LÉO

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C’est pas de la grande littérature, mais chaque mot a sa place et l’ordre est essentiel. Le rythme aussi. Ils respirent les drames, les vôtres et puis les miens. Ils rompent les solitudes  [+]

Il n’a jamais été jeune Léo. Ni dans sa tête, ni dans son cœur. 70 hivers à traîner ses sabots pleins de colère. Il n’aime rien Léo. Pas même son chien. Il sent le patibulaire, l’être ingrat que rien n’éclaire. Il ne pleut jamais dans les Pouilles, sauf aujourd’hui. Et il râle, dès le réveil, en faisant réchauffer son café. La vache, qui lui sert de chien, bave sur les planches de son parquet. Il prend un vieux quignon de pain et lui balance. Il se souvient même plus pourquoi il a pris un chien. Il a essayé de le perdre une fois. Mais le chien est revenu 3 jours plus tard. Sale, comme un vieux cochon. Alors il l’a gardé, pour tromper l’ennui. La pluie redouble et éclate sur les volets pourris. Il ne les ouvre jamais. Léo ronchonne en allant chercher sa canne. Un bâton de marche plutôt qu’une canne. Avec lequel, à l’occasion, il frappe le cul de son chien. Il enfile une gabardine élimée. Le chien se dresse. Ça fait bien longtemps qu’il a perdu la laisse. La bave du danois coule en longs filets gluants sur le tapis. Il prend les clés, pendues à un clou et sort. Le chien sur ses talons.

Ce n’est pas la ville ici. Y’a pas grand-chose d’autres que des oliviers. Tous biscornus. Des plantes toutes sèches et des cailloux. Y’a moins de dix maisons dans le hameau. Dont deux en ruines. Il connaît tout le monde Léo mais dit jamais bonjour à personne. Pourquoi faire ? Il ne parle même pas à son chien. Il passe à côté de la ferme des Manganelli. Fabio le salue d’un geste de la main. Jamais fatigué le gros Fabio. Pousser des brouettes d’olives du soir au matin, ça ne l’a pas fait maigrir ! Léo n’aime pas l’huile d’olive des Manganelli. Elle sent le ranci. Il pousse sur son bâton pour monter le chemin d’Andrano. Arrivé en haut, il fait une pause. Il est plus si jeune. Le chien a disparu. Si seulement ! Mais il entend aboyer au loin, derrière le pic de Vista Gargano. Puis, comme un écho, un autre aboiement. C’est pas son chien. La pluie a cessé mais la terre trop aride ne l’absorbe pas. Ça fait des flaques aussi grosses que des lacs et Léo est obligé de patauger. Il a le pantalon tout crotté. Il voit son chien, un chien aussi gros qu’une vache ça se voit de loin. Et à côté une petite bête ridicule. Une boule de poils souillée qui couine plus qu’elle n'aboie.

Il s’avance en serrant plus fort sa canne. Il s’apprête à en jouer sur les flancs de la petite bête pour la faire déguerpir. Son bâton se fige, il entend une voix. « Aiuto, Aiuto, Aiutami ! ». Assise contre un tronc d’olivier mort, une femme, toute petite, le supplie. La main sur sa cheville gonflée et lacérée. Léo s’approche...

Elle a plus 20 ans Gabriela et elle parle pour deux. Elle chante aussi. Elle ouvre les volets pourris et nettoie les tapis. Elle fait du café frais et en verse dans la tasse de Léo chaque matin. Elle aime l’huile d’olive des Manganelli, elle en met partout. Elle boite encore mais Léo lui a trouvé une canne. Il a deux chiens maintenant Léo. Dont un ridicule. Et une femme, toute petite, qui lui tient la main.
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