hiver en Isère

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Les grands arbres défilaient devant moi à vive allure. J'étais seul au volant de ma voiture. La neige tombait à gros flocons à l'infini du ciel assombri par la nuit et s'écrasaient contre mon parebrise. Cela me donnait une sensation de plénitude extrême, me procurait un plaisir visuel sans égal.

C'était un samedi au sortir d'une soirée entre amis. Je rentrais seul sur Grenoble encore un peu étourdi par les vapeurs d’alcool et les cigarettes fumées. L'enfer s'était abattu là où on l'attendait pas. Un enfer blanc comme disent les médias. Un paradis, aurais-je dit, si"l'homme moderne"que je suis n'était point affaibli par trop de "modernité". Pas de doute, il est vrai que de ma voiture, l'enfer était dehors tout autour de moi. Une envie irrésistible d'aller en contact avec cette neige m'a poussé à abandonner mon véhicule pour aller me fondre en béatitude dans ce déluge de poudre blanche.

Le vent et la neige , voilà ce qui fait me sentir vivre.

J'aime la neige, j'aime le vent et j'aime les femmes.Le vent d'Isère , le vent d'hiver. L'Isère , c'est la Suisse française avec ses montagnes , ses vallées et ses loups.Le  Vercors et ses mystères.Ici le silence de la neige a remplacé le silence de la mer.Les les héros du Vercors ont leur âme qui plane par dessus les massifs épais.Ils sont toujours là.La mort du nazisme a fait place au romantisme .Senancourt n'est pas loin, il veille .
l'Isère sans les loups n'est pas l'Isère.Ils se font massacrer .Le ministre se soucie de la faune planétaire et se contrefiche des loups français .Les loups sont la marque de l'identité de l'Isère depuis leurs extinction au XVIII siècle.Pourtant , il sont la marque indélébile de notre culture faunistique française. Cependant , ils se font massacrer sur ordre d'un imbécile .L'homme est un ignorant face à la Nature et ses droits.

Mon véhicule immobilisé, ayant pris le risque de m'aventurer dans l'océan poudré, je pris d'assaut cet enfer tant redouté, un enfer qui se muait en un paradis. Un paradis du silence. On se sent sourd. Le craquement de mes pas dans la neige et le bruit des flocons s'écrasant au sol me parvenaient à l'oreille, comme par miracle. Le seul sens qui me lie à l'univers. C'est alors qu'un bienfait me saisit. Une paix sereine me submerge comme une grâce divine, me baigne le corps tout entier. Tout s'arrête. Un lavement de l'esprit. Le temps s'arrête. Le bruit du monde s'arrête. La fureur des hommes disparaît. Un silence sépulcral me pèse et me pénètre.J'aimerais rester là, au milieu de ce nulle part infini pour l'éternité. Cet infini dont l'espace se réduit à quelques mètres. Il n'y a que moi et cette neige jusqu'à la fin des temps. Je suis perdu dans cette campagne qui elle-même est noyée dans cet océan poudreux et ne faisait qu'un avec l'univers. J'embrassais l'univers des yeux pour m'en imprégner au maximum, pour en sentir la profondeur et en découvrir le mystère peut-être.

J'étais bien.

Alors que je décidai de rejoindre ma voiture, une angoisse soudaine me prit. L'angoisse d'un piège dans lequel je venais de tomber: j'étais enlisé en isère. Impossible de bouger mon véhicule. J'entrepris plusieurs tentatives pour me dégager, mais en vain, toutes se soldaient par un échec. J'étais condamné à passer la nuit dans ma voiture. Une nuit de cauchemar peut-être m'attendait. J'étais seul, coincé au milieu de la nuit, sans le moindre repère. Je m'enfermai dans mon véhicule en adaptant mon habitacle aux exigences du moment, devenu l'espace d'une nuit, un hôtel au confort rudimentaire, certes , mais chauffé. Pour combien de temps? Cette neige qui était une amie était devenue une ennemie potentiellement dangereuse. Condamné à une solitude macabre. Demain ,peut être, je serai mort sous un linceul pour l'éternité comme un vieux mammouth sibérien. Seul avec la nuit et ciel étoilé pour toute couverture. J'étais condamné au silence éternel.

Les cris de corneilles m'avaient en quelque sorte ramené à la vie dès les premières lueurs du jour. Il avait neigé toute la nuit. Le paysage frappait par sa pureté soudaine et glaciale. Un paysage devenu clair, limpide, recouvert d'une neige immaculée.

