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Les chroniques des ombres; prologue

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zCreation

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Prologue

Ce qu’elle vivait à cet instant, rien n’aurait pu l’y préparer. Pourtant la douleur ne lui était pas étrangère. Combien de fois les hommes en blanc l’avaient-ils frappée, tailladée, électrocutée ou brûlée?

La sensation de milliards d’épines chauffées à blanc lui transperçant les entrailles. Comme se faire déchiqueter de l’intérieur, elle sentait sa cervelle se faire dévorer par des milliers d’insectes. Son corps convulsait. Alors que ces sifflements perçants lui vrillaient les tympans.

Sa torture prit fin, aussi subitement qu’elle avait débutée. Elle prit une profonde inspiration, ses muscles se détendirent. Quelque chose avait changé. Elle voyait. Elle voyait tout. Elle voyait les scientifiques s’agiter dans la pièce adjacente. Elle voyait les flux électriques traverser les câbles enfouis sous le sol. Elle voyait même les battements de son propre cœur.

Il était là, comme un présence familière, apaisante.
Un rictus dément étira ses lèvres.
Elle lui faisait confiance.
*
Ils étaient sept, alignés côte à côte. Fermement sanglés à des plaques de fer. Des dizaines de tube de caoutchouc hérissaient leurs corps, leur administrant régulièrement un puissant sédatif.

A première vue, ils semblaient humains. Ils l’avaient sans doute été par le passé.

On les appelait les ombres. Un nom ridicule selon Roy.
Que savait ont d’eux? Pas grand chose. Ils étaient des êtres invisibles, constitués de flux énergétiques d’origine inconnu. Des créatures parasites, s’attaquant aux humains pour prendre possession de leur corps. Pour la victime cela signifiait la mort. Il ne restait plus d’elle que l’enveloppe charnel qui leur avait été arrachée.


- Monsieur!
Il fit volte-face pour tomber nez à nez avec un homme en blouse blanche dans tous ses états.
- Oui, docteur?
- C’est le sujet X monsieur... Je...Je crois qu’elle fait une attaque.
Il le congédia, décidé a allez voir son cobaye par lui même.

Le sujet X était unique, attaqué par un ombre alors qu’elle n’était encore qu’un fœtus dans le ventre de sa mère. Si le ombre semblait avoir échoué à la posséder, il était toujours là, en elle, dormant. Et Roy en était persuadé, elle était la clef.

Soudain toutes les ampoules claquèrent, plongeant le complexe dans l’obscurité , les alarmes retentirent, suivies par l’éclairage de secours.

“Brèche dans la cellule de confinement 105”

La voie mécanique se mit à scander son texte sans relâche.

“Brèche dans la cellule de confinement 105”

Un murmure de panique se propagea dans l’assemblée. En une minute, tout le personnel se ruait vers les différentes sorties de secours.

La cellule 105; celle du sujet X. Il jeta un regard désespéré à la foule jusqu’à ce que ses yeux se posent sur le chef de la sécurité.

- Theo!
-Oui monsieur?
-Le sujet X est notre bien le plus précieux. Récupérez la vivante.
Une lueur mauvaise passa dans le regard du garde.
-C’est un ordre! insista t il
Il soupira.
-Utilisation d’armes non-létales uniquement!

Tous s’armèrent d’un lourd pistolet à seringue.

-Donnez-moi une arme.
-Sauf votre respect monsieur...
-Je ne vous donne pas le choix, soldat.

Il ne fallut pas longtemps pour qu’on lui remette un lanceur de seringues.

*
Allégresse.
Les deux paires de lames sombres saillant de ses avant bras, dégoulinaient de sang. Elle jeta un regard inquisiteur à son œuvre: aucun de ces hommes ne lui ferait plus de mal. Jamais.

Elle se figea soudain alors qu’une escouade pénétrait dans son champs d’acuité.
Elle gronda, à la fois agacée et enchantée... Elle voulait du sang.

*

A ses coté, une trentaines d’homme sur-entraînés à combattre les ombres, sillonnaient les longs corridors, que la lugubre lumière pâle des luminaires de secours peinait à éclairer.

Un homme les attendait là, au détour d’un croisement. Les yeux exorbités, dans une expression figée de surprise. Un mince filet sombre s’échappant du coin de sa lèvre, une terrible balafre en travers de l’abdomen. Il ne respirait plus.

Roy posa un genoux à terre pour observer la blessure de plus près. Des tissus nécrosés noircis cerclaient l’entaille. Un indice si caractéristique des attaques de ombre. Pourtant la blessure était trop propre, trop nette. Les ombres ne prenait jamais la peine de cibler précisément leurs attaques, préférant la destruction de masse, aux frappes chirurgicales.
-On continue, ordonna le commandant.

Ils lui emboîtèrent le pas tous aux aguets.

Il pénétrèrent dans la salle de contrôle. Tous avaient déjà confronté la mort. Pourtant deux d’entre eux rendirent leur tripes à la vue du massacre. Les murs aspergés de sang. Des dizaines de corps jonchaient le sol, décapités, éventrés, egorgés; leurs boyaux parfois étalés sur des mètres autour d’eux.

Les mains de Roy commencèrent à trembler, de grosses goûtes de sueur s’accumulèrent sur son front.

