Les eaux du lac vert

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Image de Moins de 18 ans
Mes pieds s’enfoncent dans l’amas de feuilles et de terre de plus en plus boueux. Les hauts arbres qui m’entourent semblent s’étendre à l’infini de tout côté et je commence à désespérer de ne jamais en trouver une sortie... Soudain, j’aperçois l’orée d’une clairière sur ma droite. J’émerge avec soulagement des sous-bois en ouvrant de grands yeux émerveillés ; là, devant moi, se dessinent les contours d’un lac aux magnifiques eaux vertes ! Quel lieu magnifique ! Moi qui viens de la chaleur, de la moiteur, où la poussière colle à la peau et les rayons du soleil sont ardents, je trouve cet endroit fantastique !
Cette muraille au loin, ces sommets blancs qui transpercent l’immensité du ciel comme d’inébranlables géants de pierre qui regardent mourir le soleil rose, ces arbres si grands avec leurs épines et leurs drôles de pommes de bois ! Et cette odeur si singulière qui flotte dans l’air ! J’ai l’impression d’être dans un autre monde !
Le ciel est dégagé, les crapauds bruyants gobent mouches et libellules comme de là où je viens, les oiseaux s’ébrouent sur la rive et l’herbe est humide sous mes pieds nus. Je me retourne un instant et je devine au loin comme un immense gouffre où flotte un nuage gris qui ne me dit rien qui vaille. C’est la première fois que je me sens si proche du ciel.

Je m’avance en direction du lac. Sous la surface, des petits poissons aux reflets bleus et or filent à toute vitesse. L’eau est rafraîchissante, surtout par cette chaleur étouffante.
Je laisse mon regard vagabonder sur la forêt de hauts sapins qui s’étendent tout autour de moi. Les rochers bordant le lac sont couverts de mousse verte et l’herbe ondoie doucement sous la légère brise qui souffle, comme si des animaux invisibles fuyaient l’eau pour aller se réfugier à l’abri des sous-bois.
Je fais quelques pas de plus, entrant avec délectation dans le lac, appréciant la fraîcheur bienvenue contre ma peau et la vase sous mes pieds. J’ai encore mal...

Dans cette boîte obscure, j’étouffais depuis plusieurs heures, bringuebalé en tous sens. Mes membres étaient entravés par des liens. Tout à coup, je me sentis soulevé, flottant dans le noir. Un grand fracas, et brusquement, plus rien. Quand je me réveillai, j’étais allongé sur le sol, complètement sonné et tout brûlait autour de moi. Je saignais abondamment, mais j’étais libre !
Je regardai de tous côtés, complètement désorienté, avant d’apercevoir une forêt. Je m’enfuis...

Pas à pas, j’entre dans les eaux du lac vert. Le chant des crapauds est assourdissant. Des salamandres se réchauffent sur des rochers encore tièdes, et des tritons nagent tout autour de moi dans un ballet frénétique.
L’eau et la vase me détendent. Des têtards s’agglutinent autour de mes jambes, picorant mes plaies encore à vif. La forêt se dressant autour du lac m’isole et me rassure.

Il y a 2 jours, j’étais dans un endroit terrifiant et totalement inconnu, attaché dans un bassin avec d’étranges carrés blanchâtres plantés sur tout mon corps, reliés à des boîtes lumineuses.
Je voyais des ombres s’agiter autour de moi, parlant à mi-voix un langage que je ne connaissais pas. La peur ne me quittait pas, elle me nouait les entrailles, menaçant de me faire imploser à tout moment...

Alors que je nage vers le centre du lac, où il se fait plus profond, j’entends un craquement étrange. Aussitôt, je sors de mes pensées et me retourne, produisant des vaguelettes à la surface, à la recherche de la provenance de ce bruit. Je reste quelques instants à scruter les berges sombres du lac, aux aguets, jusqu’à ce que je vois des buissons bouger à ma droite. Effrayé, je fixe le feuillage dru. J’avais appris à me méfier des sons suspects depuis que, dans mes terres natales, un alligator avait fondu sur moi, manquant de m’engloutir.
Les grenouilles ont cessé leurs coassements autour du lac. Un silence de plomb s’est abattu sur la clairière. Brusquement, la silhouette de... quelque chose émerge de la pénombre des sous-bois pour s’avancer vers les berges du lac. En la reconnaissant, j’étouffe un cri et manque presque d’en oublier de me maintenir à la surface.

