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C’est le coup de feu au départ qui l’a réveillé. Avant, il dormait, avant, il n’y avait pas d’avant. Tout n’était que Noir, Nuit et Néant. Il n’y a que maintenant. Maintenant la course est partie. Elles et ils sont des centaines, des milliers peut-être, les coureurs et les coureuses… Il ne sait pas trop, il ne voit pas trop. Tout n’est qu’une masse floue, floue et informe de participants comme lui, tous réveillés, tous motivés par le même but, le même objectif. Un seul pourra franchir la ligne d’arrivée. Le but n’est pas la course, mais la victoire. Et la victoire sera sienne. Il est le meilleur, il s’est réveillé pour gagner. Il le sait, c’est inscrit dans ses gènes. Déjà il distance les autres, et la masse informe, petit à petit, s’efface derrière lui.

« Alors, ça se passe ? Sacrée course, hein ? »

Elle est là, juste à côté de lui. Une coureuse. Comment a-t-elle fait ? Comment peut-elle être aussi rapide que lui ? Il est le vainqueur, il le sait déjà, il ne peut pas… perdre !?

Sans lui donner de réponse, le coureur accélère.

« Hé ! Attends-moi ! », crie-t-elle. Mais le coureur est parti.

Les murs sont sombres et lointains, le ciel, sans étoiles. Il n’y a pas de forêts, pas d’arbres, pas de décor. Tout ici n’est que course, dans sa forme la plus pure, vitale et originelle.

Le peloton n’est plus là. Comme prévu, il est seul devant, seul en tête. Comme prévu, il est le vainqueur.

« Hé ben, tu cours drôlement vite ! », retentit à nouveau la voix. « Mais pourquoi es-tu si pressé ? On a déjà une bonne longueur d’avance, non ? Autant profiter du paysa… Hé ! Attends ! »

Encore elle ! Non, ce n’est pas possible ! Il l’avait pourtant distancée, il… Sans réfléchir davantage, le coureur accélère, accélère, et accélère encore dans cette nuit primale, immaculée et sans fondements.

Le vent hurle à ses oreilles, le sol défile sous ses yeux. Et la coureuse disparaît, petit point dans le lointain. Le coureur est à nouveau seul. Et devant lui, comme un soleil, il voit se lever la ligne d’arrivée.

Elle est si belle, si ronde et si parfaite ! Si… lumineuse ! C’est un astre éclatant, une matrice originelle. Et il va bientôt s’y plonger, s’y jeter. La ligne arrive, la ligne est proche, la ligne est là. Le coureur est seul. Il a gagné.

« Pfiou ! Hé bien ! On dirait que toi et moi on est… Comment on appelle ça déjà ? Ex-aequo ? »

La coureuse, encore, juste là, à ses côtés, au même niveau que lui. Elle sourit, ses yeux s’écarquillent, tous deux franchissent la ligne d’arrivée. Et un grand calme les envahit.

« Félicitations, madame ! », dira le sage-femme quelques mois plus tard. « Ce sont des jumeaux ! »

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Bherte · il y a
oh c'est adorable !
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Tanguy Mandias · il y a
Merci Berthe :-)
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Maour · il y a
Une belle métaphore que j’ai pu apprécier dans le train et en version papier :)
Si vous avez deux minutes pour mes Schnouilleurs en compétition ^^
À bientôt !

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Fred · il y a
les duellistes.... joli texte
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Tanguy Mandias · il y a
Merci Fred :)
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Aëlle · il y a
Superbe chute ! Bravo !
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Tanguy Mandias · il y a
Une nouvelle fois merci Aëlle :D
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