Un grondement sourd résonna dans la salle, semant un vent de panique chez les soldats.
-En formation, cracha leur chef.

Ils formèrent un cercle défensif.
Un nouveau grondement, suivit d’un sifflement strident.
La terreur était palpable. Ils n’étaient pas préparés à cela. Normalement les ombres ne perdaient pas de temps à intimider leurs adversaires, ils l’annihilaient simplement dès qu’ils le voyaient.

Le sifflement d’une lame, un bruit de déchirure nette, un gargouillis d’agonie. Le soldat à sa droite rendaient l’âme, quatre pointes de métal noir jaillissant de son thorax.

Roy fit volte face. Elle était là, maculée de sang, deux lames jumelles soudées à chacun de ses avant-bras, un sourire sadique sur les lèvres.
Il pressa la gâchette, et resta bouche-bée en s’apercevant que la gamine venait de disparaître, ne laissant derrière elle qu’un ectoplasme de brume sombre qui se dissipat lentement.
Il était toujours bouche-bée alors que déjà lui parvenait un hurlement de douleur.

Un bras tranché. La créature pivota gracieusement, la pointe de métal caressa sa jugulaire. Alors que l’arc vermeille précédant la trajectoire de sa lame allait s’écraser contre le mur, l’adolescente se désintégra de nouveau, ne laissant derrière elle qu’un instantané vaporeux de sa silhouette élancée.

Trois secondes. Trois morts. La formation se disloquait, le ombre fauchait tout ce qui passait à sa portée. Les soldats avaient abandonné les pistolet a seringue et tiraient à l’aveugle au fusil d’assaut.

La créature semblait intouchable. Lancée dans un ballet mortel, si vive qu’elle en devenait floue, elle apparaissait dans une chape de ténèbre frappait, puis disparaissait si rapidement, qu’une dizaine de silhouettes obscures flottaient au-dessus de soldats expirant.
*
Le sentiment de puissance était dérisoire face à celui de conscience absolue. Rien ne lui échappait, ni cet homme éventré qui hurlait de douleur, ni ce dernier qui pointait un canon dans son dos. Il pressa la gâchette. La pointe de métal ne rencontra aucun résistance, traversa un fantôme nébuleux pour aller s’écraser contre la cloison.
Surgissant de l’obscurité, elle lança une attaque foudroyante, sectionna le jarret du tireur qui s’effondra à genoux. Virevolta, lacérant un thorax. Se volatilisa, effleura une carotide. Une rafale de projectiles faucha aveuglement les ténèbres.
Mais elle était déjà dans son dos, un sourire aux lèvres. Ses lames ensanglantées prête à assouvir leur insatiable soif de sang.
*

Roy courait à en perdre le souffle. Voila un moment que les coup de feux avaient cessés.

Il atteignit la sortie du complexe, déboucha sur le paysage désolé et sablonneux. Plusieurs jeeps étaient garées. Il était sauvé.

Une ombre spectrale dansa devant lui. La paume de la gamine le frappa en pleine poitrine. Il s’écroula sur le dos, le souffle coupé.

Le monstre se pencha sur lui. Une gamine de quatorze ans au visage fin et doux bien que maculé de liquide écarlate, cheveux sombre, yeux bleus saphir. Elle aurait pu être jolie si son regard n’avait pas brillé d’un éclat aussi bestial.
Elle lui adressa un large sourire, dévoilant ses canines. Il n’eut que le temps de hurler de terreur lorsqu’elles fondirent sur sa gorge.

PRIX

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Wall-E · il y a
Une histoire haletante menée de main de maître, bravo !
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Odile Duchamp Labbé · il y a
Superbe histoire, bien menée.
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Diamantina Richard · il y a
Désolée de ma sincérité surtout au vu des commentaires élogieux que je lis ici. Ok votre histoire est super mais il y a tellement de coquilles que j'ai du mal à dire bravo... Mais bon, bien amicalement quand même
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Frédéric Chaix · il y a
Un coté Alien bien sympa, gore comme j'aime, bref que du bon. Et on attend donc la suite, le ombre devrait encore faire pas mal de dégât...
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Jfjs · il y a
Brrr qu'elles restent loin (mais alors très loin) ces ombres. Une approche du sujet bien amenée. Par contre, pas mal de coquilles dans le texte (une vengeance des ombres ?)...
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Reveuse · il y a
Quelle histoire !!elle est plutôt terrifiante !ça tient du film d'horreur et en même temps c'est une atmosphère de science fiction. En tout cas cela atteint son but. Vous avez mes votes et si le cœur vous en dit vous pouvez aller lire mon texte L'ombre de Baptiste. Bonne chance
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Lélie de Lancey · il y a
Dès les premières lignes, j'ai été plongée dans l'horreur de la douleur subie ... Et puis la suite s'enchaîne, rythmée jusqu'à l'horrible fin de Roy... Bien joué.
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Polotol · il y a
La poésie à l'état pur. A+
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Ginette Vijaya · il y a
Une vision de l'horreur ! C'est un texte vampirique ? La cadence est insoutenable . On est promptement embarqué à se défendre contre ce ballet d'ombres !
Une invitation à découvrir " la fontaine aux bulles" en lice également . Merci beaucoup .

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