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L'enfant-pluie

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Zellena

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Ce lundi, Eliza avait été une enfant-pluie. Elle trottinait en direction de la sortie du centre commercial, le sac chargé de victuailles lorsqu'elle s'arrêta.
Devant les portes automatiques s'amassait une foule d'individus bloquant le passage et, sur le moment, perdue dans le flot de ses pensées, elle n'en comprit pas le pourquoi. Elle s'imagina que quelqu'un avait du faire un malaise ou quelque chose du même ordre, jusqu'à ce qu'elle lève les yeux du sol sur lequel elle avait l'habitude de fixer son regard lorsqu'elle marchait. Elle vit alors qu'à l'extérieur, le soleil avait fait place à une pluie torrentielle. Ce spectacle effaça les cogitations dans lesquelles baignait encore son esprit quelques minutes auparavant. La jeune femme se retint de courir jusqu'à la sortie, pressant néanmoins le pas de façon sans doute imperceptible pour les personnes qui l'entouraient, absorbées dans leurs discussions, commentant le brusque changement de temps.
Eliza jubilait, trépignait d'impatience et d'excitation à l'idée de ressentir la fraîcheur de la pluie envelopper tout son corps. Elle avait hâte de prendre conscience de chacune des gouttes froides qui rouleraient sur sa peau et dévaleraient la pente de sa nuque, s'accrochant au passage à ses lèvres, à ses cheveux comme des perles faites d'un cristal d'une valeur inestimable. Une fois dehors, martelée par la pluie, elle s'efforça de dissimuler le large sourire qui éclairait son visage. Elle était heureuse et marcha sans se presser en direction de l'arrêt du bus qui devait la ramener chez elle. Sur son chemin, elle rencontra des individus presque collés les uns aux autres, tentant tant bien que mal de se protéger de l'averse. Elle sentait leurs regards, peut-être incrédules, se poser sur elle, sur ses bras nus et ses vêtements trempés. Elle passa devant eux sans les voir, trop occupée à se retenir de sauter dans les flaques d'eau comme une espiègle enfant. Eliza se sentait heureuse, vivante. Exceptées les silhouettes amassées dans les recoins les plus abrités, la rue était vide, comme si elle lui appartenait. Dans cet état d'esprit, le pas traînant pour savourer au maximum ces précieux instants, elle atteignit le bus en stationnement et grimpa à l'intérieur. Elle se posta devant une large fenêtre et observa les gouttelettes sur la vitre.
Lorsqu'elle était enfant, elle s'imaginait que les perles d'eau se disputaient une course acharnée, la victoire revenant à celle qui, la première, aurait atteint le bas de la fenêtre. Intérieurement elle les encourageait et ne cessait de s'émerveiller devant ce fascinant spectacle qui gagnait en magie lorsqu'il se déroulait sur les vitres d'une voiture lancée à pleine vitesse sur l'autoroute.
Dehors, le tonnerre grondait, déversant sa fureur sur l’asphalte. Eliza pensa un temps à descendre du bus pour rentrer à pieds jusque chez elle. Les douloureux tiraillements qu'exerçait sur ses épaules son sac à dos plein à craquer et que, l'espace d'un moment elle avait oubliés, la rappelèrent à l'ordre. Sur la route, les véhicules n'avançaient pas et la jeune femme voyait bien que le débit de l'eau, à son plus grand désarroi, commençait à ralentir. Le soleil revenait. Lorsqu'elle descendit du bus, la pluie avait cessé de tomber.
Déçue, l'enfant-pluie regagna sa maison et sa vie monotone.
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