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L'envol

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Jules Côte

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C’était petit et sombre mais j’y avais grandi. Cet espace aux murs fins m’avait nourri. Mais j’étais désormais trop à l’écart, il me fallait sortir de cette pièce qui petit à petit prenait l’apparence d’une prison qui allait me tuer.
Il me fallait briser les parois. J’étais sûr d’y arriver, alors je commençai à taper. Je tapais encore et encore. Griffais quand je n’avais plus de force. Les murs commencèrent à se fissurer. Je pouvais sentir l’odeur de la liberté, d’une nouvelle vie.
Une fissure grandit jusqu’à devenir une brèche. Je m’apprêtais à respirer le grand air lorsque la terre vint remplir ma prison. J’allais m’étouffer enseveli. Je pris une grande inspiration et sortis en creusant. Je ne savais pas où était le ciel mais il me fallait continuer à creuser pour survivre. Mon instinct me guidait.
L’air vint caresser mon visage, je pouvais enfin respirer. Mais la lumière m’éblouit. Après avoir été enfermé si longtemps, je ne m’attendais pas à une telle lueur. Je plissai les yeux en essayant de m’orienter. Où étais-je ?
La réalité vint me frapper cruellement. Mes camarades, mes frères et sœurs couraient et s’enfuyaient pour essayer de sauver leur vie. Nous étions au bord de l’eau, certainement l’océan au vu des vagues. Derrière moi il y avait la forêt. Trop loin pour être atteinte sans encombre. Les assaillants n’avaient pas l’air de s’aventurer dans l’eau. Je savais bien nager, j’avais une chance de m’en sortir. Alors il me fallait courir de toutes mes forces. Enfin ce qu’il en restait.
Après avoir passé tout ce temps enfermé, après avoir brisé les murs et après avoir creusé, je n’avais presque plus d’énergie. Mais je n’avais pas le choix. Je regardai à droite, à gauche, à droite encore. Lorsque les assaillants avec leur longue robe noir ou blanche furent le plus loin possible je me mis à courir.
La plage se vidait petit à petit de mes compagnons. Je les voyais se faire emporter les uns après les autres sans pouvoir rien y faire. Il fallait d’abord que je sauve ma propre vie. Ceux qui en avaient après notre vie étaient eux toujours aussi nombreux, si ce n’était plus.
Encore un effort ! L’eau se rapprochait. La taille des vagues me surprit. Elles étaient démesurées. C’était peut-être pour ça que les assaillants ne s’en approchaient pas. Sans que je m’y attende on m’attrapa et commença à me soulever de terre. Je me débattis aussi férocement que possible et finis par me libérer. Je tombai sur le dos. Je n’arrivais pas à me relever. Après un moment qui me parut interminable, je roulai sur le ventre et me remis à courir.
J’arrivai au bord de l’eau et je plongeai. J’avais mal calculé mon coup. Une vague me frappa de plein fouet et me ramena aussitôt sur le bord de la plage. Je retentai ma chance, mais je n’eus pas plus de succès.
Je m’affalai dans le sable, désorienté. Soudainement, les serres d’un rapace me saisirent par ma carapace. Je ne pouvais plus bouger. Dans un ultime instinct de survie je recroquevillai mes pattes et ma tête de tortue à l’intérieur de ma carapace. Mais je savais que c’en était fini de moi.
L’oiseau prit son envol, m’emmenant avec lui.
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