Le spectacle était éblouissant. Le ciel était bleu, d’un bleu pur et sans nuage. La neige avait purifié, nettoyé les choses pour leur donner l'aspect des premiers jours. Il me semblait être le premier témoin à découvrir, aux premières heures du matin, ce paysage que la nuit avait transfiguré et magnifié, que la neige avait expurgé la nature des saletés humaines.

Pas un seul arbre à l’horizon.

Un froid sec et glacial me piquait le corps. Le silence du jour succédait à celui de la nuit. Cette clarté nouvelle avait chassé en moi l'angoisse de la veille. J'entendais les croassements d’une nuée de corneilles la-bas, au loin, au milieu d’un champ. Sans doute affamées, elles creusaient à l'aide leur bec puissant dans la neige gelée, à la recherche de quelques vers de terre providentiels. C’est une galère de chaque instant pour ces oiseaux des campagnes à l’allure ingrate qui doivent se débrouiller dans le froid glacial pour trouver leur subsistance et parfois subir sans broncher les caprices de la nature. J'aime écouter le cri de la corneille. Une complainte dont chaque intonation me fait du bien à l'âme, comme l'effet d'une caresse. C’est alors que le souvenir d’un sac de pain perdu qui trainait dans le coffre de ma voiture me revint en mémoire.

Au loin, à l’horizon, une maison de fermiers laissait échapper un panache de fumée. Je rêve d'un petit coin de cheminée comme d'un coin de paradis. Quel bonheur de sentir l ‘odeur de bois brûlé, le plaisir à écouter crépiter un feu, le contentement du corps à sentir la chaleur me pénétrer. Un plaisir gratuit.

En attendant, place à la contemplation. La beauté de cette nature maquillée telle une femme par la grâce providentielle, embellie par la magie de l’hiver.

Je pris le pain perdu que je distribuai à ces diables de corneilles dont peut être la survie de l’espèce dépendait de moi. Une manière aussi de remercier cette nature de m’avoir offert un spectacle sans qu’il m’en coûte.

Une corneille passa en poussant un croassement qui se perdit dans l’espace, sans doute pour me remercier de ma sollicitude.

J'aime les loups de l'Isère .Malheur à ceux qui leur porte atteinte.

Adrien de saint Alban

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Anne-Marie Menras · il y a
Très belle histoire sur les loups de l'Isère, les corneilles, la neige, le silence du jour et de la nuit. Mes 3 voix. Je vous invite à lire ma randonnée en Oisans, en lice dans ce concours Short Paysages sans loup, mais avec des moutons et un berger, Lac de la Muzelle https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lac-de-la-muzelle
J'espère qu'elle vous plaira !!!

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Abi Allano · il y a
J'aime bien votre récit et j'adore les loups. Merci.
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Kiki · il y a
mes3 voix pour cette défense du loup. Je suis d'accord avec vous. Je suis de cette belle montagne et j'aperçois les loups et même si petite j'en avais peur ils sont devenus mes amis.
Je vous invite à l'occasion à aller lire le poème sur les cuves de Sassenage MERCI d'avance

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Maggy DM · il y a
C bien écrit. J'ame bien. Merci pour ce partage. Mon soutien
Si vous souhaitez traverser mes lignes... bonne fin de journée

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Keith Simmonds · il y a
Un joli texte bien conçu, Adrien ! Mes votes ! Une invitation à découvrir mon “Isère en Mouvement” qui est également en compétition ! Merci d’avance !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/isere-en-mouvement

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Adrien de saint Alban · il y a
Je voudrais savoir si l'on peut corriger encore certaines maladresses
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Anne-Marie Menras · il y a
Oui, vous écrivez à contact, vous signalez de quel prix il s'agit, et vous demandez vos corrections. Envoyez le nouveau texte, précisez s'il s'agit d'un paragraphe à changer, ou d'une faute à corriger, et à quel endroit dans le texte.
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Topscher Nelly · il y a
J'aime vos loups ! Mes voix
Mon "comprendre" vous plaira peut-être

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Adrien de saint Alban · il y a
Merci infiniment.
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Jean-Baptiste van Dyck · il y a
Des mots sublimes ! Bravo, Adiren voici mes 5 voix ! Je vous invite à soutenir mon texte «  You Hanoï Me Part 2 » en lice pour la finale poésie !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/you-hanoi-me-part-2

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Alain d'Issy · il y a
Les corneilles, les loups et cette nuit qui défile comme un film - j'aime