Les étoiles qu'elle n'avait jamais vues

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Ingénieur de formation puis de profession, j'ai décidé de passer une part de ma retraite dans l'imaginaire.  [+]

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Jawana sursauta quand Chabine lui lâcha la main. Elle tendit les deux bras en avant pour le retenir, mais déjà, il s’était levé. Elle entendit le bruit sourd de ses pas sur le sable, alors qu’il s’éloignait en direction du léger ressac de la mer. Quand les crissements de ses sandales sur la plage disparurent au loin, subsista encore autour d’elle son odeur si particulière et rassurante d’homme fort, mal rasé et mal lavé, odeur qui finit par s’estomper puis disparaître à son tour. Alors, elle se sentit seule, désemparée, perdue. Elle pensa à ses parents dont les corps étaient restés sous les gravats de leur immeuble. Son corps fut parcouru d’un frisson, et pourtant la nuit était douce. Une douceur un peu inhabituelle pour la saison. Sans doute y a-t-il de la brume ou quelques nuages, se dit-elle, en pensant que leur fuite serait moins risquée si on ne pouvait les voir depuis les falaises qui entourent la petite plage, où depuis la tombée de la nuit, ils attendaient un signe. Maintenant, elle tremblait. De peur. Elle savait que si Chabine ne revenait pas, elle ne pourrait survivre longtemps. Au mieux, les autres l’abandonneraient sur cette plage, à la merci de soldats. Au pire, mais serait-ce vraiment pire, on la jetterait au fond de l’embarcation et elle servirait d’exutoire aux hommes, ils célébreraient leur liberté nouvelle en s’enfonçant en elle pour y déverser leur peur, puis quand tous auraient assouvi leur appétit retrouvé de domination, on la jetterait par-dessus bord parce qu’elle serait souillée.
Soudain, elle perçut une agitation au loin, en bordure de mer. Elle reconnut le pas altier de Chabine qui revenait dans sa direction. Ses épaules s’affaissèrent, elle était soulagée. Elle s’appuya sur le sable pour se lever et tendit les deux mains en direction de son frère qui lui disait :
— C’est bon, petite sœur, j’ai donné l’argent. Viens, on va monter sur le bateau. Il faudra se serrer, le canot est petit et on est nombreux. Je resterai près de toi jusqu’à ce qu’on débarque.
Elle se jeta à son cou, soudain emplie d’une grande joie. Leur espoir d’une vie meilleure allait se concrétiser maintenant en quittant cette plage de Syrie, à quelques kilomètres au nord de Tartous. Dans quelques jours, ils seraient libres, loin de la guerre et de l’oppression.
Chabine qui avait pris sur son dos le sac en toile contenant leurs quelques effets, agrippait fermement sa sœur par le bras et la guidait en direction de la mer. Jawana, elle, tenait à la main sa précieuse canne blanche et souriait aux étoiles qu’elle n’avait jamais vues.

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