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Les lumières du ciel

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Jackedit

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L’habitude est un monstre froid qui pousse au sommeil sans rêve. Pour la deuxième fois de la journée Iliani lui livra tribut en glissant son pass sur la vitre du contrôleur automatique. A l’horloge de son corps il était fatigue, ce qui devait correspondre à 18 heures.

Dans le couloir blanc du métro, il fut happé par une rivière grise qui de minute en minute se gonflait de nouveaux visages. Serrant contre lui sa sacoche et son journal il anticipait les mouvements de la foule pour gagner quelques rangs. Plus qu’une nécessité, c’était un besoin qui le sauvait de l’étouffement visuel. En cette crise de fin d’année, les affiches de vacances dans des pays lointains paraissaient encore plus hors d'atteinte.

Soudain à la station concorde, un air de violon le tira de la grisaille. C’était Bâton rouge, un vieil original au passé multicolore et un peu griffé par la vie qui en ces fêtes de fin d’année s’activait sur son violon. Tous les jours à cette station, il dispensait de cette lumière du cœur que constitue la musique. Il occupait son coin favori : l’attendrisseur comme il l’appelait: à savoir ce couloir de correspondance qui par sa longueur donnait aux voyageurs assez de temps pour se laisser toucher par la musique et entrouvrir ainsi leur porte-monnaie.
L’actualité et surtout les appréhensions ressenties au quotidien soumettaient les espoirs de tout un chacun à de grandes tensions.

Devant la morosité de cette fin d’année, Le grand Tout à l’incommensurable bonté eut soudain une idée. Il choisit contrairement à son habitude une idée simple et facile à réaliser. Il décida de faire un essai et choisit Bâton rouge pour partager cette idée et l’aider à la réaliser.
Il envoya 12 jeunes musiciens que Bâton rouge devait répartir dans les différentes stations et dont il devrait aussi s’occuper durant les heures de fermetures de métro. Bâton rouge eut un peu de mal à emprunter un minibus capable d’assurer le transport des musiciens. Et surtout à réveiller son sens de la conduite parisienne en sommeil depuis de nombreuses années. En suivant son intuition il répartit sa petite troupe au gré des stations. Il était surpris de les trouver peu bavards et toujours de bonne volonté. Chacun d’entre eux jouait d’un instrument dont les mélodies se répercutaient entre les murs immaculés des stations pour pénétrer au plus profonde de l’âme.
Chaque soir à la fermeture, Bâton rouge s’y connaissait pour fuir les admirateurs et les journalistes. Car on commençait à parler de plus en plus de ces musiciens qui enchantaient les couloirs. Et même durant les heures, dites, creuses, les badauds affluaient pour palper des yeux les mélodies qui s’échappaient par les grilles d’aérations situées en surface
Mais un soir sans explication, il manquait un musicien et les jours suivants ce fut pire. Bâton rouge tenaillé par les reproches que ne manquerait pas de lui adresser le grand Tout décida de mener l’enquête. Le lendemain il choisit de suivre une musicienne qu’une rêverie profonde semblait isoler de l’univers en son entier. Posté non loin d’elle, il observa sur les voyageurs le charme de la quiétude sans fin que sa flûte diffusait.
Le matin il ne se passa rien. Mais en fin d’après-midi il aperçut un jeune homme dont la mise simple tranchait avec la richesse du regard. Comme statufié, il se perdait dans le bleu regard de la musicienne. Très vite elle cessa le combat global de la morosité ambiante pour jouer exclusivement pour lui.
Le soir au moment de rassembler sa petite troupe : elle avait disparue. Il en manquait encore deux et c’est le cœur brisé qu’il souhaitait bonne nuit aux trois musiciens encore présents. Il dormit sans repos n’arrivant pas à comprendre pourquoi le grand Tout laissait faire.
Au matin il s’éveilla alors qu’une voix résonnait encore en lui. « Mon bon Bâton rouge je sais combien cela peut être pénible de voir ta petite troupe s’amenuiser au fil des jours. Mais cela fait partie du passé. Car je renonce à ce projet. C’était un essai et ton concours m’a été précieux. Ce n’était pas la bonne réponse car la lumière destinée à tous s’est trouvée, par amour, détournée au profit de quelques-uns. »
Au matin les chambres étaient vides. A présent tout à fait réveillé, il n’entendait plus la voix. Il donna à manger à ses chiens Patsi et pistou. Il sentait un soulagement le gagner.
Ensuite, l’habitude reprit ses droits et c’est le bonnet vissé sur sa tête et le violon sous le bras qu’il se mit en route en direction de son cher couloir attendrisseur.

En fin d’après-midi, il leva la tête de son archer lorsqu’il entendit claquer un « Bon Noël ». C’était Iliani qui sourire aux lèvres, venait de déposer une pièce dans la sébile accrochée au fameux bâton de pèlerin de couleur rouge.

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