L'effroyable Bob

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Très heureux de faire partie de la communauté de Short edition. Tombé très jeune dans la marmite de la science-fiction et du fantastique. Au plaisir de vous lire  [+]

Il est tard...quelle heure déjà ? Ah oui...j’entrevois l’horloge à la faible lueur de l’écran de mon ordinateur. Il faut que j’y arrive, terminer la nouvelle pour demain, à tout le moins la commencer. L’écran de Word est vide, la page demeure blanche. Blanche comme la nuit que je m’apprête à passer...Blanc comme mon teint, demain au réveil...

Le temps passe, les secondes s’égrènent, une angoisse m’étreint et me saisis à la gorge, serais-je à la hauteur ? Le site acceptera –t-il ma nouvelle ? Et mon éditeur? Les notations seront t-elles bonnes ? Que dire des critiques à venir ? Sans parler des commentaires...des annotations, des appréciations...et le comité de lecture ! Bon sang !

Ce monde est horrible, oppressant, schizophrène. La sueur perle mon front. Le bruit du ventilateur est insupportable en cette nuit chaude et moite de juillet. Ce monde n'est point celui d'Alice aux pays des merveilles...non...Je dois faire face à la réalité, l'affronter comme un guerrier.

Je me dois de peser chaque mot, vérifier chaque expression que j’emploierai, vérifier l’orthographe. Pour sûr, je sortirai le dico, le Bled, le Bescherelle, le typographe...Mon dieu, quelle est horrible cette sensation de la page blanche...
Soudain, j’ai l’impression que les touches de mon clavier sont effleurées, des mots s’inscrivent sans que je les commande...Suis-je entrain de rêver ? Quel est ce malaise qui m’envahit...Serait-ce le Horla venu me visiter en cette nuit noire, en ce lieu obscur, ma chambre à coucher, je pousse un cri d’effroi, je vais m’évanouir...Demain mon éditeur Bob me jugera...Me laissera-t-il sain et sauf ? Je pourrai peut-être remettre ma nouvelle dans quelques jours, obtenir un répit pour la retravailler?
Je dois passer en revue chaque phrase, vérifier toute les théories que je mets en avant, je dois rester vraisemblable, mon monde doit avoir une cohésion...Tout doit pouvoir se prouver...Tout doit être exact, vrai, pas de place pour l'approximatif, le clinquant. Je dois prouver au monde que je suis capable, que je suis proche...oui proche de la perfection.
Je deviens fou, fou à lier, je m'aliène.
Demain Bob frappera à ma porte et me demandera mon texte...Serai-je bon, serai-je à la hauteur ? Dans ma tête, une phrase lancinante..." Eh Monsieur, vous m’avez piqué mon histoire, cette histoire, j’ai écrite la même mot pour mot, il y a dix ans et vous me l’avez piquée...vous me piratez...n'est-ce pas? "

Mon Dieu, voilà que je délire...Je dois commencer, je dois m’y mettre trouver une histoire, une bonne, un début, une fin, une histoire qui se tienne, une histoire que je dois publier...sinon qu’adviendra t-il de moi, comment paierai-je le loyer ? De quoi vais-je vivre?
Mon Dieu, Mon Dieu, voilà que je regarde l’armoire, un corbeau est en train de me dévisager, perché, l'œil goguenard, il semble me narguer et rire...il est noir, sa tête dodeline. Serais-je en proie à des hallucinations ? Que m’arrive-t-il ? Ma vision se trouble. Serais-je tout simplement devenu fou?
Je dois remettre mon texte demain matin, huit heures pétantes, sinon le Bob aura ma peau...où est-il en ce moment... ? Est-il en train de m’épier, caché sous mon lit ? Je n'ose regarder, je tremble, mes doigts n’en peuvent plus devant le clavier, je me sens partir, divaguer...je prends la seringue, m’injecte une solution à sept pour cent de cocaïne...Cela va-t-il m’aider..Je doute...oui...me soulager...pour tenir le coup, aller plus loin... ça l’aidait bien à lui le détective, pourquoi pas moi ? Hein !?
Mon dieu, mon malaise est horrible, je dois y arriver, prendre une aspirine, faire disparaître cet horrible mal de tête....Alors ça y est, cela vient, une idée, une idée, je vais en faire dix pages...oui, oui, oui, dix pages et tout le monde sera content, je brillerai dans la haute société, mon image ne sera que plus grande...je frétille, j'exulte, je vis, je me sans exalté, tous mes sens rentrent en ébullition paroxysmique. A moi le prix ! le prix ! Mon précieux prix !
Sept heures cinquante neuf du matin, ma page est restée vierge, je n'ai rien pu écrire, rien, rien à faire lire à Bob...j’ai fumé toutes les cigarettes que j’ai trouvées, mon sort est scellé, je suis las, fatigué, exsangue, malheureux, Bob aura eu aura ma peau. C’est tout comme si j’étais mort, je vais mourir. La bête immonde a eu raison de moi. J'ai échoué.
Il frappe à ma porte il est là...derrière la porte...il me laisse juste le temps d’écrire ceci en guise de testament.
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