1
min

L'embrumée

Image de Marie

Marie

13 lectures

5

Je m’étais réveillée complètement dans le cirage. Un épais nuage de brouillard m’enveloppait. Je n’y voyais plus clair. Toute notion de lucidité m’était devenue étrangère. J’essayai pourtant de reprendre pied. Il fallait bien se lever, s’occuper des enfants, travailler, rire, pleurer, s’aimer, écrire, rêver, partir, revenir, remercier... Mais une nuée opaque faisait écran et repoussait en arrière les assauts poussifs de mes préoccupations. Mes pensées se fracassaient l’une après l’autre contre ce mur nébuleux. Et ce fracassement était complet.

« Trop de pression accumulée ? Ces vapeurs sont-elles celles d’une cocotte minute en pleine ébullition ?
Trop de bruit, trop de fatigue sans doute. Besoin vital de se réfugier dans un coton doux et silencieux.
Trop de vide, de non-sens existentiel. Réflexion mystique et fumeuse : et l’esprit plânait sur mes os... »
Je m’enfonçai et plongeai au cœur de l’opacité, sans peur, simplement lasse, dessaisie, embrumée.
« Ou bien aurais-je donc basculé définitivement ? Mais mon Dieu, où suis-je ? »

A ce moment-là, tinta la corne de brume. Chaude, limpide, lumineuse. Aussitôt, laissant mes quatre-vingt dix strates vaporeuses, j’émergeai. Je me sentais un peu nauséeuse. Une forme blanche se pencha vers moi.
« Madame, l’opération s’est bien passée. Vous êtes en salle de réanimation. Tout va bien. »

Thèmes

Image de Très Très Court
5

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Patrick Peronne
Patrick Peronne · il y a
Bien vu ! Mon vote
·