Les gueules jaunes

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Merci à vous lecteurs, sans prétention je vous livre mes émotions qui, je le souhaite sincèrement, vous toucheront. Ainsi je serais comblée d'avoir partagé avec vous toute cette énergie, qui ne  [+]

La première citée minière fût construite au plus près de la mine, à l’orée du bois d’où elle tira son nom, la citée du bois. Puis fût construite celle qui devint la mienne, apparaissant en haut de la grande côte. Elle s'étirait jusqu'à des terres couvertes de blés, et commençait sa course, au croisement de la route du lavoir et de la mine. Une voie de chemin de fer longeait cette dernière dans son ensemble. Les rails couraient du carreau de la mine, longeaient ma citée, et s’enfuyaient vers la gare de Bassompierre. La locomotive à vapeur tirait les wagons chargés à bloc. A chaque traversée du passage à niveau, bloquant le croisement, ce convoi sifflait, crachait la vapeur d’eau, comme une bête de somme. Elle transpirait, solidaire avec tous les mineurs, criait à tue tête ses efforts, et fière de sa besogne, dévoilait toute sa force dans l’accomplissement de sa tâche. Comme elle était belle, cette dame, car c’est de fer et d’acier qu’elle étincelait, celui là même qui réunissait l’homme et la machine.

Les commerces explosèrent comme des champignons après la pluie. Boucherie, droguerie, pharmacie, cordonnerie, quincaillerie, et coopérative alimentaire, jouèrent un rôle important dans la vie quotidienne. L'économat, magasin universel, autorisait les ardoises, offrant ainsi à ces familles modestes, un peu d’oxygène à leurs budgets. Plusieurs bistrots ouvrirent également leurs portes. Au plus fort de la population, ils étaient cinq ou six. Certains, comme “la cantine” accueillaient les mineurs en louant des chambres et en proposant des pensions à des prix raisonnables. Cela offrait la possibilité aux hommes, arrivés seuls au départ, de préparer la venue de leur famille.
Ainsi, Boulange explosa de vie et devînt une fourmilière. La société minière permit l’ouverture d’infrastructures et d’équipements. La salle des sports, le gymnase, la piscine, le cinéma, le terrain de foot, offraient les loisirs nécessaires pour le bon équilibre de ces hommes du minerai et de leur famille. Dans la même veine, des centres de colonies de vacances furent crées un peu partout en France. Les enfants des mines pouvaient ainsi passer pendant un long mois d’été, et à des prix défiant toutes concurrences, un séjour inoubliable. Les frais médicaux et d’hospitalisations étaient remboursés à 100% par la sécurité sociale. C’était une volonté affichée de la société minière.Tout était prévu pour que la communauté vive en autarcie. Les écoles s’agrandirent, celles des filles et des garçons en primaire , puis l’école ménagère permettant aux jeunes filles de devenir des épouses de mineurs accomplies. Pour les garçons à la fin du primaire, la majorité d’entre eux se dirigeait vers le centre de formation des mineurs situé sur le carreau de la mine. De ce fait, naissait la nouvelle descendance des gueules jaunes. Le flambeau se transmettait de génération en génération.

Ainsi, je suis née fille, petite fille et arrière petite fille de mineur de fer.
La route départementale quittant le village en direction du petit bourg de Bassompierre, rejoint la nationale en atteignant Ludelange. Cette commune coupée en deux par la route, fut très fréquentée avant la construction de l’autoroute A30. Le routier “Chez Gaston” y fit sa renommée. Ce lieu de restauration des camionneurs du nord- est lorrain, marqua un tournant dans ma vie, et j’y reviendrai un peu plus tard. La nationale conduit à Fontoy et traverse cette localité d'un bout à l'autre. Elle poursuit son chemin, serpentant à travers la vallée de la Fensch. Berceau de la sidérurgie. C’était la vallée des usines et des hauts fourneaux, là où le minerai de fer était acheminé par les funiculaires, pour être transformer en acier. Ici aussi, grouillait un monde d’ouvriers, d’hommes de combats solidaires. Leur histoire rejoint celle des mines de fer, deux univers qui se côtoient, dans ses luttes, ses peines , ses victoires, ses défaites. Ces deux mondes fraternisaient parfois comme les membres d’une même famille, mais se heurtaient aussi. Les uns sous terre, les autres supportant la chaleur des hauts fourneaux, tous revendiquaient le statut de travailleurs aux conditions les plus pénibles. En définitif, qu’ils soient mineurs ou usiniers, ils travaillaient grâce à la même matière première, le minerai jaune, source de vie.
Aujourd’hui je suis témoin, une descendante de la génération qui ne verra plus aucune relève. Ce monde fait partie de ma mémoire, j’ y suis née et je l’ai vu s’éteindre. Grâce à lui, je sais d’où je viens et qui je suis. Jamais je ne l'oublierais.
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