Ils m’ont retrouvé ! Les monstres qui m’ont enlevé et torturé !
L’éclat qui brille dans l’œil globuleux de la créature est terrifiant. Les contours de sa silhouette sont flous, comme s’ils n’étaient que le fruit de mon imagination. Epouvanté, je n’ose plus esquisser le moindre geste, de peur de me faire repérer. Malheureusement, quand de l’ombre d’un conifère sortent un deuxième, puis un troisième monstre, je ne peux réprimer une exclamation d’effroi. Trois paires d’yeux se braquent instantanément sur moi.
La peur me paralyse, et même mon instinct semble embourbé. J’ai seulement le réflexe de battre en retraite vers le centre du lac.
Subitement, l’un d’entre eux s’avance, armé d’un bâton. Les trois créatures poussent des cris étranges, rauques et sourds, en se dandinant sur place dans une sorte de danse effrayante.

Celui qui détient l’étrange objet a fait quelques pas spongieux dans l’herbe boueuse de la rive et a aligné son bâton contre sa joue dans ma direction. Je vois les rayons du soleil se refléter un instant dans l’air au dessus de moi, quand je ressens comme un éclair qui se propage dans l’ensemble de mon corps. Mon sang se mêle à l’eau du lac, et je pousse un cri de douleur.
Sur la berge, les monstres redoublent d’agitation.

Alors, instantanément sorti de ma torpeur par l’élancement insoutenable du morceau de métal dans ma chair, je me saisis du fil qui l’entoure et tire d’un coup sec, arrachant au passage une de mes écailles. Mon sang vert se met à couler de plus belle, se diluant dans les eaux du lac.

Et, non sans un dernier regard de haine et de terreur vers ces monstrueux bipèdes couverts d’étranges haillons, je plonge sous la surface.
Ouvrant avec délectation les branchies de mon cou et les palmes de mes mains, en quelques battements de queue, je disparais dans les profondeurs du lac aux eaux vertes.

*

« Allo, mon capitaine ? Le monstre s’est enfoncé dans le lac de Freydières ! »
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Aurélien Azam · il y a
Belle écriture, bien que l'histoire en elle-même ne m'a pas accroché. Mes encouragements :)
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Yannick Pagnoux · il y a
Une histoire qui m'a surpris, du fantasque plein de poésie. Une belle découverte.
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M. Iraje · il y a
Un soutien renouvelé.
Et tu pourras retrouver aussi à voir, à boire, et à manger ...
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/a-voir-a-boire-et-a-manger-un-gout-de-paradis

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Cyrille Conte · il y a
On est tous le monstre de quelqu'un, non ?
Bravo Maya pour cette histoire saisissante. Mes écailles en frémissent encore.
En sortant du lac de Freydières, je vous propose une évasion: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-promesse-d-evasion
Belle finale à vous.

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Ginette Flora Amouma · il y a
je vous souhaite une bonne finale , Maya.
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Fred Panassac · il y a
Une bataille saisissante ! Bonne chance à cette créature des profondeurs, dans son combat contre d’autres monstres.
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Zouzou Z · il y a
Mon soutien pour cette finale !
En finale aussi. si vous aimez...

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Françoise Desvigne · il y a
J'ai eu peur pour lui ! Mes encouragements pour la suite !
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Tnomreg Germont · il y a
Je réitère - mes 5 voix et belle finale à vous Maya
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Keith Simmonds · il y a
Félicitations et mes voix pour cette œuvre bien écrite et fascinante ! Une invitation à découvrir “Dépaysement au Royaume des Animaux” qui est aussi en Finale. Merci d’avance ! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/depaysement-au-royaume-des-animaux