Les bagues

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Envolez-vous dans un ciel de montagne Allez jusqu’à l’Aigle Empruntez-lui une plume Et un peu d’encre à son bec Ecrivez des histoires d’eau, d’oiseaux, de soleil et de neige, Donnez  [+]

Image de Printemps 2016

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Vous êtes là. Vous êtes toutes là, sagement blotties dans vos écrins dont les parois brûlent depuis longtemps sous l’assaut de vos feux. Béryl, améthyste, perle, grenat, cristal... Ma jeunesse était avide de vos luxueux chatoiements que j'aimais enrouler autour de mes doigts fins.

Les années ont passé. J’ai rangé mes bagues pour mieux laver, brosser, câliner, cuisiner. Les reflets précieux n’étaient plus à mes doigts mais dans vos yeux, enfants, vos yeux brillants de rires émeraude et de larmes d’argent ; et lorsque, le soir, je vous installais dans vos écrins de plumes et de laine, vous continuiez à rutiler dans mon cœur malgré le voile des paupières abaissées.

Mais l’on s’use à laver, brosser, câliner. Un jour se lève où tout reste gris, malgré le vent qui chasse les nuages, malgré le soleil de printemps qui fait scintiller la brume légère. Les enfants, atteints d’adolescence aiguë, fument, fuguent, fulminent, fuient, fustigent sans pitié, sans le vouloir, nos espoirs si profonds, si fragiles. Et l’on reste là, réduite au silence, l’âme flottante et grise, les mains ballantes et ternes.

Alors, on rouvre les écrins. Timidement, on enfile les cercles d’or et d’argent incrustés de pierres fines. Miracle ! Ils épousent parfaitement les doigts et retrouvent leur maître sans rébellion, sans effort. Bien sûr, la peau est un peu rêche et, sous son grain un peu plus épais, l’aigue-marine semble avoir laissé quelques traînées bleutées... Et bientôt le souvenir, bombardé de chauds éclats, distille les joies, les peines, depuis longtemps engourdies sous l’aile des gemmes remisées.

Je n’enterrerai plus mes bagues dans leurs boîtes aux rondeurs satinées. Enfants, en attendant que votre cœur brille à nouveau au rythme du mien, j’en rallumerai mes doigts et peut-être que l’une d’entre vous me dira, étonnée : « Maman, tu aimes les bagues, toi ? » Alors, je rirai et nous pourrons recommencer à parler.

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