses sujets, la vie s’écoulait paisible.
Hélas, un triste sire, un roi voisin prit ombrage de toute cette félicité. La popularité d’Amaury le rendait terne au regard de son peuple. Il avait été surnommé « Grise mine » par la plèbe. C’en était trop. Il engagea un mage noir très puissant : Blackor. Un soir de lune rousse, le sorcier lança une malédiction sur le royaume d’Amaury. Blackor prononça des mots incompréhensibles puis jeta un halo de cendres dans l’atmosphère.
Le lendemain matin, la suie souilla tout sur son passage, le château, les murs des maisons, la peau, les vêtements et même l’esprit des sujets d’Amaury.
On n’y voyait pas à deux mètres : un brouillard de cendres. Le ciel était d’une couleur de charbon. Les calèches restèrent figées. Les chevaux hennirent et se braquèrent. Ils se voulaient plus avancer. L’atmosphère était devenue pesante comme une chape de plomb. Les habitants n’y voyaient guère et ne pouvaient plus circuler. Le royaume fut bloqué. C’était la période des festivités de fin d’année, celle où d’habitude les bougies scintillent de mille feux aux abords des fenêtres, où les familles se réunissent autour du foyer et partagent des repas copieux et délicieux : huitres et dindes aux marrons. Les candélabres n’arrivaient pas à égayer cette nuit permanente. Les sujets ne pouvaient plus se déplacer, retrouver leurs proches pour festoyer. Aller travailler ou vaquer à ses occupations quotidiennes était devenu un calvaire. Cela dura des jours, des semaines, des mois... La colère du peuple enflait comme un abcès.
Amaury fit installer des lanternes dans tout le royaume à chaque coin de rue mais cela ne suffisait pas.

Les hommes chandeliers embauchés pour allumer les lanternes à toute heure s’épuisaient puis d’éteignaient à petit feu. C’était une hécatombe.
Il fit appeler des hommes de sciences, des experts du ciel. Ceux-ci ne purent lui apporter aucune réponse. Ils n’avaient jamais vu cela : tout était déréglé. Il fit appeler des astronomes puis par dépit des astrologues. Rien n’y fit. Le ciel était contre lui et son peuple aussi.
Les sujets d’Amaury se détournèrent de leur prince. L’obscurité grandissait et s’éternisait : 365 jours de grisaille.
Amaury se sentit très seul, complètement oublié lui qui avait été jadis tant aimé.
Le Prince n’avait plus de nouvelles de ses parents. L’ancien roi et l’ancienne reine étaient trop occupés à profiter des cristaux de neige et aux mille joies de la montagne sous un ciel d’azur. Lorsqu’ils apprirent la situation de leur fils, ils se dirent qu’il était bien empoté. Ils avaient honte de lui. Ils lui avaient confié les clefs d’un royaume idyllique et maintenant c’était un pays figé d’une tristesse noire de carbone. Ils ne voulaient plus en entendre parler.
Qu’il se débrouille ! lancèrent-ils en faisant tinter leurs coupes de cristal dans leur château de glace.
Le Prince ne savait que faire. Par une nuit de pleine lune, il interpella une étoile. Celle-ci lui fit un clin d’œil. Il demanda qu’une personne vienne à son secours.
Un jour, une druidesse gaélique arriva près du château d’Amaury. Il n’y voyait goutte mais entendit son étrange accent. Il lui confia combien il était isolé et que ses parents lui manquaient. La fée lui suggéra de penser fort à eux en leur envoyant en pensée des bulles d’amour. Le jeune prince appliqua scrupuleusement le conseil cependant pas de changement.
Arriva une nouvelle période de festivité. Ses domestiques le délaissèrent pour se réunir avec leurs familles. Les aliments jadis si gouteux étaient devenus sans saveur. Rester ensemble leur suffisait.
Amaury aurait aimé partir à la montagne avec ses chevaux mais ceux-ci avaient pris 20 ans en une année. Ils étaient sclérosés comme tout le pays.
Ne sachant que faire en cette période de Noel, il marcha dans la nuit. Il entra dans un hôtel-Dieu. Personne ne le reconnu. Il faut dire qu’il était devenu tout gris. Les malades mangeaient de la soupe de navet.
Amaury n’y pensait plus mais il avait un don. Avec ses longues mains il pouvait faire chanter les objets.
Il prit un morceau de bois. Celui-ci à son contact se couvrit de touches de nacre blanche et de laque de chine. Le prince de ses longs doigts se mit à tapoter les touches contrastées. Des notes joyeuses s’élevèrent dans l’air.. Les malades se mirent à sourire et à taper du pied. Certains restés alités depuis des semaines se levèrent et se mirent à danser. L’inconnu de ses longs doigts semait du bonheur. C’était la fête, la joie en cette nuit de réveillon. Le médecin de garde pour la nuit n’en revenait pas. C’était un miracle. Les patients semblaient guéris. Ils se trémoussaient et piochaient des petits morceaux de pain noir posés sur les tables. Le médecin appela son maitre : un vieil homme à la barbe et cheveux de neige. Le vieillard confirma la guérison des pauvres erres. Pour le remercier l’homme en blanc demanda à Amaury quel souhait il aimerait exaucer.
Le jeune prince lui répondit voir ses parents mais pour ce faire il avait besoin d’un équipage. Le Maitre s’appelait Merlin. D’un claquement de doigts, il fit apparaitre un carrosse flambant neuf avec des chevaux étincelants. C’étaient ceux de la fée Electra. Avec il pourra se rendre aux pays des cristaux. Ravi, il s’installa dans le véhicule magique. A la vitesse de l’éclair, Amaury arriva dans le pays où les cascades rigolent avec la poudreuse.
Ses parents lui firent un accueil glacial. Dans leurs tuniques argentées, ils lui tournèrent le dos. Un malotru au visage grisé avait osé pénétrer dans leur château de givre bleuté. L’accès à la salle royale fut refusé à Amaury. Il prit alors le morceau de bois dans sa poche et de ses longs doigts fit apparaitre un clavier d’ivoire et d’ébène. Une musique s’éleva et une douce chaleur fit fondre les parois de la salle royale. Les monarques se regardèrent consternés. Dans un calice, ils avaient laissé leurs cœurs au milieu de glaçons pour mieux les conserver. Les cœurs se mirent à rosir. Les gardes se mirent à danser, à tournoyer et virevolter. Le couple regarda l’étranger et comprit que ce curieux troubadour était leur fils. Ils le serrèrent dans leurs bras. Amaury se senti réchauffé. Ils avaient du baume au cœur. Celui du prince fissuré par tant d’épreuves fut entouré d’une poussière d’or fin. La fée gaélique lui avait envoyé par la pensée le précieux métal pour soigner ses blessures. Le cœur du Prince vit des lignes dorées se former à sa surface pour le consolider. Avec ses parents, le Prince dégusta un succulent repas entouré de chaleur humaine, de chants et de danses.
Le lendemain matin, réconcilié avec ses parents, il demanda à partir. Ceux-ci essayèrent de le retenir. Amaury dit qu’en tant que prince, il devait retourner dans son royaume.
Il ne pouvait pas laisser son peuple dans la grisaille et la morosité. Le prince avait pris conscience de son don, ce pouvoir très spécial.
A son retour, il s’installa sur la place principale de sa principauté et se mit à jouer de son bout de bois de ses mains magiques. Son peuple se mit à sourire, à se lever puis à danser.
Les nuages se dissipèrent. La clarté revenait. Ils reconnurent leur prince celui qu’ils avaient oubliés. Ils étaient si heureux de le retrouver. Les activités purent reprendre enfin et les sujets à nouveau circuler. C’était un renouveau, le jour après la nuit.
Le prince entendit un drôle d’accent à son oreille. La druidesse lui adressa un sourire. Cela le toucha en plein cœur comme une flèche. C’était elle sa bonne fée, celle sui l’avait soutenu à distance. Grace à elle, il n’était plus seul.
Il la trouva si belle, peut être pourrait il en faire sa reine.
103

