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Zalma

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Voilà : j’ai déposé le dernier cadeau au pied du grand sapin. Comme il est beau... touffu et d’un vert profond, tout décoré de guirlandes bleues et de boules argentées ! Mon regard est irrésistiblement attiré vers la fenêtre : de gros flocons tourbillonnent dans le ciel sombre, la campagne couverte d’un blanc immaculé est un paysage féérique.
— C’est magnifique, n’est-ce pas ?
Je me retourne, surprise par cette voix inconnue. Je suis seule dans la grande maison, mon mari est parti chercher grand-mère, et le reste de la famille n’arrivera que dans une heure. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas peur et je réponds :
— Oui, c’est beau...
Le silence fait écho à mes paroles. Le sapin est toujours là, majestueux, la table est dressée et resplendit de mille feux, on dirait une carte postale. Je m’apprête à quitter le salon pour enfiler une jolie robe lamée lorsque j’entends un bruit : on dirait un feuillage qui bruisse doucement, tandis qu’un souffle doux effleure mon visage. Je reste là, debout au milieu du salon, sans oser bouger... j’ose à peine respirer, mais soudain, la voix reprend :
— J’aimais ma forêt, tu sais... j’y avais mes amis, on se racontait nos histoires, nos joies et nos peines. Mais nous avions tous peur de Noël, de ce qui pourrait arriver...
Cette fois-ci, c’est certain : c’est bien lui qui me parle. Mes mains se mettent à trembler et la surprise me laisse sans voix. Une odeur puissante de résineux envahit la pièce, c’en est presque insoutenable. Je voudrais partir en courant, mais mes pieds demeurent cloués au sol. Un sapin qui parle... j’avais lu des choses semblables dans des contes pour enfants, ceux que j’offre chaque année à mes neveux. Je trouvais ça charmant, un peu triste parfois, ces histoires de sapins qui avaient quitté leur forêt, qui se trouvaient si seuls et qui allaient mourir après les fêtes.
— Vous allez festoyer, et ensuite, que ferez-vous de moi ?
Je voudrais répondre et je n’y parviens pas, ma langue reste collée à mon palais, un goût pâteux envahit ma bouche. Le sapin poursuit :
— Vous me décorez et me choyez, mais vous ne m’aimez pas. Vous allez vous débarrasser de moi, me brûler bientôt sur un grand bûcher, je le sais...
Je finis par articuler :
— Ne dis pas des choses pareilles... s’il te plaît !
J’ai mal d’entendre cet arbre me parler, me dire la vérité avec des accents douloureux dans sa voix qui semble remplie d’épines. Soudain, j’aperçois des petites stalactites suspendues aux branches vertes. Je ne me souviens pas en avoir accroché.
— Ce sont mes larmes... des larmes glacées de désespoir, aussi elles ne fondent pas, malgré la chaleur !
La porte du salon s’ouvre soudain, laissant entrer une bourrasque de vent froid. Que va-t-il se passer, à présent ? Tout semble possible, le sapin pourrait se diriger vers la porte, s’enfuir et retourner dans la forêt, disparaître pour toujours. Oui, il pourrait se mettre à marcher...
— On arrive, tatie !
Le bruit des petits pas qui se précipitent vers moi me soulage : ce sont mes neveux, qui arrivent plus tôt que prévu, les bras chargés de cadeaux scintillants.
Je leur souris, les embrasse un à un, et puis, je lève les yeux et contemple le grand sapin : rien n’a bougé, j’ai dû rêver... sauf que les petites stalactites sont toujours là, accrochées aux branches feuillues, comme autant de larmes glacées venues du fond de la forêt...
Alors, je me fais une promesse : l’an prochain, nous ne couperons pas de sapin. Je la murmure à l’oreille de ses branches, pour qu’il cesse de pleurer.
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Lélie de Lancey · il y a
Et si c'était vrai ? J'ai adoré ! Merci.
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Zalma · il y a
Merci, Lélie... et oui, ce serait une belle décision de ne plus "couper la forêt" ;D !
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Fantec · il y a
Un conte pour...adultes.
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Zalma · il y a
On va dire qu'un adulte, lisant ce conte à un enfant, peut lui aussi réfléchir à certains de ses actes... ;)

Mais pour la jeunesse quand-même, à cause du ton employé, surtout dans la seconde partie du texte...

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un joli message écologique !
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Zalma · il y a
Oui, c'était un peu le but aussi... ;) !
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Elena Hristova · il y a
la femme qui savait parler à l'oreille des sapins..
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Zalma · il y a
Merci, Elena ! Bon, c'est plus un petit conte pour la jeunesse... mais les adultes ont le droit d'aimer aussi ;D !
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Fantec · il y a
Je ne mettrais pas ça en jeunesse justement.
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Zalma · il y a
Pourquoi, Fantec ?
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Fantec · il y a
Parce que je connais très bien la littérature jeunesse et les enfants et je ne me vois pas du tout leur lire cette histoire qui pour moi s'adresse bien plus à des adultes. Et là oui, pour certains, ça peut paraître un peu neuneu. En mp.
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Béranger · il y a
Si je peux me permettre, je partage assez l'avis de Fantec. En fait, je crois que tu te situes entre deux : entre la littérature adulte et la littérature jeunesse. C'est bien écrit donc il n'y a pas de problème pour ça mais je crois que tu as fait l'erreur d'employer le JE dans la bouche d'un adulte. Par conséquent, un enfant ne s'identifiera pas au personnage. Si tu gardes l'idée d'une héroïne adulte, ce qui serait cohérent, je pense qu'il vaut mieux utiliser ELLE. Ne serait-ce que quand tu parles de "mon mari", c'est suffisant pour casser l'écoute d'un enfant pour peu qu'il te demande ce que ça veut dire.
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Zalma · il y a
Oui, complètement... je m'en rends compte après coup !

On démarre la lecture avec le sentiment qu'il s'agit d'un texte pour adultes, et tout d'un coup, on bifurque...

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