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Les cinq filles de monsieur Barbérini

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A Marseille, dans les années 40, le quartier de la Belle de mai n’était pas entièrement urbanisé. Il y avait au milieu des immeubles, des champs de trèfle, des jardins potagers et surtout d’anciennes demeures encore entourées d’une partie de leurs parcs. Parmi elles, une maison de maître de belle prestance avait été divisée en appartements. Devant une lourde porte de chêne deux beaux cèdres du Liban témoignaient encore de sa splendeur passée. Mais c’était tout ce qui restait du parc.

Au rez-de-chaussée, d’un côté habitait une femme à l’allure décidée, habillée de couleurs criardes, elle avait le verbe haut et nul ne pouvait ignorer la virulence de son accent marseillais. Son mari, un peu freluquet, ne semblait pas savoir faire grand-chose de ses dix doigts.
En face, habitait celui qu’elle appelait « le cul-de-jatte ». Il avait en effet perdu une jambe, peut-être à la guerre. Personne ne savait grand-chose de lui car les habitants de cette maison ne se fréquentaient guère. Une certaine animosité régnait même entre eux. C’est ainsi que la première allait arroser tous les matins les jeunes pousses de haricots verts de son voisin à l’aide de quelques gouttes d’acide chlorhydrique pour être sûre qu’elles ne survivraient pas à son traitement.
Une famille dont les grands-parents avaient échappé de justesse au génocide arménien habitait en toute discrétion au second étage de la maison. Le père était horloger et travaillait comme artisan dans une petite boutique du cours Belsunce. A ce même étage, une autre famille de quatre personnes séjournait, les parents et deux enfants arrivés à l’âge adulte. Ils étaient craints de tout le voisinage car ils faisaient partie de la milice. Ils étaient toujours coiffés de leurs sombres bérets noirs. Chacun avait peur d’être dénoncé par eux à la Gestapo pour la moindre parole de critique ou de révolte vis-à-vis du maréchal et de l’occupant. Il n’était donc pas question d’écouter « Ici Londres », car les murs avaient des oreilles.

Tout à côté de cette grande maison, ce qui avait été peut-être une grange ou une écurie avait été aménagé. La famille Barbérini y était logée. Les parents, à leur grand désespoir, n’avaient pas eu de garçon pour transmettre le nom de la famille, disaient-ils, mais ils avaient par contre cinq filles. Ils vivaient dans la hantise de ce qui pourrait leur arriver. Les aînées en effet étaient adolescences et commençaient à s’intéresser de très près aux garçons. Ce sont elles qui ont donc commencé à tisser des liens entre chacune de ces cinq familles.
Camille avait choisit Albert Altoussian, le jeune fils de la famille arménienne. Léontine, le fils de la poissonnière, et Catherine le fils du cul-de-jatte, enfin il y en a même une, Sabine qui se dévoua pour séduire un des jeunes miliciens. Elle fit si bien qu’il entra en 1943, dans la résistance. Ainsi ces cinq familles, grâce à ces cinq Juliette qui trouvèrent chacune leur Roméo, rejouèrent le drame des Montague et des Capulet. Ils se réconcilièrent, mais au moins, pour cette fois, il n’y eut pas de morts, bien au contraire beaucoup de petits Montague et de petits Capulet vinrent au monde, mais hélas, toujours pas de petits Barbérini !

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