Un petit mot pour l'auteur ? 20 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Denis Delepierre
Denis Delepierre · il y a
Une belle histoire. J'ai aimé l'idée du monde noyé dans la grisaille et les cendres, et ce personnage capable de créer des instruments de musique de ses simples mains. Durant toute ma lecture j'avais en tête l'imagerie des films de Tim Burton. J'ignore si c'est à cela que vous pensiez durant votre écriture, mais c'est l'effet que ça m'a fait! Merci pour cette lecture. Passerez-vous faire un tour au pays des Pêcheurs de nuages? Je serais ravi de vous y voir. C'est par ici https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/tranches-de-nuages J'espère que vous apprécierez. Bonne continuation et au plaisir de vous lire.
Image de Lélie de Lancey
Lélie de Lancey · il y a
Un joli conte...
Et j'aime cette jolie idée... Il prit un morceau de bois. Celui-ci à son contact se couvrit de touches de nacre blanche et de laque de chine.

Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Mon soutien pour ce conte bien mené et envoûtant ! Une invitation à venir découvrir les aventures de mon prince oublié dans “Conquêtes” ! Merci d’avance une bonne journée ! https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/conquetes-1
Image de Liam Azerio
Liam Azerio · il y a
Un récit assez classique, plutôt bien mené, qui se lit plaisamment :)
Image de Chantane P.
Chantane P. · il y a
Un bon moment de lecture
Image de De margotin
De margotin · il y a
C'était elle sa bonne fée, celle sui l'avait soutenu à distance?


Bonjour à vous
Je vous invite à découvrir Nilie et à cliquer sur le lien pour me soutenir . Merci beaucoup

https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/nilie-3

Image de J. Chablik
J. Chablik · il y a
Beaucoup, beaucoup d'idées dans ce texte.
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
Un beau conte musical . la musique fait des miracles.
Image de Philippe Larue
Philippe Larue · il y a
Image de VéroLucie Bossu
VéroLucie Bossu · il y a
Joli conte. La musique a effectivement un pouvoir très puissant, ça rejoint bien l'idée de mon poème "Le piano" que j'invite à lire ceux qui aiment la musique