Léonor

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J'aime que les mots chantent pour faire danser nos âmes; si en plus ils racontent ...C'est ce que j'attends de mes lectures et que je tente d'écrire. J'ai le temps de la retraite pour y parveni  [+]

Image de 2017
Tout pourrait avoir commencé ce soir où Maud Degaindé proféra cette malédiction contre Léonor. Mais au fond tout commença lorsque les parents de Léonor furent assassinés sous ses yeux et que la fillette fut confiée à sa seule famille , madame Degaindé , demie soeur du papa de la petite orpheline.
Léonor, jeune soleil brillait par sa gaieté insolente et son goût pour les mauvaises plaisanteries.
-voyons, Leonor, voulez vous cesser de ricaner à longueur de temps, aboyait Maud Degaindé.
-ma tante c'est si drôle , votre façon de claudiquer...et ce mouton sur votre tête, enfin ce chignon!
-vos moqueries et votre exubérance permanente , cette propension à vous amuser de tout sont inconvenantes surtout en société, cela doit cesser, vous ridiculisez notre famille hurlait-elle , vous avez gâché ma réception de fiançailles avec Monsieur de Laroche Triste.
Léonor avait gagné en beauté et en irrévérence et sa rigide parente en rigidité ; elle trouvait que sa nièce avait bien de la chance d'être accueillie sous son toit et que sa condition d'orpheline ne justifiait en rien son comportement.C'est ainsi qu' au sortir de son dîner de fiançailles avec monsieur de Laroche Triste , excédée par l'insolence de la jeune fille madame Degaindé fulmina “cette effrontée, n'est plus supportable ; son inconséquence a mis mon futur époux très mal à l'aise et je crains pour mon avenir dans ma nouvelle famille”.
Elle convoqua sa nièce afin de la sermonner.
Léonor , déboula en provocatrice , son impertinence, son rire impudent affligèrent au plus haut point sa tante.
Maudite sois tu , mon souhait le plus cher est que tu disparaisses  ; si je pouvais te réduire en cendres et te disperser au loin, être débarrassée de toi enfin!
Telle fut l' imprécation de madame Degaindé. Au matin, elle ne trouva pas sa nièce dans la maison. On sortit pour la chercher mais la brume avait envahi le jardin et on se contenta de l'appeler en vain.
Léonor, ce concentré de joie de vivre s'était désintégrée pendant la nuit en masse vaporeuse et inconsistante . Le voeu de Maud Degaindé était exaucé. Léonor s'était évaporée, elle était devenue une masse grisâtre, et flottait autour du manoir. La jeune fille prit conscience de son nouvel état et le manipula à loisir. Lorsqu'il fit trop chaud, elle se réfugia dans le bois juste sous la cîme des grands sapins. Le soir puis le matin, elle revint, prit ses aises, s'étira aussi loin qu'elle put sur l'imposante batisse et la campagne environnante.C'est ainsi qu'elle trouva un peu de réconfort à sa condition de mal aimée. Avec le temps cet exercice l'amusa et lui procura beaucoup de joie . Elle constatait avec délectation l'agacement des êtres plongeant dans l'humidité de ce voile léger mais encombrant . Pourtant Louis le jardinier le trouvait beau car romantique.
En retour elle trouvait Louis, et beau et romantique aussi profitait elle sans vergogne de son état diffus pour l'enlacer, le couvrir de mille baisers que sont ces milliers de goutelettes dont elle était faite. Cependant cela ne suffisait pas à apaiser son ressentiment . Pour Léonor les griefs que sa tante avait contre elle étaient si insignifiants qu'ils ne méritaient pas une telle malédiction.La démesure du chatiment appelait des représailles .
A chaque nouvelle pensée de vengeance, Brume , c'est ainsi qu'elle se nomma désormais, devenait plus dense et plus opaque . Profitant de cette capacité, elle se concentra devant l'entrée de la demeure de façon à masquer les marches et provoquer la chute de madame Degaindé alors qu'elle descendait l'escalier du perron. Brume se réjouit de cette dégringolade . Entendre sa tante s'époumoner cul par-dessus-tête la ravit au plus haut point ; mais aussitôt elle se condensa, s'écrasa au sol, lourde et collante au point de ne plus pouvoir bouger. Ce nouvel état inconfortable gata son plaisir . Brume resta là , dépitée de ne pas se sentir mieux après cette revanche . D'autant que Louis était très malheureux.
-cette satanée brume à couper au couteau, pestait -il , pas le moindre petit rayon ne traverse , c'est déprimant. Mes massifs, mes fleurs , jusqu'aux arbres sont devenus invisibles.
Brume amoureuse depuis toujours de ce gentil garçon voulut comme au premier jour l'entourer de fraicheur légère , déposer des baisers moites sur ses joues mais au lieu de cela elle l'empéchait de voir et de respirer tant elle était devenue compacte. Effondrée, elle regardait le chagrin de son bien aimé .
-si seulement je pouvais me retirer sous la cîme des grands sapins afin que Louis profite de la douce lumière pour exercer son talent créateur de beauté ; si à nouveau éthérée, je pouvais me blottir tout contre lui et glisser sur ses joues. Finalement cette punition était presque une bénédiction, s'exclama-t-elle.
Louis déployait toute son énergie pour continuer à choyer ses fleurs dans une quasi obscurité et au lieu de pester , il se félicitait de parvenir à tailler, biner .Il trébuchait, se cognait , se piquait sur les rosiers .Mais il s' accomodait de la situation.
-j'ai la chance de pouvoir encorel'étreindre même si c'est presque à l'étouffer.
A cette pensée , elle se sentit plus légère et le soir venu , elle aperçut la lune . A l'aube, Louis fut ravi de l'or du ciel qui filtrait la couche sombre et Brume gagna en légèreté .

La joie de Louis devant cet or céleste éclaira Brume de rayons de plus en plus rieurs. Et elle se sentait plume de bonheur portée au ciel.
Durant tout ce temps , on avait cherché Léonor dedans comme dehors. Madame Degaindé remise de ses blessures , avait contribué aux recherches ; à la vue de sa tante prise de remords Brume éprouva de la compassion pour celle qui l'avait maudite et réduite à cet état. Elle se promit de mieux se comporter e .Désormais ,elle se retirerait dans la forêt dans la journée , elle s'éloignerait du chateau le plus possible et elle serait une brume légère et romantique afin de faciliter la vie de tous.
C'est ainsi que Brume se dissipa en fin de matinée pour offrir un ciel d'azur à madame Degaindé qui rentrait de sa visite chez le médecin.
-Cette petite est mal élévée mais elle est peut être en danger, je la sermonerai sûrement mais il faut la retrouver. Reprenons nos recherches .
Le grand beau temps revenu on rechercha et on trouva Léonor dans la forêt assise sous un grand chêne.
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