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L'égocentrique

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Gérard Le Gal

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Je me demandais si j'avais vraiment aimé ? Je me demandais ce qu'était vraiment l'amour ? Une sorte de dépendance ? Je m'étais toujours arrangé pour aimer ou croire que j'aimais deux femmes à la fois. Ce non-choix me permettait de ne pas agir. Je restais avec mes regrets mais aussi mes fantasmes car, il n'est rien de mieux, de plus facile que de fantasmer une relation qui n'a pas eu lieu ! Ce non-choix correspondait à une peur d'agir. Je me considérais comme peu aimable, au premier sens du terme, et me disais que les femmes qui semblaient m'avoir aimé avaient eu le meilleur de moi-même en restant en dehors de toute relation. En fait, j'avais l'impression d'aimer les femmes qui m'aimaient ! J'avais un sacré manque de confiance en moi et un besoin de reconnaissance. Je cherchais l'amour maternel qui, je pensais, m'avait été refusé. Je crois que j'aurais pu aimer toutes les femmes qui prêtaient quelque attention à ma petite personne ! Je crois avoir aimé Solange.
J'avais rencontré Solange lors d'un entretien d'embauche pour rentrer à la banque du Crédit Populaire. Je l'avais aperçue de loin, elle était seule, perdue dans ses pensées. Ses cheveux longs et bruns encadraient un visage aux proportions parfaites d'une blancheur diaphane. Elles leva la tête et ses yeux d'un bleu profond m'hypnotisèrent. J'avais essayé d'engager la conversation mais elle ne me répondait que par monosyllabes. Elle m'avoua plus tard, qu'en fait, elle avait très mal dormi et qu'elle était morte de trouille à l'idée de rater cet entretien d'embauche qui était vital dans sa vie professionnelle !
J'étais à l'époque en couple avec Christèle, une femme que je pensais ne pas aimer. En fait, je ne me posais pas vraiment la question, ne sachant pas vraiment ce qu'était l'amour pour jamais ne l'avoir expérimenté mais j'avais le sentiment que je n'étais pas vraiment à ma place, que ce n'était pas vraiment ça !. Un adage disait, quand tu n'as pas été aimé, tu ne peux pas t'aimer. Quand tu ne peux pas t'aimer, tu ne peux pas aimer les autres ! Comme beaucoup de personnes seules, j'avais recherché la compagnie de Christèle par désœuvrement. Lassé de ma solitude, j'avais répondu à ses avances comme un naufragé attrape une bouée de sauvetage. C'est une chose que ne peuvent pas comprendre ceux qui ont toujours été accompagnés et n'ont jamais connus la solitude. Ils n'imaginent pas qu'il puisse existé une misère sexuelle et affective. Mais j'ai connu des nombreuses personnes, hommes ou femmes, apparemment biens sous tous rapports, ni plus beaux ni plus moches que d'autres, ni plus intelligents ni plus bêtes, ayant un abord plutôt sympathique et qui se retrouvaient seuls soit par timidité, peur de l'autre, fiasco d'une relation antérieure et qui n'avaient plus l'énergie ou l'envie d'aller vers les autres. Mais au bout de quelques années, par désespoir, ils se mettaient en couple avec un partenaire qui n'était pas à leurs yeux le ou la partenaire idéal, mais celui ou celle qui brisait leur solitude et qui leur permettait de ne plus parler aux murs ou à leur chat en rentrant chez eux.
Plus tard, j'avais abordé Solange en lui proposant une cigarette, procédé on ne peut plus banal et racoleur ! J'étais ce qu'on appelle généralement un garçon sympathique. Je professais des banalités sur la vie, je n'avais pas vraiment d'idées personnelles sur aucun sujet, j'étais vaguement de gauche et j'avais un peu d'humour. Je m'étais forgé une carapace de « mec cool », détaché, à l'aise, qui couvrait l'univers de mes angoisses. Sans être un canon de beauté, j'étais d'allure plutôt agréable. Nous avions donc sympathisé assez vite. Elle semblait trouver ma compagnie agréable et riait de bon cœur à mes blagues idiotes. Nous retrouvions avec plaisir pour travailler ensemble parmi un aréopage de collègues dans lequel régnait une bonne ambiance. Puis nos conversations devinrent plus sérieuses, plus intimes. Elle me confia qu'elle même ne vivait pas le grand amour avec son compagnon et je lui confiais à mon tour que la relation que je vivais avec ma compagne n'était pas au zénith. Nous nous retrouvions de plus en plus souvent pour travailler ensemble et notre relation devint plus charnelle. Nos corps, nos mains se frôlaient sans que jamais il ne sembla avoir d’ambiguïté mais j'avoue que je cherchais de plus en plus sa compagnie. Un jour, elle ma confia avoir rêvé de moi. Nous primes cette confidence à la rigolade et continuâmes nos innocents frôlements...
Mais au bout de quelques mois, Solange déménagea et je n'eus bientôt plus de ses nouvelles. Mes fantasmes disparurent avec elle. Nous avions gardé contact et nous envoyions de temps en temps des messages électroniques banals.
Après quelques années, Je revis Solange à Paris. Notre relation s'était apaisée, se transformant en une solide amitié. Nous échangions toujours nos mal-êtres et nos difficultés à vivre le quotidien. De mon côté, j'avais fait un solide travail sur moi-même, qui me permettait de mieux m'accepter et de mieux gérer ma relation avec Christèle qui à défaut d'amour s'était transformée en tendresse. J'avais mis des années à comprendre que Christèle ne voulait, ne pouvait pas aimer l'enfant que je lui proposais mais qu'elle aimerait peut-être l'adulte en devenir.
Puis un jour, Solange trouva un compagnon. Égoïstement, j'en fus jaloux. Cette liaison mettait un point final à notre relation privilégiée. Mais qu'avais-je espéré ? Que Solange attende bien sagement mes visites, guettant, à l'instar des femmes de marin le retour de l'amant prodigue ! Je m'étais, toute ma vie, comporté comme un égocentrique, recentré sur mes petits malheurs, contemplant mon nombril, espérant que le monde entier m'aime et me plaigne sans beaucoup donner en retour !
Cette histoire s'est déroulée il y a quelques années. Avec le recul, je me dis que j'ai fait ce que j'ai pu avec les moyens du bord. J'ai appris à être bienveillant avec l'enfant que j'étais et l'adulte que je suis.
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