Les dimanches (à suivre : Les Vacances)

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Il n’y avait pas à barguigner, le dimanche c’était repas chez grand-mère. Oncle, tante, cousins, cousines, père, mère, étaient priés d’assister au repas commun et à part la maladie, aucune excuse n’était valable.
Vu la qualité des mets et du service, l’obligation passait assez bien dans l’ensemble. Il faut dire qu’elle menait grand train grand-mère. Cuisinières et servantes pour les grandes occasions, elle mettait personnellement la main - et quelle main ! - à la pâte le reste du temps, aidée de ses belles-filles. Les produits (en direct du producteur, sans besoin d’AMAP), provenaient des fermes qu’exploitaient ses métayers qu’elle menait d’une main de fer et qui se goinfraient par derrière (juste retour des choses).

Aussi, à l’issue de l’office en l’église romane où elle disposait d’un prie-dieu à son nom au premier rang, toute la famille rappliquait autour de la sainte table dans la grande salle à manger. Soit une bonne dizaine de personnes. Plus le curé de temps en temps, notamment pour les communions, confirmations et grandes fêtes votives. Pas question pour lui non plus de passer outre, denier du culte oblige.

Avant de se mettre à table, il nous fallait attendre le retour des hommes pour qui la messe s’était passée au bistrot sur la place – au grand dam de leur mère – et qui bien souvent en étaient au douzième pastis.

C’est dire si l’ambiance était chaude et les conversations musclées entre les adultes, dès que grand-mère avait terminé le bénédicité.

Les grands sujets concernant les biens familiaux, leur gestion en l’absence du père disparu en 17 et leur dilapidation par les deux rejetons - et ils s’y entendaient les bougres – étaient les causes principales de discussions sans fin.

La politique c’était pour le digestif et ça prenait très vite des allures de meeting où se poursuivaient les débats abordés à l’apéro, entre les deux fils aussi réactionnaires l’un que l’autre. Mais dont l’un excellait dans l’art de se faire l’avocat du diable.
Leurs femmes, elles, s’adonnaient au tricot, nous confectionnant à l’occasion les supers maillots de bain en laine poil à gratter, qui ne séchaient jamais.
Pendant ce temps, le gramophone à pavillon peinait à couvrir les éclats de voix, surtout si Tino avait été sélectionné.

Enfin grand-mère rameutait la jeunesse de l’assemblée pour une chorale improvisée. Avec des airs de pianiste de concert, elle s’asseyait au piano droit et nous accompagnait, avec brio d’ailleurs, dans la «Truite» et autres morceaux choisis. Enfin cédant à nos demandes renouvelées, elle condescendait à pianoter les airs plus modernes de Claveau ou Trénet, que nous entonnions en cœur.

Tout le monde ayant bien digéré, l’après-midi finissant voyait reprendre les sempiternelles discussions gestionnaires, jusqu’à ce que grand-mère n’obtenant pas gain de cause, quitte la pièce en annonçant qu’elle montait de ce pas au grenier pour se pendre. Mais pas tous les dimanches quand même. Les adultes se gaussaient, mais nous les enfants vivions mal ces séances dignes de la comédia del arte.

Heureusement le lendemain, nous retrouvions notre adorable grand-mère, que nous craignions dans ses colères, mais dont les chocolats fumants ravissaient nos papilles.
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