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Des étendues planes à perte de vue. Des camaïeux de verts à n’en plus finir, tachetés çà et là du jaune flamboyant d’un champ de colza. Le train qui engloutit si vite les kilomètres que l’œil un peu paresseux ne trace plus que des lignes monochromes. Ce chemin, je l’ai fait des centaines de fois. Mais ce mardi, je n’ai pas réservé de billet retour. Il y a deux semaines, j’ai dû prononcer deux mots bien lourds pour la première fois de ma vie. Je démissionne. On dit souvent qu’il ne faut pas le prendre à cœur, que ce n’est qu’un travail. Alors pourquoi ces mots résonnent-ils comme une rupture ?

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Je foule les marches du perron avec un dernier regard jeté sur cette petite rue résidentielle. Qu’est ce que j’ai pu la contempler cette vue ! C’est un havre de paix fleuri dans un coin de Londres pourtant si frénétique. J’ai passé des heures à rêvasser, les yeux perdus dans les branches du figuier. Sans compter cette habitude d’observer les voisins ! Quitte à n’avoir ni télé, ni volet, autant en profiter. Les années ont défilé, le voisinage s’est quelque peu modifié. Qui sait si un jour je remettrais les pieds dans ce cul-de-sac qui a abrité sans juger rêveries, ambitions, déceptions, fous rires et toutes sortes d’émotions.

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Sept ans. L’amour dure sept ans dixit un écrivain. Ce que je ne savais pas, c’était que cette formule résonnerait si justement. Ce n’est pas moi qui ne l’aime plus. Cela fait quelques années que la hache de guerre avait été déterré. Un beau matin où il aurait mieux fallu se recoucher. On avait fermé les yeux, continué comme si de rien n’était. Pendant des années la rupture, maintes fois repoussée, apparaissait de moins en moins comme une fatalité. Et puis la réalité est venue me rattraper, sous la forme de l’économie de marché. Une annonce comme un couperet. Finalement, la politique aura eu raison des financiers. Le marché anglais n’étant plus si attirant, il faut lui préférer le marché chinois et américain, avec des licenciements à la clef. Peu importe au fond. Il est temps de faire ses valises avant que le divorce ne soit consommé.

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Les falaises de craie se dessinent devant mes yeux, insensibles face à une mer placide. Ce ne sera pas un départ tumultueux. L’horizon de nacre commence à s’éloigner sous mes yeux. Dans quelques heures, des falaises jumelles feront leur apparition de l’autre côté du bateau. Comme la promesse d’un avenir aux contours aujourd’hui si flous et pourtant si familiers.

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Les lumières s’éteignent soudainement. Apparaissent au loin de faibles lueurs vacillantes. Trente lueurs pour être précise. Des visages se rapprochent. Dans leurs sourires, je lis le moment présent et dans leurs yeux, je lis le temps qui passe. Je prends une grande inspiration, ferme les yeux, et en un souffle je ferme sans état d’âme ce chapitre au goût d’inachevé.

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