Les dernières vacheries d' Anastasie

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J'aime écrire. J'aime lire aussi. Les deux sont pour moi indissociables et se nourrissent l'un de l'autre. Les belles histoires me plaisent. J'aime bien aussi celles qui bouleversent, réveillent  [+]

Il était une fois...il y a 330 ans environ.

Un beau matin, en une fastueuse demeure du Royaume de France.

 

-Ah non, pas encore cette niaise, la voilà qui s 'ramène encore plus souriante et détendue que d'habitude, qu'est-ce qu'elle nous veut??? On ne l'a pas sonnée, qu'elle reste le cul sans sa cendre !

Bizarre, depuis deux jours, elle s'tient une pêche, avec son sourire béat de niaise et yeux toujours brillants alors que Javotte et moi, on a un mal fou à se remettre des deux bals, deux soirées pourries où notre mère nous a emmenées ???

A faire tapisserie ou à être importunées pendant toute la soirée par d' piteux hobereaux à moitié ruinés qui n'ont plus qu' leur titre ! Pas de chance, trop injuste !

 

Elle veut qu'on s' trouve un mari, mais les seuls qui s'intéressent à nous...vraiment pas des trouvailles !

le Godefroy de Sengrenlail qui dégage une odeur pestilentielle et son cousin gascon le sieur de Lascouillas avec ses petits yeux porcins et ses mains baladeuses sont vraiment des types tout ce qu'il y a de repoussant.

Parait même que Lascouillas a eu un max d'liaisons et rejetons illégitimes, après avoir largué sa première épouse qu'il a accusée de sorcellerie; ah non, vraiment pas...plutôt rentrer au couvent !

 

Et la voilà, elle, la fifille à son papa, toujours à sourire, à chantonner, à virevolter qui s' permet de venir à l'essayage de pantoufles... Le grand chambellan va la renvoyer, il va penser que c'est la bonniche de la maison, avec ses vieilles fripes toutes raccommodées.

 

Mon Père, le Baron Movais de Narbonne ne nous assenait-il pas à longueur de journée sa belle devise «  Chez Narbonne point ne déconne ! » et jamais n'aurait supporté un tel toupet chez la soubrette la plus insignifiante.

Faut vraiment qu'elle se sente protégée par le nouveau mari d 'notre mère, le comte de Marignais ; il est revenu après sa campagne de chasse et on va devoir s' tenir à carreau, Javotte et moi !

Faut dire qu'on abuse bien parfois à lui refiler nos vieilles robes informes, à lui demander de vous coiffer, après lui avoir piqué tous ses rubans, peignes et accessoires super chics qui lui venaient de sa mère, de briquer nos appartements, de vider nos pots de chambre, de laver notre linge et d 'entretenir le feu dans toutes les pièces de cette superbe baraque !

Trop d' chance, elle a eu trop d' chance la gamine de vivre là depuis sa naissance ! Normal que ma mère l'ait dégagée de son aile du manoir pour nous la refiler à nous, ses filles chéries, ses vraies filles, pas cette demi- sœur, cette chochotte ! Cette petite gâté, elle en a bien profité jusqu'à ses quinze ans ! Elle n'a pas à se plaindre...d'ailleurs elle ne l' fait pas...bizarrement !

 

Son père l'adore et la câline dès qu'il peut, Mère déteste cela...Elle arrête pas d' dire que c'est pas éducatif et qu'elle ferait mieux d's'instruire et d'connaître les usages du grand monde !

D'après lui, elle n'en a pas besoin, elle sait déjà tout ça - qu'est ce qu'il nous agace quand il claironne à -tout -va « où est la plus charmante jeune fille du comté ? » Et qu'il s'permet même d'en rajouter avec un truc du genre «  avec sa beauté et sa gentillesse naturelles, elle subjuguera certainement le plus valeureux des chevaliers de notre royaume »

Pétard, c'est vrai que, propre, peignée et bien habillée, elle serait presque aussi belle que la jeune princesse inconnue qui s'est pointée au bal hier et avant- hier...

Comment fait- elle pour rester mince et souple, alors que nous avec Javotte, on se tape plein de bourrelets et en plus de gros mollets et des chevilles gonflées, rétention d'eau- de famille- dit toujours Maman, n'empêche que c'est vraiment pas d'bol avec la mode de printemps des crinolines courtes !

 

Et voilà cet idiot de sous-fifre de la cour qui nous appelle toutes les trois maintenant :

 

-Mesdemoiselles, bien le bonjour, puis-je vous demander d'approcher, chacune à votre tour, pour vous faire essayer cette pantoufle de bal ?

 

- Et Javotte, toujours la plus pressée, quelle gourde celle -là, si elle croit que c'est en s'enfilant des bandages autour de ses chevilles pour les compresser à mort, qu'elle les aura plus fines....

ouf, même pas cap' d' enfiler le talon !

 

A moi maintenant ! La souillon passera après, nom de non, j'avais pourtant bien trempé mes pieds toute la matinée dans de l'eau glacée, pourquoi, cela ne veut-il pas rentrer ? Trop large et long, qu'il dit l'empoté qu'il est, il sait pas s'y prendre voilà tout !

 

Et puis, la garce elle y va, elle va oser montrer des pieds, ils doivent puer et je te raconte même pas la noirceur de ses orteils...tiens, non, on dirait qu'elle les a lavés pour une fois ! Ils sont tout roses et frais.

- Pétard, Pétard de merdouille, elle y arrive, elle l'enfile et..... bien même !

Et quoi, voilà qu'elle sort......... de sa poche...... quoi... un, une...quoi l'autre...l'autre pantoufle et qu'elle la met ! Mon Dieu, mon Dieu, c'en ait fini pour nous !

 

Et Mère qui blêmit, qui s'étrangle, et l' beau père qui exulte de joie fait préparer le plus beau de ses attelages ! Et le voilà qui nous convie tous à suivre le chambellan jusqu'à la cour pour retrouver le prince !!!

 

Et, pour finir, Marie Solène, puisque c'est son vrai prénom qui nous prend dans ses bras :

 

- Mes chères sœurs, je suis la plus heureuse des demoiselles du royaume et vous promets à vous aussi de beaux et grands mariages !

 

Je reste interdite et, dans mon pauv' cœur nécrosé, chaviré par tant de bonté, je sens quelque chose de vrai et de chaud se passer........je ne saurais pas encore l'expliquer, j'ai juste plus envie de lui faire la moindre vacherie ! Et si c'était cela la vraie vie ?

 

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