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L'ennui

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pourquoipas

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"Tu peux aider la team 4 en prenant leurs mandats dans leur boîte de réception."
Quels mandats ? N'y a-t-il que moi qui ai la désagréable impression de répéter la même semaine en boucle depuis si longtemps que je peine à me souvenir de ce que je faisais avant d'en arriver là ? Peu importe, je regarde pour la quatrième fois le même mandat, premier d'une liste composée d'une dizaine de ses semblables, tous aussi incompréhensibles les uns que les autres. N'ayant toujours pas réussi à déchiffrer l'objectif soigneusement crypté de celui-ci, je passe au prochain, me demandant si réellement une fois il va m'arriver de mieux les comprendre après les avoir relus pour la quatrième fois.

"Tu es déjà aller en pause ?"
Peut-on réellement considérer que mes trois clopes de l'après-midi font office de pause ? Je tâche de me convaincre que non et je suis mon collègue car je n'ai rien de mieux à faire à mon sens. Ma cigarette m'arrache un peu plus ma gorge déjà rendue douloureuse par le froid et je me demande pourquoi je n'arrête pas, mais ma volonté, entamée par un ennui profond, me fait une fois de plus défaut. Alors, après quelques minutes de discussions stériles comme l'on peut en avoir avec son collègue plus âgé de près de vingt ans et dont les intérêts semblent n'avoir jamais effleurés les siens, nous rentrons. D'ailleurs j'ai beau l'apprécier, je me demande, à chaque fois que je discute avec lui, comment il est possible d'avoir une conversation divertissante avec quelqu'un qui n'a jamais particulièrement aimé le sport, la fête, les jeux, les voitures, le cinéma, la musique et j'en passe. Tant de sujets que j'ai essayé d'aborder avec lui sans succès... Peut-être suis-je juste trop jeune et bête pour avoir une discussion avec lui, mais, si c'était le cas, il aurait au moins pu essayer de me parler d'un sujet qu'il apprécie, que je puisse faire semblant de partager une passion avec lui. Mais comme cela n'arrive jamais, je me contente de lui poser les mêmes questions banales à propos du travail et de son week-end passé. D'ailleurs même le week-end il ne fait pas l'effort d'effectuer une activité qui m'offrirait un sujet de conversion ! Comme d'habitude il n'a rien fait... Comment suis-je supposé lui parler de "rien" ? Alors pour compenser je lui parle de mon week-end à moi, un sujet qui me passionne.

Le week-end... Parlons-en du week-end. Ma bouffée d'oxygène qui m'évite de justesse d'étouffer après chaque semaine d'ennui mortel. Le moment où enfin je fais ce qu’il me plaît, où je ne suis pas obligé de me gifler pour me maintenir éveillé devant un ordinateur empli de chiffres déprimants.

"En fait, si le week-end c'est une bouffée d'oxygène, les vacances c'est carrément un shoot ! Ça explique sans doute pourquoi je me sens si bien pendant mes vacances. D'ailleurs j'ai toujours adoré ce qui perturbe mes sens." Peut-être un peu trop même...

Mais je m'égare... Sûrement l'euphorie... Je vous vois venir à me dire que je n'ai qu'à occuper mes soirées. J'occupe mes soirées. Je vois des amis, je fais du sport, je regarde des films... Mais rien à faire, l'ennui me rattrape tous les matins à six heures tapantes...

Un mail me ramène brutalement à la réalité, on n'est que mercredi... deux jours avant le week-end, une éternité. Mais grâce à l'ennui, je me découvre parfois de nouvelles passions. Je me suis découvert, par exemple, une véritable passion pour l'écriture. J'écris ce qui me passe par la tête. Seule tâche au tableau, je me demande si j'oserai un jour présenter ce texte sans que l'on se rie de moi. Voilà bien des considérations de jeune con...

Encore quinze minutes avant la libération. Comment est-il physiquement possible pour une minute de durer autant longtemps ? Jamais je ne tiendrai jusqu'au bout. Je ferai comme d'habitude. Je tricherai sur un petit quart d'heure, me convaincant que ce n'est pas si dramatique. Et j'en suis d'ailleurs convaincu. Comment peut-on imposer à quelques de venir pourrir 8h de sa journée à attendre devant un ordinateur sans travail ?

J'ai toujours su que je ne pourrais pas passer ma vie à faire ce genre de travail. Je ne sais pas si c'est de l'ambition ou simplement la peur de n'avoir comme seul répit à l'ennui le week-end, mais toujours est-il que je ne ferai pas cela toute ma vie, j'en suis intimement convaincu. En tout cas, c'est ce qui me permet de garder un semblant de motivation. Je n'ai jamais vraiment compris comment on peut se satisfaire de faire la même tâche ennuyeuse dans le même bureau morne durant toute une vie. A mes yeux, ce n'est pas très différent de regarder le même épisode de l'inspecteur Derrick en boucle tous les jours pendant huit heures.

Bref, j'arrive gentiment au bout de mes divagations. D'ailleurs les quinze minutes sont passées alors n'espérez pas que je reste une minute de plus à trouver une fin correcte à ce texte.
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