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Les deux faces du monde.

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Luce44amy

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Le volet s’ouvrit sur le monde. Elle, une femme de 30 ans, apparut à la fenêtre de sa cuisine. Le soleil fit son entrée au logis, piquant d’éclats dorés ses cheveux blonds. La lumière engloutit les cadres poussiéreux des photos de famille, la table ronde, entourée de ses quatre chaises de soie, venait, elle aussi, se mêler à la vague indifférente. Le matin sonnait l’hiver proche, sans que l’automne estival ne quitte les âmes et ne désespère le soleil de briller d’une chaleur douce et aimante.
Un café fumant, des tartines grillées, l’odeur du petit déjeuné enivrait la jeune femme. Elle s’accouda au comptoir, baignée de contentement. La fenêtre offrait à ses yeux le spectacle quotidien d’une nature infinie.
Il y avait d’abord un arbre, une ribambelle d’arbres à dire vrai, mais seulement cet arbre en particulier livrait chaque matin, à l’imagination de la femme, mille millier d’histoires féériques.
Un enchantement de voir, en ce monument naturel, la quintessence de la vie. Un vieux chêne, immensément grand et pourtant petit dans la forêt sombre, si clair, baignant, à chaque belle journée, dans la lumière solaire.
D’un petit portillon de bois humide, on arrivait sur le chemin vert d’une petite maison rouge, tout à côté du chêne impérial. Il y habitait, paraissait-il, un homme d’une trentaine d’année, un grand voyageur, un homme d’affaire. Mais elle, la femme aux cheveux blonds, n’en savait pas grand-chose.
Entre les deux maisons, se trouvait, comme une muraille, un petit ruisseau scintillant de mille éclats d’argent. La réalité même, séparait les êtres.
Quelle belle journée !
Elle, la femme solitaire et satisfaite, se tourna à nouveau vers sa cuisine qui formait une unique pièce avec le séjour. L’odeur de pain grillé, si agréable à ses narines, persistait dans l’air, ainsi que le roulement continuel de la machine à laver et le ploc de la cafetière. Des choses connues, des choses banales, des choses qui ne savaient montrer que l’habitude, le quotidien. Elle sentit en elle, soudain, la lassitude de la maison, la nostalgie de la découverte et l’envie de délivrance.
Alors, son corps vif s’élança vers sa chambre. Quelques minutes plus tard, elle en ressortit transformée. On pouvait surtout voir dans son regard couleur d’épeautre ce changement tant espéré par les amoureux des passions simples : la vie.

La porte s’ouvrit sur une femme de 30 ans, une femme blonde, une femme aux yeux couleurs des blés, une femme souriante qui aimait maintenant à penser que de l’autre côté de son cocon d’habitudes se trouvait l’aventure, le bonheur. Et elle ne se trompait pas.
Une effusion de couleurs vint étreindre son cœur d’une joie infinie comme le petit infini de la nature. Les senteurs se mélangeaient, s’aimaient, enivraient le monde et les yeux.
Ce qui frappa cet être heureux, ce fût les sons. Loin derrière on pouvait percevoir le faible murmure des machines, mais toute la nature se donnait à cœur joie pour recouvrir le moindre coin de silence d’une symphonie harmonieuse. Les oiseaux chantaient de tendres mélodies, le ruisseau exprimait son profond désir d’accomplir un nouveau chemin, le vent agitait les feuilles des arbres. La quintessence de la vie s’engouffrait dans les moindres recoins. Et, penché, tel le sage généreux, le vieux chêne jouait avec les ombres et la lumière sur la peau rosé d’une femme nouvelle. Un rire mélodieux, enfin, vint se mêler à ce théâtre de dame Nature.
Quel évènement ! c’était une explosion épique pour une âme assoiffée.
Elle, la femme comblée par le chant des oiseaux, tournait sur elle-même, libérée d’un poids.
Une seconde porte s’ouvrit. Un homme aux cheveux roux sortit de la maison rouge. Il s’avança jusqu’au bord du ruisseau et l’enjamba pour atteindre l’autre côté. Il arborait un sourire chaleureux et tenait dans ses mains deux tasses.
« Bonjour ! » il s’approcha sereinement de la femme « du thé ? »
Dans un profond désir de compagnie et, touchée de la générosité d’un étranger qui vivait à deux pas de chez elle, la femme sourit
« Merci ! Nous ne nous sommes pas présentés, je m’appelle... »
Un bruissement d’ailes se perdit dans le ciel, d’un même mouvement, deux têtes se tournèrent vers l’étendue bleue.

Au creux du cœur, entre la raison et l’imaginaire, les palpitations du désir de voir le monde guident les âmes. Il ne pourrait être recommandé d’en étouffer le bruit assourdissant.

PRIX

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Laurent Martin · il y a
l'amour, c'est regarder dans la même direction ^v^
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Arlo · il y a
Un très bon texte. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir ses deux poèmes "sur un air de guitare" retenu pour le prix hiver poésie et "j'avais l'soleil au fond des yeux " dans la matinale en cavale. Bonne chance à vous. http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/javais-lsoleil-au-fond-des-yeux
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Pascal Depresle · il y a
Un joli texte, mes voix. Pour ma part, sans contrepartie, j'ai commis deux textes, L'invitation http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/linvitation?all-comments=true&update_notif=1509982263#js-collapse-thread-577892 et Reflets http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/reflets-6 si le cœur vous en dit
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Sandrine Tauzin · il y a
Une belle nouvelle s une femme qui s ouvre à la vie bravo continue !
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